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Témoignage: Mon Manu à moi

A l’annonce de la disparition de l’icône, c’est comme si tous s’étaient passés le mot : chacun publie une photo de manu et lui, preuve que cet homme a donné à chacun de ses fans, l’occasion unique de le « toucher ». Un privilège que n’offrent pas toutes les stars.

Peut-on être une étoile en gardant les pieds sur terre ? Peut-on être à la fois un mythe du show biz et une réalité qui rit, éclate de rire et vous tapote ? Peut-on être Manu Dibango ?

Ils sont inombrables, les fans de Manu Dibango qu’il a ramenés sur terre par son inimitable rire : « Hé-Hé-Hé » ou « Ha-Ha-Ha », selon la circonstance, et l’immanquable tape dans le dos, qui immédiatement casse la barrière de l’âge et du statut social : pour à peu près tous, manu était au moins , le « grand-frère », sinon le « papa », ou alors, objectivement, le « grand papa ».

Mais lui, en avait cure : il mettait immédiatement à son niveau, tous ses interlocuteurs, afin que vous puissiez communier immédiatement, en profitant tous de l’instant magique qui vous était donné.

C’est enfant, que j’ai connu Manu Dibango, en l’écoutant pour la première fois dans le transistor familial, lors de cette Coupe Africaine des Nations ( comme on la dédignait alors), en 1972.

Son hymne de la Coupe était une espèce de marche martiale, surtout destinée à exhalter l’orgueil du Cameroun. Qui fut hélas ravalé par une déconvenue. Mais l’air resta, surtout que le 45 tours aux couleurs vert-rouge-jaune était en vente, et il traînait dans le panier à disques de notre maison.

Il ne venait à l’idée de personne d’écouter la face B, ce Soul Makossa qui sera le lancement mondial de l’artiste.

Adolescent, j’ai fait ma première surprise partie au son de « Afrique sans fric » tout début années 80, à une époque où, après avoir chauffé la salle aux Black Styls qui n’étaient pas des manchots après avoir fait un ou deux Ekambi, lorsqu’il fallait monter en gamme et passer à quelque chose de plus « class », on passait chez Manu, « Miss Cavacha » par exemple, qui n’avait rien à voir dans l’orchestration, avec le « cavacha » Zaïrois.

Quelques années plus tard, jeune étudiants, nous nous émouvons de la croisade de Manu contre la famine en Ethiopie : « tam-tam pour l’Afrique » est la musique qui sort des radio-cassettes de nos chambres de cité universitaires.

Les Kassav montent en puissance, et si dans nos soirées on danse les tout premiers Zouk, c’est Manu que  l’on écoute, enlacés avec nos copines

Jeune adulte, Manu est encore là. Désormais sur Cd, je découvre le Wakafrica d’un artiste non pas mature, mais à la jeunesse renouvelée, qui désormais puise sa ressource dans la rencontre avec les autres artistes du continent à qui il a ouvert la voie de la « World Music » : Youssou N’dour, Peter Gabriel, Salif Keita, Ray t.ema, Angélique Kidjo

Mais mon Manu a moi n’est pas qu’un manu de musique. C’est un homme qui les a bien en place. Dans l’homérique passe d’armes épistolaire qu’il a eu avec Ferdinand Oyono, via l’hebdomadaire Jeune Afrique, le « Vieux nègre », alors ministre de la Culture du Cameroun, traita l’auteur de Soul Makossa de « Saltimbanque »

Réponse de Manu : « Je suis musicien saxophoniste, pianiste, chanteur…C’est mon métier, et c’est ainsi que je gagne ma vie. Certains sont ministres et pensent que c’est un métier>> Fin du match.

J’ai rencontré Manu Dibango une fois dans ma vie , le plus grand des hasards, il lui mon voisin de table au cours dun diner mondain. Le serveur au moment des apéritifs vint lui proposer un whisky de 25 d’âge, en vantant le millésime.

Le Vieil homme partit d’un grand éclat de rire ( HO-HO-HO) et demanda s’il n’avait pas un Johny Walker, Bande Rouge s’il vous plaît. « C’est le même que je bois depuis soixante ans » commentaire de l’artiste, le regard tourné vers moi. Rire.

L’adulte que je suis devenu cru déceler en cet immense personnage, une musique vraie circonstante, celle de la joie devivre et de se laisser vivre

Source: Le Jour

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