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Transition : Wilfried Ekanga tousse, Yaoundé s’enrhume

Le gouvernement a réagi à l’entretien entre l’activiste politique et le président français.

«Il nous a été donné de suivre avec étonnement, un échange plutôt étrange et inconvenant entre un certain Wilfried Ekanga se revendiquant de la nationalité camerounaise et le président français Emmanuel Macron, au cours de son déplacement le 8 juin dernier en région parisienne…

Le gouvernement de la République déplore vivement et désapprouve totalement l’évocation de la situation au Cameroun entre ces deux interlocuteurs, dans des termes qui tiennent manifestement de la désinformation, voire de l’intoxication», et «regrette cet échange inopportun».

Telle est la substance d’un communiqué du ministre de la Communication (Mincom), porte-parole du gouvernement, au sujet de l entretien entre, l’activiste politique Wilfried Ekanga et le président de la France.

En effet, au cours d’une sortie publique la semaine dernière en zone parisienne, Emmanuel Macron a été interpellé par Wilfried Ekanga. Les deux hommes se sont entretenus pendant une dizaine de minutes au sujet de la transition au Cameroun.

L’activiste politique reprochait au président français son soutien et celui de son pays au régime « dictatorial » de Yaoundé qui mate toute tentative de manifestation publique de l’opposition. Au moment où pour Wilfried Ekanga, le peuple camerounais aspire à se libérer du régime qui le dirige depuis 1982.

L’accusé se défendait de ne pas jouer ce rôle au Cameroun, mais de « promouvoir la démocratie » dans les pays d’expression française en Afrique. Essayant même de convaincre son interlocuteur que Paris n’interviendrait pas au cas où le peuple camerounais s’engagerait à faire tomber le régime de Paul Biya qui s’accroche aux manettes d’un pouvoir qu’il exerce sans apporter la prospérité aux citoyens. C’est une rebelote.

Une première fois déjà, le même président français avait déjà été interpelé par un autre activiste camerounais, en la personne de Calibri Calibro. C’était au Salon de l’agriculture en 2019. L’activiste adversaire du régime de Paul Biya, avait dénoncé le? travers de la gouvernance des autorités camerounaises et l’embastillement des opposants.

Maurice Kamto, le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) croupissait à prison centrale de Yaoundé alors. Emmanuel Macron avait promis à Calibri Calibro qu’il appellera le président Biya dans la semaine pour lui «mettre la pression» afin qu’il libère l’opposant qui revendiquait bruyamment sa victoire à la présidentielle d’octobre 2018.

Et effectivement, en fin de semaine, Maurice Kamto était libéré après que le président de la République ait décidé de l’arrête des poursuites judiciaires à l’encontre des opposants politiques arrêtés lors des manifestations post-électorales.

Beaucoup y avaient vu une mainmise de Paris sur la marche du pouvoir de Yaoundé. Le gouvernement camerounais avait dénoncé cette attitude «néocoloniale» du dernier successeur du général De Gaulle. Réaffirmant la souveraineté du Cameroun. Mais la coïncidence entre la promesse du leader de l’ancienne puissance tutélaire et la libération de l’opposant numéro un, ne pouvait échapper à la vigilance des analystes politiques.

Éternel élève de la France

Yaoundé saisit l’occasion pour réitérer que «le président Paul Biya n’a de leçon à recevoir de personne, et qu’il demeure le principal artisan de la démocratie au Cameroun, sur la voie de laquelle il a engagé le peuple camerounais il y a quelques décennies».

Non sans «inviter le président Emmanuel Macron de ne pas se laisser distraire par des concitoyens mal intentionnés, en mal de notoriété et qui ont perdu tout sens patriotique, ni se laisser entraîner dans des manœuvres pernicieuses qui heurtent le peuple camerounais et qui sont susceptibles de porter préjudice aux relations entre la France et le Cameroun».

On sait pourtant que Paris dont Yaoundé a autrefois revendiqué d’être le meilleur élève, a toujours eu de l’influence sur les affaires de l’ancien territoire sous sa tutelle. Après sa longue hibernation en 2020, l’ambassadeur de France au Cameroun avait été la première personnalité à rencontrer officiellement Paul Biya qui était sans nouvelles depuis des mois.

Et c’est le diplomate qui avait rassuré l’opinion camerounaise que le président Biya que Maurice Kamto annonçait pour «mort» était bien vivant et surtout que les images de l’audience que lui avait accordée le président camerounais étaient bien réelles et non truquées. Achevant de convaincre les plus sceptiques que la France continuait de jouer un rôle important dans la marche des affaires publiques du Cameroun.

La Nouvelle Expression

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