Politologue française, spécialiste de la question migratoire, Catherine Withol de Wenden défend depuis vingt ans l’idée que la migration humaine est un facteur de développement économique et anthropologique bénéfique pour les personnes concernées, leur pays d’origine et les pays d’accueil. .
Auteur de nombreux ouvrages, elle a mené plusieurs enquêtes de terrain auprès des travailleurs immigrés chez Renault, des jeunes militaires français issus de l’immigration ou du « mouvement Beur ». « Experte externe » auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et membre de la commission d’orientation du Cercle de la Licra, elle pose un regard pointu sur les choix des dirigeants européens en matière d’immigration, dénonçant les dérives sécuritaires qui travaillent depuis plusieurs années.
Comment analysez-vous aujourd’hui les politiques migratoires françaises et européennes ?
Nous entrons dans le mur. Les choix politiques en la matière se sont alignés depuis des années sur les sondages d’opinion et les positions de l’extrême droite. Ceux qui décident ont en quelque sorte peur de ceux qui ont peur. Ils découvrent, pour la plupart, le sujet en prenant position. Ils sont d’ailleurs extrêmement prudents et s’en tiennent aux politiques sécuritaires prônées en haut lieu, à Bruxelles. C’est le cas dans la plupart des pays européens. On voit même des pays qui étaient plutôt démocratiques dans le passé, comme la Suède et le Danemark, adopter une approche extrêmement sécuritaire.
Quelles décisions doivent être prises rapidement ?
Il faudrait tout recommencer et réfléchir à d’autres voies d’entrée légales. C’est ce que préconisait le pacte de Marrakech, en 2018. C’est un pacte multilatéral dans lequel les pays du Nord, les pays du Sud, les syndicats, les associations, les experts, des tas de gens très divers pour tenter de définir de nouvelles politiques migratoires. Nous devons partir de là.
Sinon, nous aurons de plus en plus de passeurs, de plus en plus de morts, de plus en plus de personnes qui resteront sans papiers pendant des années. Sur ce dernier point, nos sociétés sont totalement archaïques, avec des formes d’esclavage moderne extrêmement néfastes.
Nous fabriquons des indésirables. Plus on refuse de droits aux migrants, plus on crée des gens qui sont eux-mêmes rejetés par l’opinion publique parce qu’ils n’ont pas accès au logement et vivent dans la rue, n’ont pas accès au travail et parviennent à survivre, ont très peu accès à soins et hygiène. Catherine Whitol de Wenden
Nous fabriquons des indésirables. Plus on refuse de droits aux migrants, plus on crée des gens qui sont eux-mêmes rejetés par l’opinion publique parce qu’ils n’ont pas accès au logement et vivent dans la rue, n’ont pas accès au travail et parviennent à survivre, ont très peu accès à soins et hygiène. C’est dramatique.
En Allemagne, par…

