Les trois entités ont signé un mémorandum d’entente destiné à intégrer la plateforme Cameroon Memoria au dispositif national de déclaration et d’enregistrement des décès, ce 23 octobre 2026 à Yaoundé. Le but ici est de faire en sorte qu’aucun décès ne demeure sans acte officiel, sans donnée sanitaire, ni reconnaissance des droits des familles.
Le Cameroun veut donner un visage administratif et statistique aux décès longtemps restés hors des radars de l’État. Le bien-fondé de ce mémorandum d’entente repose sur une réalité préoccupante : moins de 10% des décès sont aujourd’hui enregistrés à l’état civil, tandis que plus de 60% surviennent en dehors de toute structure de santé. Ces chiffres révèlent une double invisibilité, administrative et épidémiologique, qui prive les familles de documents essentiels et empêche les pouvoirs publics de disposer de données fiables pour orienter les politiques de santé.
Le mémorandum d’entente arrive ainsi à point nommé pour combler cette faille statistique, en répondant efficacement à ce déficit par une approche numérique et coordonnée. Il prévoit l’interconnexion du système d’information sanitaire du MINSANTÉ, notamment DHIS2, avec le registre de l’état civil géré par le BUNEC (Bureau national de l’état civil) à travers le SIGEC, ainsi qu’avec la plateforme Cameroon Memoria. L’objectif est de créer un circuit plus lisible de collecte, de transmission et de sécurisation des informations relatives aux décès.
Trois missions cruciales : relier, compléter, protéger
Le dispositif s’articule autour de trois axes. D’abord, relier les systèmes d’information de l’État, de la santé et de l’état civil, dans un cadre institutionnel clairement défini. Ensuite, compléter le dispositif existant par l’extension de DHIS2 aux morgues et par un mécanisme national de signalement des décès survenus à domicile, appuyé par un code téléphonique gratuit. Enfin, protéger les données. Celles-ci demeurent la propriété de l’État, aucune cause de décès ne sera publiée et le financement du dispositif est assuré par 2B MEMORIA, sans coût pour les finances publiques.
Dans ce mémorandum d’entente, chaque partenaire a un rôle précis. Le MINSANTÉ assurera l’extension de DHIS2 aux morgues et la coordination des formations sanitaires. Le BUNEC, représenté par son directeur général, Alexandre Marie Yomo, mettra en place les protocoles d’échange avec le SIGEC, le code USSD national et la coordination des centres d’état civil. Quant à 2B MEMORIA, représentée par sa co-fondatrice Nicolas Joséphine Ngo Biba, elle prendra en charge le financement, l’équipement et la connectivité des sites, la formation des agents, la gratuité du canal USSD et la production de tableaux de bord.
Un déploiement progressif sur le terrain
La première étape sera une campagne nationale de sensibilisation à l’importance de l’acte de décès, programmée les 1er et 2 novembre 2026, à l’occasion de la Toussaint et de la fête des défunts. Elle visera les populations du Cameroun comme celles de la diaspora.
Suivra une phase pilote de 12 mois, conduite dans 08 formations sanitaires et 06 sites communautaires des régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest. Un comité tripartite de suivi veillera à l’exécution des engagements avant un déploiement progressif sur l’ensemble du territoire national.
Une journée de partenariats sanitaires
Il convient de noter que la signature de ce mémorandum d’entente s’inscrit dans une série de conventions-cadres signées le même jour par le MINSANTÉ avec plusieurs partenaires nationaux et internationaux. Colgate-Palmolive Cameroun s’engage sur la prévention des affections bucco-dentaires et l’éducation sanitaire des jeunes ; l’Institut de Recherche pour la Santé et le Développement (IRESADE) sur le rapprochement entre recherche scientifique et action sanitaire ; la Fondation Médico-Chirurgicale Maria Rosa Nsisim sur l’accès aux prestations médico-chirurgicales spécialisées ; et Sight Savers sur la prévention, le dépistage et la prise en charge des affections oculaires, notamment la cécité évitable.
En signant ces accords, le ministre de la Santé publique, Dr Manaouda Malachie, a fixé une exigence commune, à s’avoir : des résultats concrets, mesurables et durables au bénéfice des populations. Pour le dispositif sur les décès, l’enjeu dépasse la simple formalité administrative : il s’agit de rendre visibles des vies disparues, de sécuriser les droits des familles et de doter le Cameroun d’une base statistique plus juste pour protéger les vivants.

