Les rues de Bamenda ont été le théâtre vendredi d’une distribution de riz et de couvertures par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, une initiative qui a suscité plus d’interrogations que de gratitude.
Ce qui était présenté comme une bouée de sauvetage pour les populations vulnérables du Nord-Ouest, région en proie au conflit, s’est rapidement transformé en un rassemblement politique en faveur du président Paul Biya, candidat du RDPC à l’élection présidentielle du 12 octobre.
Devant la foule rassemblée, le patron du MINAT a déclaré : « Pendant un mois, nous distribuerons de la nourriture et du carburant offerts par le président Paul Biya et Mama Chantal Biya. L’avenir de Bamenda et du Nord-Ouest appartient au président Paul Biya.»
Pourtant, les sacs de riz portaient un message bien différent : « Cadeau du peuple et du gouvernement de la République de l’Inde.»
Cette contradiction a suscité l’indignation des critiques. Le riz et les couvertures, qui font partie d’un don humanitaire de 1 000 tonnes de l’Inde, étaient initialement destinés aux victimes des inondations dans la région de l’Extrême-Nord et à d’autres communautés dévastées par des catastrophes naturelles.
Au lieu de cela, les fournitures ont été détournées à des centaines de kilomètres et présentées comme une bénédiction politique du couple présidentiel.
Les analystes affirment qu’il s’agit non seulement d’une distorsion de la bonne volonté internationale, mais aussi d’une tentative délibérée d’instrumentaliser les difficultés des habitants de Bamenda, qui ont enduré des années de conflit, d’asphyxie économique et de déplacements.
« Comment expliquer qu’un cadeau clairement présenté comme provenant de l’Inde devienne soudainement un outil de campagne pour le président Biya ?» s’est interrogé un observateur. « C’est une insulte à la fois au peuple camerounais et aux donateurs qui ont véritablement manifesté leur solidarité.»
Cet incident met également en lumière une tendance plus large à la politisation de l’aide au Cameroun.
En liant l’aide humanitaire à la loyauté politique, les autorités risquent d’accentuer la méfiance entre la population et les institutions gouvernementales, en particulier dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, touchées par la crise, où la colère contre Yaoundé reste palpable.
Pour beaucoup à Bamenda, le spectacle d’aujourd’hui relevait moins du soulagement que d’une mise en scène politique, un moment où le désespoir était exploité pour afficher une loyauté envers un président dont le règne de quatre décennies est de plus en plus remis en question.
La question reste ouverte : les victimes des inondations de l’Extrême-Nord, celles à qui le riz était destiné, verront-elles un jour un seul grain de ce cadeau international ?
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