Au soir de ce vendredi 2 juin 2023, l’agence de notation financière S&P Global (anciennement Standard & Poor’s) révélera si elle abaisse ou non la note de la France pour la dette publique. La réforme des retraites a été adoptée, et pourtant cela n’a pas empêché l’agence Fitch de dégrader la note qui évalue la solidité de notre dette, de AA à AA-, il y a un mois. S&P Global fera-t-il de même ? Et comment comprendre ce type de notation ? Entretien avec Sylvain Bersinger, économiste au cabinet de conseil Asterès.
Y a-t-il un risque important que la note de la France soit également dégradée par S&P ?
C’est assez probable, mais il est très difficile d’évaluer la probabilité de dégradation.
Comment expliquer cette menace alors que la réforme des retraites avait été notamment justifiée par le gouvernement pour l’éviter ?
La question des finances publiques est bien plus large que celle des retraites. Avec la crise sanitaire, la tendance baissière du taux de croissance et la difficulté structurelle de la France à réduire ses déficits, les agences de notation sont plutôt dans une logique de baisse de la note française.
Quels sont les critères qui priment dans la décision des agences de notation ?
C’est difficile à dire avec précision, car une multitude de facteurs entrent dans ce type de notation. Mais les principales variables observées sont la trajectoire du déficit et de la dette (et l’anticipation de la trajectoire future) et les perspectives de croissance du pays.
Ces notations n’ont d’impact concret que si elles induisent une méfiance des investisseurs, qui se traduit par une augmentation du taux d’endettement de l’État français.
Quel serait l’impact de cette éventuelle dégradation ?
L’impact d’un point de vue économique serait certainement très faible, voire nul. Ces notations n’ont d’impact concret que si elles induisent une méfiance des investisseurs, qui se traduit par une augmentation du taux d’endettement de l’État français. Pourtant, on observe depuis plusieurs années, en France et dans d’autres pays comme le Japon ou les Etats-Unis, que les taux ne remontent pas après une baisse de la note.
Si cet impact est jugé limité, comment expliquer que le gouvernement ait tout fait pour convaincre S&P de ne pas le baisser ?
Il y a un aspect symbolique fort, ce n’est jamais agréable d’être dégradé, ça donne l’impression d’être vu comme un mauvais élève.
La France figure actuellement parmi les pays les mieux notés à travers le monde et au sein de la zone euro…
Elle n’est plus notée « AAA » (la meilleure note possible) comme l’Allemagne ou les Pays-Bas par exemple. Mais il est mieux noté que le Japon ou l’Italie. Il se trouve donc dans une situation intermédiaire parmi des pays économiquement comparables.
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