S’il fallait un indice du sale tour que représente l’accord signé sous l’égide du ministère du Travail, la FNAE nous le fournit : l’association qui a milité dès le départ contre le salariat des travailleurs de plateforme est la seule vanter ses mérites, en compagnie des patrons du secteur et du ministre Olivier Dussopt.
Là « un réel progrès » consiste en fait en une garantie de revenus pour les livreurs des plateformes en France, à 11,75 euros bruts, soit 23 centimes au-dessus du Smic horaire. Mais ce minimum ne tient pas compte des délais d’attente entre deux commandes. Soit plusieurs heures par jour qui passent à l’as.
« Autrement dit : un coursier qui fait deux courses d’une demi-heure en deux heures est en réalité payé 5,87 euros de l’heure. On comprend mieux l’enthousiasme du gouvernement ! » explique l’avocat Kévin Mention qui représente des dizaines de livreurs. Ces délais d’attente non rémunérés, dus aux heures creuses, correspondent à environ un tiers du temps de travail effectif des coursiers. Les livreurs CGT, qui ont refusé de signer ce texte, comme Solidaires, dénoncent une « accord qui ne répond en rien aux besoins des travailleurs ».
Un seul syndicat signe l’accord avec le gouvernement
Le syndicat rappelle à juste titre que ce salaire minimum prive toujours les travailleurs et notre système de protection sociale de cotisations patronales – un manque particulièrement douloureux en cette période de conflit sur les retraites – et demande que ces travailleurs soient payés. Solidaires craint pour sa part dans un communiqué que « cette rémunération minimale va s’avérer, pour un certain nombre de courses, être un plafond et entraîner paradoxalement une baisse de revenus pour les livreurs ».
Une seule organisation, élue lors de l’élection des représentants des coursiers, scrutin avec un taux de participation inférieur à 2%, a signé ce texte. Il est difficile d’affirmer dans ces conditions, comme le fait le ministre du Travail, qu’il s’agit d’un « consécration du dialogue social ».
Ces élections ont posé un problème fondamental. Organisé dans le cadre de l’ARPE (Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi), ce vote s’inscrit dans une opération politique visant à confiner ces travailleurs (livreurs et chauffeurs VTC) au statut d’indépendants, pour les empêcher de demander avant devant les tribunaux (et d’obtenir) leur requalification en tant que salarié.
Le patron de l’ARPE n’est autre que Bruno Mettling, nommé à ce poste par Élisabeth Borne et auteur de l’argumentaire d’Uber sur le dialogue social. Avant même les élections, de nombreux syndicats avaient dénoncé cette parodie de dialogue social. Certains ont encore participé pour le combattre de l’intérieur (CGT, Solidaires, CNT-SO) d’autres comme le Clap ont refusé d’obtempérer.
Quant à la CFDT, appelée Union-Indépendant…

