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Dr Simeon Kuissu : «les mesures prises par le gouvernement sont mal appliquées»

Pneumologue, le médecin apprécie l’état des lieux de la propagation du Corona virus au Cameroun ainsi que les mesures de lutte mises en place.

Quelle est l’origine du Corona Virus ?

Le corona virus a été signalé en chine dans la province du wuhan en fin 2019. C’est un virus qui fait partie du groupe des corona virus dont le corona 2019 n’est pas le seul. On en connaissait d’autres avant qui étaient responsables des maladies respiratoires moins graves. Mais ce virus est un virus animal. D’ailleurs l’épidémie a commencé dans un marché d’animaux vivants. Il est passé à l’homme à la suite d’une mutation. Il arrive souvent que certains virus changent de nature. Il a muté et est passé à l’homme et à partie de là, il s’est répandu très rapidement à d’autres hommes.

Le corona virus est-présenté comme une grippe quelle est la différence entre celui-là et les grippes classiques ?

Lorsque vous attrapez ce virus-là, c’est comme une maladie pas grave qui ressemble un peu à la grippe par la banalité de ses symptômes (fièvre, toux, difficultés respiratoires). Malheureusement dans certains cas, il provoque une infection respiratoire grave avec manque d’oxygène, et ce sont ces cas qui peuvent mourir.

Est-ce que le spécialiste peut nous édifier sur l’efficacité des mesures éditées par le gouvernement ?

Ce sont des bonnes mesures mais qui sont malheureusement mal appliquées. Prenez par exemple une mesure comme la mise en quarantaine des personnes venant des zones où il y’a beaucoup de cas de corona virus. Regardez ce qui s’est passe le mercredi pour ceux qui sont arrivés par le vol d’Air France et de Brussel Air Line. On a pris à l’aéroport les sujets qui étaient dans Ces avions et on les a amenés dans des hôtels.

Qu’est ce qui se passe dans les hôtels ? Il se trouve qu’il y’a le service d’accueil, il y’a les gardiens et les femmes de ménages ainsi que d’autres personnels qui sont en contact avec ces personnes potentiellement CQntaminées. Ce n’est pas ça la mise en quarantaine. Car dans ces lieux, il y’a beaucoup de gens. La mise en quarantaine c’est la séparation stricte des malades ou des personnes supposées contaminées avec des personnes saines.

Qu’est qu’il faut donc faire précisément ?

Il faudra faire une vraie quarantaine. Il faut mettre des gens dans des locaux dédiés, où on prend soin d’eux, que le personnel qui prend soin d’eux soit protégé. Qu’il mette des masques des sur-blouses et meme des lunettes pour protéger les yeux. Là c’est une vraie quarantaine.

On a fermé les écoles, les universités, on a cessé un certain nombre d’activité mais il y’a des espaces où on retrouve une forte concentration humaine qui restent ouverts. Est-ce à dire que ces espaces là en termes de potentiel de contamination ne valent pas grand-chose ?

Elles valent toujours quelque chose. Dès qu’il y’a concentration de plusieurs personnes, il suffit qu’une seule personne soit contaminée pour que les autres le soient à leur tour. C’est comme cette mesure qui demande que les débits de boissons soient fermés à partir de 18h. C’est bien mais le virus ne connait ni les saisons ni la nuit et le jour. Je peux comprendre cette mesure ce d’autant plus que les tenanciers de bar vivent de leur activité et si on ferme jour et nuit, ils risquent de mourir de faim.

Je suis peut être mal placé pour faire une réflexion sur cette mesure mais il faudrait voir l’avantage et l’inconvénient. Le bénéfice comparé au risque. Parce ce que dans la journée les bars n’ont pas beaucoup de client. Ce n’est peut-être pas illogique de laisser ouverts. D’un autre coté c’est le soir qu’ils gagnent de l’argent et c’est à ce moment qu’on ferme. Donc l’Etat devrait trouver un moyen de venir en aide à ces gens-tà, et fermer sérieusement les débits de boisson. Car ce sont des lieux de hautes concentrations de personnes.

Restons au plan essentiellement scientifique, s’il y’avait des mesures à édictées pour que le virus soit circonscrit quelles seront-elles de manière claire ?

Je crois que pour comprendre ces mesures il est essentiel de comprendre la façon dont ce virus se diffuse ou se transmet. Alors une fois qu’un être humain est contaminé par ce virus, le virus va passer par le nez la bouche, les yeux bref partout où il y’a des muqueuses. La muqueuse c’est le revêtement intérieur du corps humain contrairement à la peau qui est le revêtement extérieur du corps huma’in. Une fois que le virus est entrée dans votre corps, il va descendre dans vos poumons et de là il va se multiplier et causer la maladie.

Ensuite le malade va tousser ou éternuer et va projeter dans l’air des petites gouttelettes salivaires qui contiennent des virus. Ces gouttelette vont se déposer sur toutes les surfaces qu’il y’a autour du malade : tables, chaises, livre, stylo, l’assiette, verre, etc… Tout ce <|ui est devant lui peut être le lieu de dépôt de ce virus. Ce virus va se propager en surface. Il peut y tenir selon les auteurs quelques heures voire une semaine.

