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Sport et condamnation des militants à de lourdes peines d’emprisonnement : une coupe d’Afrique des nations à contre-courant des droits humains

La condamnation des militants du MRC est une triste nouvelle pour notre pays, une triste nouvelle pour la démocratie, qui ne peut plus se targuer d’être « avancée » et un terrible recul pour les droits de l’homme.

Après les journalistes et les lois liberticides, le pays se présente désormais, comme un champ inexorable d’extorsion des libertés civils et politiques. Le but de la manœuvre est d’humilier les partisans du MRC, de criminaliser leurs actes et de décourager, toute velléité d’opposition dans le pays. La coupe d’Afrique des nations de football, est le réceptacle tout trouvé pour faire avaler ces pilules amères d’un autre âge.

La liste est longue et l’incompréhension totale. Ainsi, Pascal Zamboué, Olivier Bibou Nissack, Alain Fogue Tedom, Awasum Mispa, tous membres du Directoire du MRC, mais aussi de nombreux militants de ce parti politique, tels Soh Stéphane, Djoufo Ngabo, Béas Salomon, Kognoupi Narcisse, Temapi Roger, Docgne Jean Louis, Momo Mathurin, Sibiap Modje Orner, Bibou Nissack Olivier, Djoufou Ngabo, Nitidem Andre, Ntifalia Oben, Ewodo Vendelin, Kagho Kana, Tapiele Youda Stomy, Tapiele Dongmo Edgard, Tefobeau Gerard Alain, Fouomouo Djoumessi, Wokam Nguewa, Tchitoua Jean, Pouosi Kamdem Emmanuel, Kuatche Jean, Nkamndam Noukeu Jean, Wamba Bosco, Zangue Denis, Kenne Jean Fernand, Meli Manfo Ghislain, Foueye Xavier, Wafo Eric Sylvain, Kopwa Djenkou Patrick, Bamou Jean, Takam Louis, Mbeh Gabriel, Sop Tchiedjou Jules, Kamdoum Carlos, Zangue Douanla Thierry, Lontsi Ngouffo, Tamokoue Charles, Fossouo Zacharie, Djontou Serge Honore, Fouomouo Djoumessi Steve, Tchitoua Jean, Wamba Bosco, Zangue Denis, Foueye Xavier, Nkamndam Noukeu Jean, Bamou Jean Evalis, Takam Louis Bernard…ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement ferme, ils sont plus de 124 militants à être passés sous les fourches caudines de la justice militaire, à Douala, à Yaoundé, mais aussi à Bafoussam.

Parmi ces militants, l’on note de hauts cadres et des stratèges du MRC, parti d’opposition, jetés en prison et condamnés tels des malpropres, à 7 ans d’emprisonnement. Des sentences qui dépassent l’entendement, pour une marche pacifique à laquelle certains d’entre eux n’ont du reste pas pris part.

Le Pr Alain Fogue Tedom est arrêté, dans la nuit du 19 au 20 septembre 2020, alors qu’il tentait de se rendre au domicile de l’opposant Maurice Kamto, encerclé par des forces de défense et de sécurité, lourdement armées et encadrées par des chars d’assaut. Olivier Bibou Nissack est arrêté dans la même nuit, à son domicile. On le soupçonne alors de vouloir se rendre à une marche interdite par les pouvoirs publics.

Avant les récentes condamnations, certains militants de ce parti d’opposition, avaient été jugés auparavant et avaient écopés des peines allant jusqu’à 10 ans d’emprisonnement ferme. C’est le cas de Matje Emery, condamné par le Tribunal Militaire de Douala pour « terrorisme ».

En réalité, pour avoir diffusé des vidéos appelant à la fin de la crise anglophone. Cette instrumentalisation de la justice militaire contre des civils et le caractère spécieux et liberticide des condamnations, a toujours été réprouvé par le MRC, parti politique de l’Opposant Maurice Kamto. De fait, avec de telles sentences, le pouvoir rentre dans une stratégie de l’usure et de la décapitation de ce parti d’opposition, par le truchement des institutions judiciaires.

