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Cameroun : Baraberé, le nouveau front aurifère chinois

Suspendus d’activité sur le site aurifère populaire de Kambélé en 2025, plusieurs opérateurs miniers d’origine chinoise se sont discrètement redéployés sur un autre chantier moins connu : celui de Baraberé.

Baraberé. Le nom reste encore peu médiatisé et rarement mentionné dans les rapports officiels. Pourtant, c’est ici, à une vingtaine de kilomètres de la ville de Batouri, à l’Est du Cameroun, que se joue depuis un an une nouvelle catastrophe environnementale.

Au cœur d’une forêt tropicale, loin des caméras et des contrôles de l’administration, l’activité minière s’est intensifiée. Le relief est dévasté en silence. La faune et la flore sont perturbées, les cours d’eau détournés et l’environnement progressivement pollué au mercure.

À l’entrée du chantier, des artisans creusent, fouillent et lavent la terre à la recherche de quelques paillettes d’or. Mais à mesure que l’on s’enfonce au cœur du site, l’atmosphère devient plus lourde et la sécurité plus stricte.

Un checkpoint de la gendarmerie

Pour accéder au cœur du chantier, il faut franchir un checkpoint. Un gendarme en uniforme est assis sur un banc en bois. Entre les mains, il tient un fusil et filtre les passages. Nous nous présentons comme des écologistes spécialisés dans la protection des primates. La mission de terrain est d’observer l’impact de l’activité minière sur les singes qui peuplaient autrefois cette zone aujourd’hui exploitée. La stratégie fonctionne. Et au bout de quelques minutes d’échanges, nous obtenons l’autorisation d’entrer.

À l’intérieur, des bulldozers retournent la terre sur des dizaines d’hectares. Le ronflement des engins et des camions-bennes résonne en permanence.

Plus loin, quelques ouvriers attirent notre attention. Parmi eux, des hommes d’origine asiatique. « Ce sont des Chinois », murmure l’un des travailleurs. Sous couvert d’anonymat, il raconte : « Quand le site de Kambélé a été scellé en août 2025, les autorités pensaient que les Chinois n’allaient pas quitter la zone. Tout le monde regardait ce qui se passait là-bas. Mais pendant ce temps, ils ont obtenu un autre site discrètement », souffle notre interlocuteur.

Selon lui, les choses n’ont pas traîné. Les installations auraient été rapidement mises en place. « En quelques semaines, ils ont tracé des routes, déplacé les engins et installé le chantier. Et depuis, tout se passe loin des regards », confie-t-il.

Lorsque nous lui demandons quelles entreprises chinoises opèrent sur le site, notre interlocuteur se tait pendant quelques secondes avant de répondre brièvement : « Il vaut mieux partir. Je ne veux pas de problèmes. »

Pendant que nous discutons, un jeune homme resté à distance manipule son téléphone. Quelques minutes plus tard, un homme arrive en scooter. Il se présente comme le responsable du secteur. L’homme se montre cordial, mais ses questions deviennent rapidement insistantes et orientées. Le message est clair : il est temps de quitter les lieux.

Sur le chemin du retour, en longeant l’autre versant du site minier, le paysage apparaît éventré. Des dizaines de trous abandonnés s’étendent à perte de vue. Des images qui rappellent celles observées sur d’autres chantiers aurifères de la région, notamment à Kambélé.

Le départ de Kambélé

Dans un arrêté signé le 13 août 2025, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, avait annoncé le classement du site aurifère de Kambélé en zone de protection et d’exclusion des activités minières industrielles et semi-mécanisées. Cette décision faisait suite aux Très Hautes Instructions du président de la République, transmises au ministre par le secrétaire général de la présidence dans une correspondance datée du 22 juillet 2025.

Le périmètre, précédemment couvert par le permis de recherche nᵒ 643, a été reversé dans le domaine minier national libre. Désormais, seules les activités d’exploitation artisanale strictement réservées aux populations riveraines y sont autorisées.

Dans son arrêté, le ministre des Mines précisait également qu’aucune autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée n’avait été délivrée pour cette zone minière située dans le département de la Kadey.

Plus de 16 000 orpailleurs estimés

Selon une étude de cartographie des sites miniers menée dans le département de la Kadey par l’ONG environnementale FODER, 35 sites miniers ont été géo-référencés dans les arrondissements de Batouri et Kenzou contre 26 à Kette. Au total, 61 chantiers miniers actifs ont été identifiés pour une main-d’œuvre artisanale estimée à plus de 16 000 artisans nationaux et travailleurs étrangers.

Diagramme Baraberé

L’étude de FODER révèle également que l’exploitation aurifère artisanale dans le département de la Kadey s’est considérablement intensifiée entre 2010 et 2024. Elle a explosé de 5000 % en 14 ans, passant d’environ 82,48 hectares en 2010 à 4639,69 hectares en 2024.

DIAGRAMME 2

Le gouvernement camerounais considère le secteur minier comme un futur pilier de son économie. Aujourd’hui, il ne contribue qu’à hauteur de 1 % au PIB. Pour y parvenir, le pays entend booster la production. Structurer le secteur en passant de la mine artisanale à l’industrielle. En mars 2025, le ministère des Mines a conclu un accord avec la société minière Caminco S.A. L’accord vise à dynamiser l’exploitation industrielle de l’or sur une superficie de km² à Mborguene, dans le département du Lom-et-Djerem, région de l’Est.

Jean Charles Biyo’o Ella

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