De l’État fédéral au pouvoir centralisé : les grandes mutations de la Constitution sous Paul Biya

Cameroun Actuel
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La constitution camerounaise a subi près de 70 % de ses modifications sous le règne de Paul Biya, dont la longévité au pouvoir s’est prolongée bien au-delà de 2011, en raison de ce que beaucoup qualifient de boulimie du pouvoir, doublée d’une volonté de mourir au pouvoir. Ces nombreuses révisions constitutionnelles faites par Paul Biya témoignent d’une évolution politique partisane et souvent controversée dans l’histoire du Cameroun.

Par Daniel Essissima

Les principales modifications de la constitution camerounaise

– 1959 : La constitution consacre l’unité et l’indivisibilité du Cameroun, affirmant que la souveraineté appartient au peuple camerounais.

– 1961 : Première révision importante pour adapter la constitution aux réalités du Cameroun réunifié. L’autorité fédérale est exercée par le Président de la République et le vice-Président. Un premier ministre dans chacun des deux États fédérés.

– 1969 : Cette modification précise les conditions de vacance de la présidence en cas de démission, ainsi que les modalités de démission du Premier ministre en cas de censure.

– 1972 : Adoption d’une nouvelle constitution par référendum qui consacre l’État unitaire, tout en maintenant un régime présidentiel.

– 1975 : Instauration du poste de Premier ministre, membre du comité central du parti unique UNC, avec des pouvoirs limités à la succession, proposition et exécution.

– 1979 : Le Premier ministre devient le dauphin constitutionnel du chef de l’État.

– 1983 : Sous la présidence de Paul Biya (depuis 1982), le nombre de députés passe de 120 à 150, ainsi que la représentation parlementaire.

– 1984 : Passage de la « République Unie » à la « République du Cameroun ». Le poste de Premier ministre est supprimé, et le Président peut déléguer ses fonctions à n’importe quel ministre.

– 1988 : La constitution permet au chef de l’État d’abréger son mandat et d’organiser des élections anticipées. Le nombre de députés est porté à 180.

– 1991 : Face aux revendications démocratiques et à une crise politique majeure, le poste de Premier ministre est rétabli. Le Président peut déléguer certains pouvoirs au Premier ministre, qui sera alors Sadou Hayatou.

– 1996 : Suppression de la possibilité d’élections anticipées, prolongation du mandat présidentiel à sept ans renouvelable une seule fois, augmentation des sessions parlementaires, transformation des provinces en régions, et création du Conseil constitutionnel.

– 2008 : projet controversé permettant la restauration du mandat présidentiel illimité. Cette réforme autorise Paul Biya, pourtant à sa tête depuis 1982, à briguer indéfiniment sa propre succession, marquant une étape cruciale dans la concentration du pouvoir.
Modifications en cours…

– 2026 : Instauration du poste de vice-président qui devient le dauphin constitutionnel du chef de l’État, privant le droit de vote aux Camerounais.

Contexte historique des présidents

Le Cameroun n’a connu que deux présidents depuis son indépendance : Ahmadou Ahidjo (1960-1982), père fondateur de la nation, et Paul Biya (1982 à aujourd’hui). Sous la période fédérale (1961-1972), symbolisée par le drapeau frappé de deux étoiles sur la bande verte, le pays a connu une organisation politique particulière avant la montée progressiste vers l’unité étatique et la centralisation du pouvoir.

En somme, la monarchie constitutionnelle de fait instaurée par Paul Biya a profondément remodelé les institutions camerounaises, souvent au détriment de la démocratie et de la limitation des mandats présidentiels, renforçant ainsi sa mainmise sur le pays.

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