Scène inédite à Dargala, dans l’Extrême-Nord du Cameroun : le député Salmana Amadou Ali, autrefois fidèle d’Issa Tchiroma Bakary, a été sommé de quitter sa localité natale par une foule en colère.
Sa faute ? avoir retourné sa veste en ralliant Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, et tenté d’y faire campagne pour le président Paul Biya.
En pleine effervescence préélectorale, cet incident illustre avec une rare intensité le rejet grandissant des figures politiques jugées opportunistes ou instrumentalisées par le sommet de l’État.
Ce désaveu brutal n’a pas laissé place à l’ambiguïté : Salmana n’avait que trente minutes pour déguerpir. Certains habitants, furieux, lui ont même suggéré d’appeler Yaoundé pour qu’on vienne le chercher en hélicoptère.
Bien plus qu’un simple affrontement entre un élu et ses électeurs, cette scène marque une rupture symbolique (presque rituelle) entre une communauté et un représentant perçu comme ayant trahi ses engagements initiaux au profit d’intérêts personnels ou centralistes.
Le cas de Salmana révèle une tension profonde dans les territoires du Nord, longtemps considérés comme des bastions électoraux sûrs.
En le rejetant avec une telle vigueur, les jeunes de Dargala dénoncent une politique descendante qui ne tient plus compte des dynamiques locales ni des attentes réelles des populations. Ce rejet n’est pas isolé : il s’inscrit dans une vague plus large de contestation silencieuse qui gronde sous les apparences d’un consensus national.
Plus qu’un incident, l’épisode de Dargala pourrait bien être un prélude à une recomposition politique dans les périphéries camerounaises.
À l’heure où le pouvoir tente de verrouiller le terrain à coups d’alliances calculées, des villages comme Dargala rappellent que la légitimité ne se décrète pas depuis Etoudi, elle se gagne, sur le terrain, avec loyauté et cohérence.