Une telle stratégie n’est certes pas nouvelle mais le caractère massif, l’énormité et la dureté des peines d’emprisonnement, laisse pantois, il en est de même du statut de certains mis en cause : le Pr Alain Fogue Tedom, est présenté comme le stratège du MRC. Olivier Bibou Nissack a été le porte-parole de Maurice Kamto pendant les heures sombres des premières arrestations au sein de ce parti d’opposition, suite aux résultats des élections présidentielles d’octobre 2018. Pascal Zamboué, est un important membre du Directoire du MRC.

Me Awasum Mispa, est la Présidente des femmes de ce parti politique, il s’agit pour le pouvoir en place, de faire le vide autour de Maurice Kamto, voire, de décourager toute collaboration entre ce dernier et la fine fleur de l’intelligentsia, avec laquelle ce dernier partage quelques longueurs d’ondes sur la scène politique.

L’effet d’une telle stratégie de massification des peines d’emprisonnement est de stigmatiser le MRC auprès de l’opinion, en le présentant comme un parti des « hors-la-loi », voire un parti de « terroristes », qui prône l’insurrection contre les institutions de la République.

Pires que celles des sécessionnistes !!!

Si l’on en juge par les peines prononcées par les tribunaux militaires, l’on est tenté d’affirmer que le pouvoir condamne plus durement les manifestations des partis politiques reconnus et légalisés, que certains militants séparatistes de la cause anglophone.

C’est dire que pour le régime, le sécessionnisme vaut peut-être mieux que les manifestations politiques pacifiques. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de décourager toute velléité de protestation, de contraindre le peuple à chanter l’antienne du seul parti au pouvoir, et in finie, de s’accrocher mordicus, vaille que vaille aux lustres du pouvoir.

Aussi, la transmission du pouvoir par le truchement des articulations et des sortilèges d’un gré-à-gré entre membres du sérail présidentiel, que dénonce du reste Maurice Kamto justifie-t-il toutes les dérives, tous les contrecoups et tous les coups-bas, au risque de manquer le sens de la mesure.

Une telle situation entraine le pays dans la cristallisation d’un ensauvagement politique, dont nul pour le moment, ne peut prévoir l’issue. On peut simplement noter que pour l’heure, la sentence est tombée comme un couperet, et que militants et sympathisants en sont encore tétanisés. Ce que l’on sait par contre, c’est que le pouvoir en place a voulu diluer les effets de l’indignation populaire, dans l’effervescence suscitée par l’organisation de la prochaine coupe d’Afrique des Nations.

César, empereur romain, affirmait déjà à son époque, que pour obtenir les faveurs du peuple tout monarque se devait de lui servir « du pain et des jeux ». Cynique, il fit construire des arènes géantes pour rassembler le maximum du peuple et leur servait assez régulièrement des combats des gladiateurs. Sa perfidie fit en sorte que les combats ne devaient cesser qu’à la mort d’un ou de plusieurs gladiateurs à la fois.

Ces morts étaient perçues comme des trophées à la gloire de César et de son pouvoir. D’ailleurs, avant chaque combat, les gladiateurs défilaient au Colisée en criant : « Ave César, ceux qui vont mourir le salue III ». La mort des gladiateurs, était volontairement offerte aux populations, sous le prisme de son pouvoir, pour le maintien de ce pouvoir.

Aussi, le régime en place dans notre pays, use-t-il des mêmes effets, en ce qui concerne le football, fortement soumis au Cameroun, aux nécessités politiques et à la soif d’enivrement du peuple. La coupe d’Afrique des Nations est ainsi devenue le viatique de l’expressivité d’une puissance politique, sous-tendue par une agressivité sans fioritures des adversaires politiques et particulièrement de l’opposition.

