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« Une mauvaise communication peut entacher la crédibilité du gouvernement »

Pr. Mariasse Aboya Endong, directeur exécutif du Groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique (Grepda).

Professeur, dans une correspondance datée du 09 avril.2020, le secrétaire général des Services du Premier ministre (SC/PM) fait un rappel à l’ordre aux membres du gouvernement sur la « cacophonie » observée dans la communication gouvernementale. Qu’est ce qui, de votre point de vue, peut expliquer une telle sortie ?

A y regarder de près, au moins trois variables explicatives peuvent être mobilisées pour comprendre ce rappel à l’ordre du Premier ministre, chef du gouvernement. D’abord, la nécessité de remobiliser l’équipe gouvernementale et de la discipliner face à la riposte contre la pandémie du Covid-19.

En effet, un tel contexte de crise, fut-elle sanitaire, nécessite une concentration de tous les instants pour arriver à construire une riposte conséquente et cohérente contre ce facteur de crise. On ne saurait donc évoluer en rangs dispersés à l’épreuve de cette crise sanitaire qui appelle une vigilance de tous les instants.

Ensuite, la volonté d’éviter une débauche inutile d’énergie pour se concentrer prioritairement sur l’essentiel, c’est-à-dire la lutte contre la pandémie du Covid-19. C’est une exigence non négociable si on veut éviter le pire. Dans un tel contexte, il convient de gérer au mieux la communication sur la crise sanitaire de façon à la rendre moins incohérente et plus disciplinée.

Enfin, l’impératif de la solidarité gouvernementale commande qu’en pareille situation, les membres de l’équipe gouvernementale se mobilisent, chacun dans son domaine de compétence, pour apporter une riposte efficace contre la pandémie à l’origine de la crise sanitaire. Il s’agit donc de rationaliser la communication gouvernementale sur la crise sanitaire et d’inciter à la concertation.

Cette perspective est impérative, car même si la crise est sanitaire, elle appelle au minimum une approche participative dans sa gestion. D’où la nécessité de la concertation permanente entre les membres de l’équipe gouvernementale.

Cette correspondance qui intervient dans un contexte de lutte contre le Covid-19 ne va-t-elle pas limiter la communication dans un contexte où les Camerounais ont besoin d’être informés sur l’évolution de la pandémie ?

Le besoin d’information est une évidence. Il s’agit d’un droit fondamental vis-à-vis duquel le gouvernement ne saurait prendre des libertés, a fortiori dans le contexte de crise sanitaire actuel.

Conscient du fait qu’il est juste et légitime, voire nécessaire pour lui que soient informées les populations en pareille circonstance, le gouvernement travaille à discipliner les sources émettrices d’informations, afin que celles qui parviendront aux populations soient les plus cohérentes et les plus crédibles possibles. Dans cette Pr. Manassé Aboya Endong : « Les erreurs de communication peuvent faire le lit des Fakes News, des rumeurs et du marché noir de l’information ».

perspective, il est de bon ton pour le Premier ministre, chef du gouvernement, d’attirer l’attention de son équipe gouvernementale sur les dérives d’une cacophonie institutionnelle en matière de communication de crise. Les sons dissonants qui pourraient s’observer contribueraient à semer les germes d’une indiscipline sociale, préjudiciable à la riposte populaire contre la pandémie.

Loin d’être un facteur de sous-information des populations, la communication de crise que promeut le Premier ministre à travers cette correspondance doit être prise pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une garantie de crédibilisation de la communication gouvernementale de crise. C’est pourquoi elle engage les membres du gouvernement à « faire preuve de retenue et de prudence dans leurs communications écrites ou à l’occasion de leurs interventions orales ».

Les situations de crises sont des moments de tensions qui peuvent, si elles sont mal négociées ou gérées, déboucher sur de graves malentendus. Il serait donc sagè pour l’ensemble du gouvernement d’être très mesuré dans le déroulé du discours de crise.

Pourquoi seulement maintenant s’interroge l’opinion, d’autant on a quelquefois noté des sons de cloches différents de la part des membres du gouvernement sur d’autres sujets ?

Le travail de socialisation à la communication gouvernementale est continu. Il se pratique en fonction des enjeux et des circonstances.

S’il en est ainsi, c’est parce que la structure gouvernementale est dynamique et évolutive, aussi bien dans sa formation que dans ses missions. De ce point de vue, la socialisation à la communication gouvernementale doit être permanente.

Autant la communication gouvernementale peut se montrer offensive sur des enjeux précis, autant elle peut se montrer réservée et mesurée par rapport à d’autres. La communication de crise a ses stratégies et ses pratiques.

Elle n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est particulièrement sensible et délicate. Dans un tel contexte, un recadrage ne peut être soumis à un délai précis. Sous ce rapport, l’opportunité de la correspondance du Premier ministre est une polémique dont on se passerait volontiers pour ne retenir que l’essentiel, c’est-à-dire la pédagogie qui se pratique à travers cet outil de communication sur la crise sanitaire.

Quelles peuvent être les conséquences d’une mauvaise communication tant sur l’opinion que sur l’action gouvernementale?

Une mauvaise communication ou une communication approximative dans ce contexte de crise sanitaire peut avoir de graves conséquences à court, moyen ou long terme. Il en va d’ailleurs de la crédibilité de l’action gouvernementale.

Aussi, pour qu’elle suscite une adhésion populaire aux mesures gouvernementales de ripostes, la communication de crise doit-elle être cohérente, au risque de démobiliser les populations.

Les erreurs de communication peuvent faire le lit des Fakes News, des rumeurs et de tout le répertoire du « marché noir de l’information » qui, le cas échéant, profiterait des zones d’ombres et d’incertitudes pour provoquer des effets de paniques ou déconstruire l’action publique.

Une communication gouvernementale mal négociée et non-mai-trisée peut sérieusement entamer la légitimité même de l’institution. Il convient donc de la réajuster, de la superviser et au besoin, de la monitorer pour éviter que les effets pervers d’une communication gouvernementale de crise ne plombent le dispositif de riposte contre le Covid -19.

Source: Cameroon Tribune

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