C’est une enquête qui vient encore jeter du feu aux poudres. Selon le Journal Le Monde, A gauche, le Camerounais Wilfried Nathan Douala, 17 ans, sélectionné pour participer à la Coupe d’Afrique des nations. A droite, un joueur du club de l’Oryx de Douala qui disait s’appeler Alexandre Bardelli et avoir 21 ans, photographié par « Le Monde » en janvier 2022.
Il y a deux ans, le 21 janvier 2021, lors de la CAN organisée au Cameroun, Le Monde s’était rendu sur le terrain d’entraînement Soppo-Priso de Douala pour rencontrer l’équipe de l’Oryx, club mythique au passé glorieux qui manquait cruellement de moyens. Crampons déchirés ou sans lacets, une vingtaine de jeunes couraient, ce matin-là, derrière un ballon et un rêve : « devenir pro » et « rejoindre la sélection », assuraient-ils.
Etrange sensation de déjà-vu. Certes moins affûté, Alexandre Bardelli ressemble furieusement à Wilfried Nathan Douala. Ils ont la même cicatrice au niveau du sourcil droit et des tatouages identiques : le chiffre 69 au niveau de l’avant-bras gauche, une croix près de la main droite, trois bandes dessinées autour du mollet gauche, un motif tribal sous le genou droit… « Oui, Alexandre Bardelli, c’est Wilfried Nathan Douala », ont attesté auprès du Monde plusieurs anciens de l’Oryx qui ont exigé l’anonymat. Le jeune footballeur aurait donc eu, à l’époque 15 ans, et non 21 ans.
un compte Facebook et un autre sur Instagram, datant d’au moins 2017, étaient, respectivement, au nom d’Alexandre Bardelli (toujours actif, en privé) et de Mr_Bardelli (plus accessible). Le numéro du M. Bardelli – qu’il nous avait communiqué à l’époque – est aujourd’hui celui de la mère de… Wilfried Nathan Douala : sa photo, avec le maillot du Victoria United, est affichée en profil du WhatsApp. Interrogée sur l’identité de son fils avant la Coupe d’Afrique, elle était restée évasive : « Il y a des choses comme ça. Il y a des sobriquets et tout ce qui va avec. Ce n’est pas important. » Joints par téléphone, quelques proches avaient évoqué, quant à eux, une simple « ressemblance » entre les deux hommes.
Le Monde avait alors demandé ce qu’il en était à la fédération camerounaise dirigée par l’icône Samuel Eto’o deux jours avant le début de la CAN. Sollicitée à plusieurs reprises, celle-ci n’avait pas souhaité réagir. Il aura fallu attendre le 10 mars pour qu’elle sanctionne le jeune garçon pour un problème de « double identité ». D’après le règlement de la CAN (chapitre 20), la Confédération africaine de football (CAF) peut ouvrir une enquête pour savoir s’il y a eu fraude ou usurpation d’identité. Si les faits sont avérés, la sélection nationale en cause peut être exclue de participation aux deux éditions suivantes de la Coupe d’Afrique des nations.