Ceci veut dire que pendant une semaine, le virus est sur la table où le malade l’a déposé en toussant. Toute personne qui pose la main sur cette table pendant cette durée, peut attraper la maladie. Une seule personne peut contaminer des centaines d’autres. C’est pourquoi la maladie propage avec une si grande vitesse. Toute personne qui touche la surface où le malade a toussé, a des virus sur ses mains.

L’étape suivante, il suffit que cette personne qui a des virus sur ses mains, touche sa figure. Notamment la bouche le nez les yeux il attrape le virus et devient malade lui aussi. Ça fait un cercle fermé lui aussi va tousser, déposer ses virus sur une surface, quelqu’un d’autre va toucher la surface et prendre le vjrus et ainsi de suite. Le cercle tourne extrêmement vite. On a eu un cas au Cameroun il y’a quelques semaines, et maintenant nous sommes à plus d’une soixantaine de cas.

Faisons une représentation simple. Nous avons des vols qui sont venus de l’extérieur et qui ont atterri au Cameroun sans qu’il y’ait des mesures de confinement. A Bafoussam nous avons un prêtre qui est contaminé qui est en confinement en ce moment. Est ce qu’il y’a lieu de craindre que dans quelques jours qu’on ait un nombre de malades conséquent lié à cette négligence ?

Il ne faut pas effrayer les gens, mais il faut leur dire la vérité. La vérité est que nous ne sommes pas à l’abri du virus comme on nous l’a fait croire. L’autre vérité c’est que le virus se propage à une très grande vitesse. Donc il est absolument certain que les cas vont se multiplier à une très grande vitesse dans le pays. Les Italiens ont fait l’expérience. Comparez (’experience chinoise et celle italienne. Les chinois ont pris des mesures drastiques depuis hier on n’a pas observé un seul cas nouveau en chine. On a vu le président chinois se présenter dans des endroits dangereux sans aucune protection.

C’est la preuve que ces mesures strictes marchent. L’expérience inverse est celle des italiens qui sont parties du 10 février avec 7cas. Mais comme ils sont des gens sûrement un peu fantaisistes, peut-être un peu indisciplinés, en tout cas moins que les camerounais. Et ce qui s’est passé c’est qu’au bout de 15 jours, de 7cas on est passé à 5000 cas. Et aujourd’hui on est à plusieurs milliers de cas. Donc si vous ne respectez pas les mesures de façon strictes, j’allais dire un peu comme les chinois, vous allez avoir ce qui s’est passé en Italie.

C’est-à-dire développement fulgurant de nombre de cas. Donc il ne faut pas mentir aux gens mais il faut qu’ils sachent la vérité. S’ils ne respectent pas les mesures édictées, et le gouvernement devrait être le premier à donner l’exemple, on va au-devant d’une situation extrêmement grave. Et nous n’avons pas assez d’équipements et de compétences hospitaliers pour faire face à cette situation comme les européens ou les chinois.

Nous avons appris qu’un médecin français proposait la chloroquine comme un remède à cette maladie. Vous pensez qu’en l’état actuel il est possible d’avoir des médicaments qui peuvent fragiliser le microbe ou soigner la maladie ?

La chloroquine c’est mieux que rien. Au jour d’aujourd’hui à moins que les choses aient changé depuis nier, car ça va très vite, il n’y a aucun traitement efficace contre le corona virus. Il faut bien se le dire. C’est pour cette raison que l’essentiel ce sont les mesures préventives. Le bon sens populaire a dit « qu’il vaut mieux prévenir que guérir ». Prévenir on peut mais guérir on ne peut pas pour l’instant. Mais la bonne nouvelle c’est que 98 % des malades guérissent spontanément.

Comment est-ce qu’ils guérissent ?

Sans rien faire Comme la grippe. Quand vous avez une grippe elle part toute seule. Donc il ne faut pas non plus faire un excès de panique. Donc voilà la situation. Les médicaments on a dit que la chloroquine était efficace. Les américains l’ont dit je crois ce matin mais ils ont précisé que ce sont les premières constatations. On va faire des expériences avant d’affirmer devant le grand public que la chloroquine soigne le corona virus. Il y’a aussi d’autres médicaments qui sont des antiviraux dont certains sont prometteurs. Mais il faut retenir qu’au jour d’aujourd’hui, il n’y a aucun médicament qui va tuer le virus Covid 19. Il n’y en a pas.

Les spécialistes comme vous disent que puisque cette maladie s’inscrit dans le registre des maladies grippales, ce sont les symptômes qu’on soigne. Est-ce qu’on ne peut pas penser que chacun en fonction des symptômes qu’il présente, sera soigné et qu’on ne doit pas arriver à un protocole unique pour tous les patients ?