La compétition constitue dès lors, une mise en scène, une espèce de corrida où les opposants sont sacrifiés pour le bonheur des foules transformées en forcenés du pouvoir. Certains pontes du régime en place, considèrent du reste l’organisation de cette coupe d’Afrique des Nations dans le timing requis et ce malgré quelques réticences premières de la FIFA, comme une victoire de la diplomatie camerounaise, qu’ils ont tôt fait de l’imputer au régime en place.

D’autres perçoivent l’organisation de cette compétition comme une victoire du régime sur son opposition qui elle, n’avait de cesse de stigmatiser les détournements de fonds et l’hyper corruption liée aux travaux d’infrastructures relatifs à cette grande messe du football.

En finir avec l’opposition !!!

La coupe d’Afrique des Nations était dès lors devenue une pomme de discorde qui semble avoir tourné à la faveur du pouvoir en place. Les militants de l’opposition, ont été embastillés entre autres, pour avoir préalablement, dès les élections de 2018, exigés une transparence dans la gestion des fonds liés à l’organisation de cette compétition, ils semblent aujourd’hui subir une vendetta du régime.

Celle-ci se manifeste d’autant plus aisément que le temps est aux vuvuzelas, que l’effervescence populaire gagne du terrain et que, inexorablement, la fureur excitée de la gagne, prend de l’ampleur, mettant ainsi sous le boisseau, les dissensions et autres combats politiques.

Le football est ainsi devenu une rampe de lancement des obus et mortiers politiques, vers des adversaires les plus à même de se voir délester de leurs droits civils et politiques, y compris au plus haut sommet de l’opposition. Au- delà desdits droits, les lourdes peines de prison auxquels les a soumis le régime, privent ces opposants de la possibilité de jouir de leurs prérogatives, en matière d’éligibilité à des postes politiques.

Ces peines sont susceptibles de créer des rancœurs, zizanie et amertume au sein de cette formation de l’opposition, au cas où elle aurait des difficultés à mobiliser ses troupes pour aller au combat. Or, le pouvoir sentant le coup de la frénésie populaire, ne s’est pas privé de taper dans le mille, en s’assurant de ce que le bruit soit étouffé dans le vacarme des clameurs issues des stades et autres « fans zones » improvisés ici et là jusque dans les villages les plus reculés.

La Coupe d’Afrique des Nations est ainsi devenue une vitrine de la trituration des droits et un bouclier pour les puissants. Cette dernière peut ainsi, le temps d’une compétition, offrir à des dictatures, des occasions rêvées pour s’octroyer des passe-droits, accroître la pression et embastiller des opposants, sans subir la moindre fronde populaire. Le Football sert ainsi les causes de la politique interne au Cameroun.

L’on a très bien perçu ce rôle ambivalent lorsque, s’avisant de l’impréparation de notre pays pour accueillir cette compétition initialement prévue en 2019, les instances de la CAF, se promirent de ne rendre publique la décision du report de cette compétition, qu’après les élections présidentielles d’octobre 2018.

De tels sauts de biches et autres manœuvres de l’ombre, suscités par les instances faitières du football, finissent par définir leurs empreintes sur la politique intérieure des Etats. Dans la plupart des cas, les instances peu suspectes de transparence et de soutien démocratique dans leur pays, en profitent pour sévir contre les populations.

Si pour certains le sport se doit d’être séparé de la politique, on peut à l’évidence, se rendre compte qu’une telle scission ne serait que pure fantasme, comme le démontre du reste les conflictualités autour du football générées au sein de la classe politique au Cameroun.

Toutefois, il reste cependant constant que le sport a permis par le passé, d’acquérir des évolutions indéniables aux plans politiques. Ainsi l’Afrique du Sud de Pieter Botta, fut obligée d’abandonner sa politique d’Apartheid, afin d’intégrer les grandes compétitions internationales.

Dans cette optique, la CAF et la FIFA se doivent d’intégrer des normes éthiques et morales dans leur fonctionnement, et se refuser à côtoyer des régimes autoritaires, voire dictatoriaux, qui peuvent se servir directement ou indirectement de leur caution morale, pour accroître la répression, et semer doute et désillusions au sein des populations.

TIENTCHEU KAMENI

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