Vaut-il mieux être riche au Cameroun ou vivre à l’étranger avec un passeport occidental ? La question, relancée sur les réseaux sociaux par une tribune de l’entrepreneure Hanelore Fotso, met en lumière un malaise profond entre conditions de vie locales et réalités de la diaspora.
Dans ce texte largement partagé, l’auteure oppose deux figures : celle d’un Camerounais disposant de moyens financiers importants dans son pays, et celle d’un expatrié installé en Europe ou en Amérique du Nord. Selon elle, la comparaison dépasse les clichés habituels et révèle une fracture structurelle.
Au Cameroun, explique-t-elle, l’aisance financière ne garantit ni confort ni sécurité. Les dépenses privées viennent souvent pallier les insuffisances des services publics, qu’il s’agisse d’accès à l’électricité, à l’eau potable, aux soins de santé ou à la sécurité. « La richesse devient un moyen de compenser les défaillances de l’État », résume-t-elle, évoquant aussi les risques liés à l’insécurité ou aux litiges fonciers.
Lire la tribune de Hanelore Fotso :
UN PASSEPORT BORDEAUX OU 200 MILLIONS AU CAMEROUN ? Arrêtons le débat de bar et posons les faits. Un Camerounais avec 200 millions en banque à Douala ou Yaoundé. Un autre avec un passeport bordeaux à Paris, Bruxelles ou Montréal. Lequel est vraiment en sécurité ? Lequel vit vraiment mieux ?
La réponse que tu attends, c’est « les deux souffrent à leur façon. » Non, on va plus loin que ça.
D’ABORD, LA VÉRITÉ SUR LES 200 MILLIONS AU CAMEROUN : Être riche au Cameroun, ce n’est pas vivre. C’est « gérer l’abandon de l’État avec ses propres deniers ».
Tu achètes un groupe électrogène parce que depuis plus de vingt ans, le pays vit au rythme des coupures intempestives. Tu stockes de l’eau parce que des quartiers entiers de Yaoundé et Douala restent sans eau plusieurs jours d’affilée, sans explication officielle. Tu paies ou t’abonnes à une clinique privée parce que le Cameroun affiche près de 406 décès maternels pour 100 000 naissances, faute de médicaments d’urgence et de plateau technique suffisant.
Tu choisis tes heures de route parce que des Camerounais ont perdu la vie sur les routes en quarante-huit heures seulement en décembre 2025. Et tu surveilles ta visibilité parce que les enlèvements pour rançon peuvent se produire partout dans le pays, et dans de rares cas, les victimes sont exécutées. Tu veux investir dans un terrain ? Le foncier représente 85 % des litiges devant les tribunaux camerounais. Doubles ventes, titres falsifiés, prédateurs fonciers et ce dans un secteur sans réelle régulation.
Bref, tes 200 millions ne te garantissent rien du tout. Ils t’achètent une survie organisée dans un État défaillant. Tu ne jouis pas de ta richesse, tu la dépenses à compenser ce que l’État aurait dû t’offrir gratuitement, comme à n’importe quel citoyen. En 2025 : 399 tués, 457 blessés, 562 enlevés dans une seule région du pays. Et ça, aucun compte en banque ne l’efface. En conclusion, le riche au Cameroun ne vit pas dans le confort. Il vit dans une forteresse qu’il finance lui-même.
MAINTENANT, LA VÉRITÉ SUR LE PASSEPORT BORDEAUX : Soyons honnêtes, la diaspora ne vit pas au paradis. En Europe, le harcèlement et la violence envers les personnes d’ascendance africaine ne se sont pas améliorés depuis 2016, selon l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. Des milliers de Camerounais ont risqué leur vie en traversant la Méditerranée, affrontant des passeurs sans scrupules et, pour beaucoup, le voyage s’est arrêté avant même d’atteindre l’Europe.
La diaspora souffre autrement. De l’exil, du regard qui te réduit à ta couleur. Du sacrifice silencieux de ceux qui ont tout quitté pour envoyer des mandats chaque fin de mois. De l’identité qu’on ronge à petit feu quand tu vis entre deux mondes avec le sentiment de n’appartenir à aucun.
Cependant, ce que personne ne peut nier, c’est que le soir, il ouvre son robinet. La lumière s’allume sans groupe électrogène. Il va aux urgences sans payer d’avance. Le cadastre est numérisé, le notaire est responsable juridiquement et les registres sont infalsifiables Si l’État veut son bien, il l’indemnise avant de le déloger, pas après, pas jamais. Ce qu’il achète légalement, personne ne peut le lui enlever. Pas un cousin, ni un fonctionnaire, encore moins un ministre. Il le construit, il le lègue à ses enfants, il dort tranquille. C’est ce qu’on appelle l’État de droit.
Et ça, aucun million au Cameroun ne peut l’acheter.
Il y a aujourd’hui 12 000 ingénieurs camerounais en Allemagne et plus de 5 000 médecins camerounais en France. Ces hommes et ces femmes ne sont pas partis parce qu’ils ne voulaient pas bâtir leur pays. Ils sont partis parce que leur pays ne leur garantissait pas ce que tout État doit à ses citoyens : l’eau, la lumière, la sécurité, des soins dignes, une route praticable. Ce n’est pas de l’ingratitude. C’est de la survie.
Alors passeport bordeaux ou 200 millions ?
Ni l’un ni l’autre ne devrait être un choix.
Le Camerounais riche au pays compense de sa poche les défaillances de l’État. Le Camerounais de la diaspora compense de son âme l’absence de sa terre. Les deux paient. Mais l’un paie en argent et l’autre paie en identité.
Et pendant ce temps, des milliers de cerveaux, de médecins, d’ingénieurs forment l’économie d’autres nations pendant que leur propre pays continue de promettre des réformes, d’inaugurer des barrages qui ne changent pas le quotidien et de distribuer des opportunités à des personnes complaisantes plutôt qu’à ceux qui construisent le pays.
Le vrai débat n’est pas « où es-tu mieux ? » Le vrai débat est : « Pourquoi en 2026 un Camerounais doit-il encore choisir entre sa dignité et sa terre ? ». Ce n’est pas une question de passeport. Ce n’est pas une question de millions. C’est une question de gouvernance. Et la réponse, on la connaît tous.