Non. Il faut faire un protocole. Vous avez des formes qui ne sont pas graves. Les signes les plus fréquents c’est la fièvre la toux et la difficulté respiratoire. Il y’a beaucoup d’autres signes comme les maux de tête, les douleurs des muscles et des articulations comme un palu. Mais si vous avez la fièvre la difficulté respiratoire et la toux, c’est très évocateur de cette maladie. Dans ce cas, se contenter d’un traitement asymptomatique c’est-à-dire des médicaments pour baisser la fièvre, pour endiguer des douleurs comme vous le faites quand vous avez un palu. C’est ça pour l’instant. Mais, il faut bien comprendre que si la maladie s’aggrave malgré ces mesures simples, il faut appeler les numéros notamment le 1510 que le gouvernement a mis en place. Il faut appeler et on vous dit ce qu’il faut faire. Il, ne faut pas courir à l’hôpital.

Quel est l’impact des différentes pandémies que connait le Cameroun sur la santé publique ? Est ce qu’on peut faire une grille comparative entre par exemple le paludisme, les Maladies hydriques, le sida, le cancer les maladies cardiovasculaires… en rapport avec le Corona virus. Qu’est ce qui est plus grave ?

En termes de chiffres ou de statistiques je ne peux pas vous répondre. Mais d’après le de vécu e et d’observation, il y’a à l’heure actuelle, aucune maladie qui la gravité du Corona Virus en termes de nombre de personnes infectées et pas en termes de gravité intrinsèque. C’est l’extension rapide qui fait la gravité de cette maladie. Les autres maladies ne sont pas des pandémies ce sont des endémies. C’est-à-dire les maladies qu’on a tout le temps. Vous venez de citer le palu, le cancer bref tout ce que vous venez de citer. Qui sont là tout le temps. Qui tuent les gens mais sans aucune commune mesure avec le corona virus.

Nonobstant les mesures purement politiques, quelles sont les mesures que vous spécialiste des questions respiratoires édictez pour que le moins de personnes soient atteint par le corona virus ?

Si on se réfère à la manière dont le virus se répand dans la société, il devient évident qu’il faut casser ce cercle-là. Et pour le faire, il y’a plusieurs mesures. Premièrement il faut se laver les mains fréquemment. Avec de l’eau courante et du savon Car quand le virus est sur la table ou sur n’importe quel objet, on les touche avec la main.

J’insiste sur l’eau coulante car si vous lavez les mains dans un seau ou dans une cuvette vous versez le virus dans la cuvette et vous les repre-iWêz. Vous pouvez utiliser les solutions hydro-alcooliques si vous êtes hors de chez vous ou dans un lieu où vous n’avez pas accès à l’eau du robinet. Encore faut-il savoir bien mettre cette solution de façon à couvrir toutes les mains.

Deuxième mesure, lorsque vous toussez, il faut se protéger en toussant dans un mouchoir jetable ou dans le creux de l’épaule car ceci empêche le virus de se propager dans la nature. Troisième mesure respecter une distance d’au moins un mètre entre les individus. Car les gouttelettes ne vont pas franchir le mettre, ils tomberont avant. C’est pour cela qu’on demande d’éviter la concentration de personnes.

Ensuite il faut nettoyer les surfaces avec des solutions qui tuent ce virus. Il est très fragile de fait si vous toussez par exemple exposé au soleil le virus mourra. Lorsque vous avez les premiers symptômes, ne courrez pas à l’hôpital, le médecin ne pourra rien faire pour vous. Car aucun médicament n’est efficace. Par contre vous courrez le risque soit de contaminer les autres si vous êtes malade. Soit d’être contaminé vous-même si vous n’êtes pas malade.

Restez chez vous, surveillez vous et si vous sentez que ça s’aggrave, téléphonez au médecin. Il y’a un médecin français qui a dit que si vous gonflez vos poumons à plein et que vous tenez gonflé pendant 30 seconde, si vous le faites bien, c’est que votre cas n’est pas grave.

On a interdit les deuils, les mariages, les festivals bref tous les regroupements publics. On parle de confinement. Lorsque vous êtes dans votre maison en famille, peut-on encore parler de confinement ?

Ça c’est la difficulté. Mais évidemment ça dépend de votre maison. Si vous êtes dans des familles ou on est 10 dans une maison de deux pièces, vous aurez du mal à vous séparer les uns des autres, à respecter les un mètre de distance. Si vous êtes dans un château comme il y’en a plein dans les villages de l’Ouest, vous n’aurez aucun mal à respecter un mètre de distance les uns par rapport aux autres. Mais maintenant, si vous avez à la maison un cas, c’est le cas qu’il faut isoler.

Et la personne qui l’approche devra mettre un masque et des protections pour ne pas attraper la maladie. Le malade lui aussi mettra un masque pour que quand il tousse, qu’il ne contamine pas les autres. J’en profite pour dire qu’il y’a la psychose du masque. Tout le monde met des masques en route ; ça ne sert absolument à rien. En dehors des cas dont je viens de citer. On met un masque quand on est malade pour ne pas contaminer les autres.

On met un masque quand on est en bonne santé pour entrer en contact avec un malade afin de se protéger. Le masque est une barrière mécanique qui a aussi l’avantage de vous empêcher de toucher votre figure. Car c’est lorsqu’on touche la figure qu’on se contamine. Notamment la bouche, le nez etles yeux.

Source: Le Messager

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