L’Association de Protection des Reliques et des Mémoires de nos Ancêtres, Parents, Frères, Enfants et Amis (APRAPFEA) a officiellement lancé ses activités ce 1er Octobre 2026 à Yaoundé. Sa vision est d’empêcher que la disparition physique des personnes ne transforme leurs vies en silence. D’où le plaidoyer pour la dignité, la filiation et la conservation du patrimoine immatériel.
La profanation d’une tombe n’est pas seulement un affront aux os et à la pierre. C’est une tentative d’éradication d’une histoire. Et, c’est précisément contre cette violence silencieuse que Bidias a Ngon a fait naître l’APRAPFEA. Sa colère intime, née de la violation du dernier lieu de repos de sa mère, s’est transformée en dispositif collectif. Comprendre cette association, c’est donc comprendre que la sauvegarde des traces n’est pas qu’un geste technique, mais un combat pour la place même des disparus dans la mémoire sociale.
Un lancement symbolique
Ce 1er octobre 2026, universitaires, ethnologues, archivistes et leaders communautaires se sont retrouvés dans un hôtel de Yaoundé, pour poser les jalons d’une initiative qui veut lier le sensible au normatif. La conférence de lancement a ainsi mis en lumière la variété des reliques(des restes humains aux photographies jaunies, en passant par les récits familiaux et les généalogies orales) et a rappelé que la loi camerounaise de 2013 reconnaît les biens matériels et immatériels comme éléments de patrimoine d’intérêt public. L’APRAPFEA se donne pour mission de traduire ce principe, parfois abstrait, en actions concrètes sur le terrain.
Objectifs pragmatiques, visée anthropologique
Parmi les objectifs affichés par l’association, on peut citer: l’inventaire et la protection des tombes et caveaux menacés, l’assistance aux familles victimes de profanation, la conservation et la numérisation des archives domestiques, la collecte de témoignages et campagnes de sensibilisation. Mais, derrière ces chantiers techniques se dessine une ambition anthropologique à savoir, sauvegarder les fils de filiation, maintenir les repères symboliques qui fondent les identités familiales et communautaires. Dans un pays où la mémoire se transmet souvent par l’oralité et les rituels, perdre une tombe ou une photographie, c’est perdre un point d’ancrage pour la transmission des récits.
Pourquoi cela compte au Cameroun
Le Cameroun traverse des mutations urbaines et sociales rapides. L’extension des villes, la spéculation foncière et l’affaiblissement des formes traditionnelles de conservation fragilisent fréquemment les lieux de mémoire. L’action de l’APRAPFEA répond à cette urgence qui consiste à renforcer la résilience mémorielle des familles face à l’érosion matérielle et symbolique. Par ailleurs, la mise en valeur des archives familiales et des témoignages enrichit les ressources historiques locales, offrant des pistes d’études et de vulgarisation pour les chercheurs et le grand public.
Des moyens à déployer
La portée de l’association dépendra de sa capacité à mobiliser des financements, à nouer des partenariats avec les collectivités locales, les services culturels et les institutions universitaires, et à gagner la confiance des familles. À l’heure où les traces s’effacent sous la pression des transformations économiques et sociales, la création de cette association s’affirme comme un acte civique et culturel, mieux une résistance organisée contre l’oubli.

