Qui était Mgr Albert Ndongmo : l’évêque camerounais condamné à mort en 1971 puis gracié par Ahidjo ?

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Mgr Albert Ndongmo (1926-1992) : l’évêque de Nkongsamba condamné à mort en 1971, puis gracié.

Albert Ndongmo naît le 26 septembre 1926 à Bafou, près de Dschang. Ordonné prêtre le 21 décembre 1955, il est nommé évêque de Nkongsamba le 16 juin 1964 : il devient le premier évêque camerounais du diocèse. Ses prêches attirent les foules, et il y critique le fonctionnement du régime. En 1969, il fonde Mungo Plastique avec l’argent de son diocèse, pour qu’il ne dépende plus de l’aide occidentale.

En août 1970, le gouvernement annonce qu’un stock d’armes a été découvert dans l’entreprise. L’évêque écrit au journal Le Monde pour démentir. Le même mois, il est convoqué d’urgence au Vatican. Pendant son absence, Ernest Ouandié, chef du maquis de l’UPC, avec qui l’évêque a été en contact, tombe aux mains des autorités ; le rôle exact de l’évêque dans cette affaire reste discuté. On le prévient de ne pas rentrer. Le 27 août 1970, il reprend pourtant l’avion. À Douala, Mgr Mongo, l’évêque de la ville, lui expose les charges et le somme de repartir. Il tente de reprendre une place sur un vol en partance, trop tard : il est arrêté.

Détenu enchaîné mains et pieds, il est interrogé. Deux versions s’opposent. Selon une note transmise au comité de défense d’Ouandié, on le conduit jusqu’à la salle de torture, on lui montre les appareils et on menace de les utiliser s’il ne signe pas ; il signe alors tout ce qu’on lui demande. Devant des observateurs étrangers, il assure au contraire n’avoir subi aucun sévice.

Le pouvoir l’accuse d’un complot visant à assassiner le chef de l’État et à organiser un coup d’État, sous le couvert d’une association de prière, le Mouvement de la Sainte-Croix. Sur les preuves, deux versions s’opposent aussi. Pour son avocat, Luke K. Sendze, l’accusation reposait sur « huit vieux fusils rustiques avec des cartouches qui ne pouvaient pas être utilisées dans ces fusils ». Pour Sadou Daoudou, alors ministre des Forces armées : « On a quand même saisi des armes à feu, et même des armes de guerre chez lui. »

Le 6 janvier 1971, il est condamné à mort. Le président Ahmadou Ahidjo commue sa peine en détention à perpétuité. Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié est fusillé à Bafoussam. Ndongmo est interné au camp de Tcholliré, dans le Nord, jusqu’en 1975 (1976 selon une notice). Il racontera y avoir passé le temps à jardiner et à « écrire sans papier ».

Libéré, il doit quitter le Cameroun, en vertu d’un accord avec le Vatican : d’abord Rome, puis le Canada. Il meurt au Québec le 29 mai 1992. Son corps est rapatrié au Cameroun pour être inhumé dans son diocèse.

Mgr Albert Ndongmo

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