Le taux n’a pas d’impact significatif sur la construction de logements sociaux. Seule la politique gouvernementale en matière de logement est en cause.
Aujourd’hui, le livret A totalise un encours de près de 390 milliards d’euros, voire 520 milliards d’euros si l’on y ajoute les 130 milliards d’euros du livret développement durable et solidaire. La masse et la stabilité de cet encours ont permis de financer des investissements publics d’intérêt général, au premier rang desquels 80% des plus de 4 millions de logements du parc HLM, via la Caisse des dépôts et consignations (CDC).
Cette épargne attise la convoitise des banquiers et des assureurs. De manière générale, il fait l’objet de critiques récurrentes de la part des financiers et des gouvernements néolibéraux qui le qualifient de « stérile et inutile ». La détermination de son taux d’intérêt est éminemment politique.
La hausse de l’inflation a changé la donne. Alors qu’en 2018, sous l’impulsion du président de la République, le taux du Livret A était passé, pour la première fois depuis quarante ans, en dessous de l’inflation (0,5 %), l’accélération de la hausse des prix a contraint le gouvernement à relever à 3 % en février. Avec une inflation dépassant 6%, le taux de la BCE étant porté à 3%, la simple application de la formule aurait dû aboutir en août à un nouveau taux de 4,3, voire 4,5%. Mais c’était compter sans l’intense lobbying des banques et assurances alliées pour l’occasion à la CDC et aux bailleurs sociaux pour exiger son gel. Argument avancé : une nouvelle augmentation obligerait les organismes HLM à revoir à la baisse leur programme de construction.
« Des économies qui attisent la convoitise des banquiers et des assureurs, et font l’objet de critiques récurrentes de la part des financiers et des gouvernements néolibéraux qui les qualifient de « stériles et inutiles ». »
Si l’argument paraît correct (une hausse du taux du livret A entraîne mécaniquement une hausse du taux des prêts au logement social), il se heurte à la réalité des faits.
Dans En cent vingt ans d’histoire du livret A, les hausses de taux n’ont jamais eu d’effet significatif sur le rythme de construction. Dans les années 1980, quand le taux était à son plus haut, il n’a pas baissé ; il n’a pas non plus accéléré depuis que le taux a baissé de 0,5 %. La raison est simple : les prêts au logement social sont de très longue durée (30 à 80 ans) et les effets de l’indexation sont lissés dans le temps. De plus, les intérêts financiers sont finalement absorbés par les augmentations de loyer. Ainsi, en 2020, alors que le taux du livret était de 0,5 %, les loyers du parc HLM ont augmenté de 1,5 % !
Ce qui pèse fondamentalement sur le rythme de la construction, ce sont les effets de la politique nationale du logement. En 2018, la baisse des APL dans le logement social s’est…

