Depuis près de deux mois, le conflit entre le ministère des Sports (Minsep) et la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) plonge le football camerounais dans une crise profonde. De nombreux acteurs politiques et analystes observent ce différend sous l’angle de la politisation, révélant des enjeux politiques majeurs derrière cette bataille.
Une personnalité contestée
Celestin Djamen, président de l’Alliance patriotique et républicaine (APAR) et soutien de Samuel Eto’o, pointe du doigt la notoriété du président de la Fécafoot comme étant la cause principale des tensions. Selon lui, la popularité nationale et internationale de Samuel Eto’o suscite des craintes infondées quant à ses ambitions politiques. « Il n’a aucune intention présidentielle. Malgré ses mises au point, on continue à lui prêter ces intentions-là. Et même s’il les avait, c’est un citoyen camerounais », a-t-il déclaré lors de l’émission Club d’Elite sur Vision 4 télévision le 2 juin 2024.
Un gouvernement divisé
Raymond Njiya, un autre acteur politique, a exprimé sa désolation face à la division manifeste au sein de l’équipe gouvernementale. « C’est une honte pour la République. C’est la preuve qu’on ne peut plus parler de l’équipe gouvernementale. Le gouvernement est émietté. Et c’est d’autant plus grave que les hautes instructions partent du secrétariat général de la présidence sans passer par le chef du gouvernement », a-t-il décrié, soulignant ainsi une crise de gouvernance au sommet de l’État.
Une crise politique profonde
Le professeur Eric Mathias Owona Nguini, intervenant lors de l’émission Libre Expression sur Info TV, a identifié trois lignes de politisation de cette crise. La première consiste à entretenir un climat de défiance visant la désobéissance civile. La deuxième ligne vise à transformer la crise sectorielle du football en une crise générale, créant ainsi un vacuum de pouvoir. Enfin, la troisième ligne concerne les manœuvres politiques internes à la Fécafoot, visant à influencer la dynamique politique en vue de l’élection présidentielle de 2025.
Selon Owona Nguini, « il y a des agents qui sont dans l’espace du football et dans l’espace politique » qui agissent en prévision des prochaines élections, révélant ainsi l’ampleur des enjeux politiques derrière ce conflit.
La crise entre le Minsep et la Fécafoot ne se limite pas au seul domaine sportif. Elle révèle des tensions politiques profondes et met en lumière les enjeux de pouvoir qui agitent le Cameroun. Les acteurs politiques appellent à une résolution rapide de ce conflit pour préserver l’intégrité du football camerounais et éviter que la crise ne s’étende à d’autres secteurs.

