Le Conseil National de la Consommation (CNC) est l’une de ces institutions dont l’existence officielle contraste violemment avec l’absence de résultats tangibles.
Créé pour défendre le consommateur, encadrer les pratiques commerciales et garantir un minimum de loyauté dans les échanges économiques, il incarne aujourd’hui un paradoxe brutal : un organe censé protéger le public qui demeure incapable d’influencer réellement la réalité du marché camerounais.
Dans les faits, le marché s’est organisé sans lui. Les abus se sont installés malgré lui. Et les consommateurs, eux, restent largement exposés à des produits de qualité douteuse, à des pratiques spéculatives et à une régulation quasi inexistante.
Une création administrative sans ambition coercitive
Le Conseil National de la Consommation est créé dans le cadre de la politique publique de régulation des marchés, avec une mission claire sur le papier : observer les prix, analyser les tensions inflationnistes, proposer des mesures de protection des consommateurs et servir d’interface entre l’État, les producteurs et les distributeurs.
L’intention initiale est classique dans les architectures administratives modernes :
- protéger le consommateur ;
- améliorer la transparence des prix ;
- prévenir les abus commerciaux ;
- renforcer la qualité des produits mis sur le marché.
Mais dès sa conception, une limite fondamentale apparaît : le CNC n’est pas doté d’un pouvoir de sanction.
Il peut constater.
Il peut recommander.
Il ne peut contraindre.
Ce défaut structurel le condamne dès le départ à l’inefficacité.
Des débuts marqués par la lenteur et l’absence de visibilité
Les premières années du CNC sont caractérisées par une faible activité opérationnelle. Les réunions sont irrégulières, les décisions peu suivies d’effets et les mécanismes de contrôle du marché restent largement théoriques.
Dans un environnement économique déjà marqué par :
- une forte informalité ;
- une faible traçabilité des produits ;
- une domination des circuits non régulés ;
- une pression inflationniste structurelle ;
le CNC aurait dû s’imposer comme un acteur central de stabilisation.
Il n’en a rien été.
L’institution est restée périphérique, sans impact réel sur les dynamiques commerciales quotidiennes.
Un financement insuffisant et sans transparence opérationnelle
Le fonctionnement du Conseil repose sur des ressources publiques limitées, intégrées dans les budgets des administrations de tutelle. Cette configuration entraîne plusieurs effets concrets :
- absence d’autonomie financière réelle ;
- dépendance administrative ;
- incapacité à déployer des dispositifs de contrôle sur le terrain ;
- faible capacité d’enquête sur les circuits commerciaux.
En pratique, le CNC ne dispose ni des moyens techniques ni des ressources humaines suffisantes pour surveiller efficacement un marché aussi vaste et fragmenté que celui du Cameroun.
Le déséquilibre est évident : un marché en expansion rapide face à une institution sous-dotée, sans bras opérationnel solide.
Une institution absorbée par la bureaucratie
Avec le temps, le CNC s’installe dans une routine administrative classique :
- réunions de concertation ;
- ateliers techniques ;
- rapports périodiques ;
- communications institutionnelles.
Mais ces activités ne débouchent que très rarement sur des actions correctives concrètes.
Le fossé entre les constats et les décisions devient structurel.
Le Conseil observe les dysfonctionnements sans jamais réussir à les corriger.
Un marché de plus en plus dégradé
Pendant que l’institution s’enlise, le marché camerounais évolue dans un sens préoccupant :
- multiplication de produits de qualité douteuse ;
- circulation de marchandises non conformes ;
- absence de contrôle rigoureux sur certains circuits d’importation ;
- pratiques spéculatives récurrentes sur les produits de base ;
- opacité persistante sur la formation des prix.
Le consommateur, censé être au centre du dispositif, devient en réalité l’acteur le moins protégé du système.
L’écart entre le cadre réglementaire et la réalité économique s’élargit continuellement.
Une léthargie institutionnelle devenue chronique
Le problème central du CNC n’est pas seulement son inefficacité. C’est sa normalisation.
L’absence d’impact est devenue une situation acceptée.
L’inaction est devenue routinière.
L’institution fonctionne sans produire d’effets mesurables.
Dans un système de régulation efficace, une telle situation aurait déclenché une réforme profonde ou une restructuration.
Ici, elle perdure.
Cette inertie révèle une caractéristique plus large : la difficulté structurelle de l’administration publique à transformer les organes consultatifs en véritables instruments de régulation.
Une absence totale de pouvoir dissuasif
Le CNC souffre d’un handicap fondamental : il ne dispose d’aucune capacité de sanction directe.
Dans un contexte où :
- les abus commerciaux sont fréquents ;
- les circuits de distribution sont complexes ;
- les contrôles étatiques sont irréguliers ;
- une institution sans pouvoir coercitif devient mécaniquement inefficace.
Les acteurs économiques ne craignent pas le CNC.
Ils ne s’y adaptent pas.
Ils ne le considèrent pas comme un régulateur contraignant.
C’est là que réside l’un des échecs majeurs : une autorité sans autorité.
Une protection du consommateur largement théorique
Le discours officiel insiste sur la protection du consommateur. Mais dans la pratique :
- les mécanismes d’alerte sont faibles ;
- les recours sont peu connus ;
- les sanctions rares ;
- les contrôles sporadiques.
Le consommateur camerounais reste exposé à un marché où la régulation dépend davantage d’initiatives ponctuelles que d’un système structuré.
Le CNC, censé être le centre nerveux de cette régulation, reste périphérique.
Une institution qui constate sans corriger
Le cœur du problème est là : le Conseil National de la Consommation est devenu un organe de constatation, pas de transformation.
Il décrit les déséquilibres du marché sans pouvoir les corriger.
Il analyse les tensions de prix sans les stabiliser.
Il observe les abus sans les sanctionner.
Dans ce type de configuration institutionnelle, l’échec n’est pas accidentel. Il est programmé.
Conclusion : un régulateur absent dans un marché sans garde-fous
Le Conseil National de la Consommation illustre une faiblesse récurrente de la gouvernance économique camerounaise : la multiplication d’institutions consultatives sans pouvoir réel d’intervention.
Le résultat est visible :
- un marché peu régulé ;
- des consommateurs insuffisamment protégés ;
- une prolifération de pratiques commerciales contestables ;
- une confiance limitée dans les mécanismes publics de régulation.
L’échec du CNC n’est pas seulement celui d’une institution. C’est celui d’un modèle où l’État crée des organes sans leur donner les moyens d’agir.
Tant que cette contradiction persistera, le fossé entre le cadre réglementaire et la réalité du marché continuera de se creuser.
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Armel MBATCHOU
Journaliste engagé
Analyste politique et chroniqueur
Historien d’art

