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Retard et controverses autour du projet Renatu au Cameroun : ZTE perçoit 70 milliards Fcfa pour un chantier inachevé

Le géant chinois des télécoms, Zhongxing Telecommunication Equipment (ZTE), est au centre d’une polémique au Cameroun alors que son projet de Réseau national de télécommunications d’urgence (Renatu) accumule un retard de 11 ans et suscite des interrogations quant à sa réalisation. Malgré l’annonce d’une réception provisoire en juin 2022, les travaux ne sont toujours pas finalisés, et des sources proches du dossier révèlent que ZTE a récemment sollicité un budget supplémentaire de 4 milliards Fcfa en 2023, semant ainsi l’inquiétude parmi les autorités.

Initié en 2012 suite à une demande du président Paul Biya visant à mettre en place un dispositif de communication d’urgence et d’alerte précoce, le projet Renatu devait être livré en 2020. Cependant, les retards persistent, et des sources indiquent que ZTE aurait déjà encaissé plus de 70 milliards Fcfa, suscitant des préoccupations quant à la transparence financière de l’entreprise.

Le projet Renatu comporte cinq composantes majeures, dont un réseau de radiocommunication à ressources partagées, un système de communications d’urgence, une vidéosurveillance, une vidéoconférence, et un système e-police. Ces composantes devraient permettre une gestion efficace des communications sécurisées au Cameroun en cas d’urgence, avec un Centre national des opérations d’urgence (Cnou) basé à Yaoundé.

Dans un rapport « de suivis de réserves » daté de décembre 2021 et élaboré par le consortium Resytal-Matrix Télecoms, qui assure la mission de contrôle des travaux, plusieurs centaines des réserves émises n’avaient toujours pas été prises en compte par ZTE sur les sites de Yaoundé, Douala, Bertoua, Ngaoundéré, Maroua, Garoua, Ebolowa, Mvomeka, Bafoussam, Bamenda et Kribi. Ce qui peut expliquer la non livraison du chantier attendu depuis l’année 2019, selon les délais contractuels.

Des insuffisances ont été relevées lors des inspections du Ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) en 2019, soulignant des problèmes potentiels de transparence dans les coûts et les prestations de ZTE.

Plusieurs organes de presse écrite avaient décrié à travers des publications, les mani- gances, les manipulations autour de ce projet de communication d’urgence entre l’entreprise chinoise Zte et le Minpostel. Après que les employés du Minpostel aient saisi les medias à plusieurs reprises pour dénoncer les malversations financières et l’échec total du projet, l’entreprise Zte aurait mis les moyens en jeu pour convaincre le Minpostel de signer la réception finale du projet et lui permettre de rapidement recevoir le paiement du der- nier décompte. On peut donc comprendre que ce projet qui n’a jamais été exécuté dans sa totalité a quand même été payé à pratiquement 100% au prestataire.

« Les employés du Minpostel ont été contraints à de multiples convocations de réunions avec instructions fermes de clôturer ce projet et faire valider le procès-verbal final. Malgré les indignations des parties prenantes et des collaborateurs, sur la nature chaotique du projet, les risques liés à ce projet, les instructions sont restées fermes. Les experts techniques du Minpostel avaient recommandé que le prestataire fasse le travail pour lequel il a déjà été payé, mais il n’en est rien« , nous confie-ton.

Des accusations que l’entreprise a largement rejetées, mais qui continuent de soulever des doutes sur la gestion du projet.

Les retards sont justifiés par ZTE en raison de réalités géographiques et juridiques nationales, ainsi que des ajustements nécessaires pour s’adapter aux infrastructures camerounaises. Cependant, des critiques émergent quant au choix de la technologie 2G et des plateformes CDMA, jugées obsolètes, alors que la 3G était déjà disponible en 2013.

Face à ce projet qui semble à l’abandon, des voix s’élèvent pour dénoncer une possible arnaque, mettant en cause la responsabilité des acteurs impliqués et appelant à une plus grande transparence dans la gestion des fonds publics.

A ce jour, le projet est à l’abandon, le prestataire n’en parle plus. Les travaux sont à l’arrêt. Pourtant, au courant de l’année 2023, au regard des manquements trop visibles de ce projet, le prestataire avait engagé de nouvelles transactions au Minpostel pour obtenir un nouveau budget de 4 milliards Fcfa en vue d’une mainte- nance de ce projet déjà obsolète avant même sa réalisation.

« Quel toupet ! », fulmine une source proche du dossier. Qui soutient mordicus que « c’était un coup de maître. L’ambition d’obtenir un budget supplémentaire de 4 milliards Fcfa. Surtout qu’il a visiblement le soutien des décideurs. Ce prestataire qui n’a jamais été inquiété pour les 77 milliards Fcfa non livrés depuis plus de 10 ans, se permet de faire comme il veut. Il ne trouve pas d’inconvénients de demander un budget supplémentaire, la suite à ce jour est sans issue« .

Le projet Renatu, censé répondre aux besoins urgents en cas de catastrophe, demeure un dossier épineux, soulignant les défis persistants dans la réalisation de projets d’envergure au Cameroun.

« Les collaborateurs du Minpostel restent inquiets quant à l’ave- nir de ce projet. Ils ne cessent de décrier ce projet et ses malversations qui pour- ront un jour nuire à la tranquillité des uns et des autres pendant que ce prestataire sera retourné en Chine et ne pourra pas répondre de ses actes« , a-t-on appris.

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