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Comment les sociétés chinoises de télécommunication ont tissé leur toile en Afrique

Omniprésentes en Afrique, les sociétés chinoises de télécommunications développent des partenariats stratégiques avec plusieurs pays du continent. Au risque de mettre la main sur les données du continent ?

Les sociétés chinoises de télécommunications ont augmenté, ces dernières années, leur présence sur le continent africain. Selon un rapport de Megatrends Afrika, une émanation de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP), l’Institut allemand pour le développement et la durabilité (IDOS) et l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale (IfW), cité par l’agence Ecofin, cette révolution dans le paysage des télécoms en Afrique n’est pas sans risques. Problèmes de souveraineté numérique, de cybersécurité ou de gouvernance… La Chine a-t-elle mis la main sur un trésor de guerre ?

Le rapport évoque notamment les rôles de Huawei et ZTE, qui « ont développé des partenariats stratégiques avec les principaux opérateurs télécoms africains tels que MTN, Sonatel, Algérie Télécom et Maroc Télécom ». En surface, il s’agit d’étendre l’accès à internet à l’ensemble des populations africaines. Dans les faits, l’omniprésence chinoise pose un véritable problème lié à la sécurité.

La Chine s’occupe aussi du financement

Et la stratégie chinoise est bien huilée : selon Megatrends Afrika, les sociétés chinoises concluent des contrats « assortis de prêts à des taux préférentiels » effectués par des institutions financières comme China Exim Bank, China Development Bank et China-Africa Development Fund. À première vue, il s’agit d’opportunités intéressantes pour les États africains, qui n’ont, en conséquence, pas à mettre la main à la poche. Rien qu’entre 2014 et 2018, ces financements en provenance de Chine, consacrés au développement des réseaux de télécommunications en Afrique, ont atteint jusqu’à 1 milliard de dollars par an.

Problème : « Les gouvernants des différents pays qui font appel à la Chine ne mesurent pas les conséquences des accords qui les lients à Huawei ou ZTE ». En effet, contre le développement des infrastructures et des services de télécommunications, les présidences africaines et les gouvernements acceptent de transférer leurs données sur des serveurs à l’étranger. En apparence, tout est fait pour faire oublier la mainmise chinoise, avec des serveurs basés aux États-Unis ou en Europe.

Mais le problème principal de ces opérations, ce sont les data-centers africains construits par ces sociétés chinoises de télécommunications. Afrique du Sud, Égypte, Kenya, Sénégal, mais également Côte d’Ivoire, Cameroun ou Ghana… Une étude du CSIS Reconnecting Asia Project décrit la stratégie de Huawei : l’opérateur chinois « promet des avantages commerciaux majeurs à ses clients potentiels et associe généralement la fourniture d’infrastructures matérielles à des services, et exploite le financement des banques politiques chinoises pour adoucir les offres ».

L’Afrique, dépendante de la Chine ?

De quoi boucler la boucle : du financement à l’opérationnel, les opérateurs chinois mettent la main sur la data. Car, comme dans le cas de Huawei, rien ne dit ce que l’opérateur chinois fait de la donnée. Les data-centers sont ainsi présentés comme des projets clé en main. Mais Huawei, une fois les centres opérationnels, peut toujours avoir accès à la data.

Mais pourquoi les gouvernants n’en font-ils pas plus pour empêcher ce phénomène ? Pour Megatrends Afrika, des contrats d’espionnage entre les sociétés chinoises et certains pays africains empêchent ces derniers d’être trop regardants sur les méthodes utilisées : plusieurs gouvernements africains surveillent en effet l’internet et utilisent des outils de veille à l’encontre des opposants en passant par ces opérateurs chinois.

Autre souci : faire appel à des sociétés étrangères est presque une nécessité. « Tant que les pays africains ne seront pas en mesure de produire eux-mêmes ce type de technologie, ils seront dépendants des acteurs chinois ou américains », indique Henry Tugendhat, analyste politique senior au sein de l’Institut américain pour la paix.

Le Journal de l’Afrique

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