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Présidentielle 2025 : René Sadi défend la candidature de Paul Biya et minimise la menace Kamto

Rene Emmanuel Sadi, ministre de la Communication
Rene Emmanuel Sadi, ministre de la Communication - Droits réservés

À quelques mois de la présidentielle camerounaise prévue pour le 12 octobre, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, est sorti de sa réserve.

Dans une interview exclusive accordée à DW, il a réaffirmé que le président Paul Biya reste, à ce jour, le « candidat naturel » du RDPC, malgré les incertitudes sur sa déclaration officielle. Lire l’intégralité de l’interview :

René Emmanuel Sadi, bonjour.

Bonjour.

Vous êtes le ministre camerounais de la communication et porte-parole du gouvernement. L’élection présidentielle, sauf report dans votre pays, aura lieu le 12 octobre prochain. Est-ce que Paul Biya, le président en poste depuis 43 ans, sera candidat à ce scrutin ?

Le président Paul Biya, il y a quelque temps, répondant à cette même question, a laissé entendre que le moment venu, il va dire à ses compatriotes s’il se présente à l’élection présidentielle ou s’il rentre chez lui au village. Voilà les termes qu’il a utilisés lui-même.

Ce qu’il faut dire s’agissant de cette question, le président Paul Biya est le chef d’un parti politique de RDPC et les statuts de ce parti disent ceci : Le président du parti est le candidat naturel à l’élection présidentielle.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, à l’heure actuelle, le président Paul Biya demeure le candidat naturel du RDPC pour l’élection présidentielle.

C’est aussi par rapport à ça que, si vous suivez l’actualité au Cameroun, vous avez dû constater qu’il y a eu des appels au président Paul Biya, des appels de ses militants, qui lui demandent de se présenter.

Pourtant, René Emmanuel Sadi, un élu de votre parti, le RDPC, Theiller Onana, a contesté devant ELECAM, l’organe chargé d’organiser les élections au Cameroun. Léon Theiller Onana conteste donc une éventuelle candidature du président Paul Biya à cette élection présidentielle d’octobre car, selon lui, le dernier congrès qui a reconduit Paul Biya à la tête du parti a eu lieu en 2011.

Ce militant ignore qu’en 2016, le bureau politique de notre parti, qui est une instance de décision, s’est réuni et a prorogé le mandat du président de la République. Ce texte dit que le président de la République, le président Paul Biya, président national du parti, reste président jusqu’à la tenue du prochain congrès du parti.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que tant qu’il n’y a pas de congrès, c’est lui qui demeure président légal de notre parti. Vous vous posez la question de savoir pourquoi il n’y a pas eu de congrès. C’est la conjoncture.

Le congrès peut se tenir si les conditions le permettent. Le congrès, s’il ne s’est pas tenu jusqu’à présent, le secrétaire général du comité central, M. Jean Nkuété, a certainement des raisons qu’il pourrait avancer pour éclairer cette situation, donner des explications qui conviennent.

Mais ce que nous savons en tant que militants, moi-même membre du bureau politique, ancien secrétaire général du comité central, je sais que le président ne viole pas la loi.

Il est un président parfaitement dans la légalité du parti. Tant qu’il n’y aura pas de congrès, pour des raisons conjoncturelles, le président Biya demeure président du parti.

Oui, justement, les tests statutaires du RDPC sont clairs, M. le ministre. Le président du parti au pouvoir, le RDPC, est élu pour un mandat de 5 ans à l’issue d’un congrès. Or, l’instance suprême du parti ne s’est plus réunie depuis 2011, depuis 14 ans.

Oui, mais je vous dis qu’il y a eu une décision du bureau politique qui proroge le mandat du président. Le bureau politique est une instance qui a ces préjugatives-là.

Et c’est pour ça qu’on peut opposer à ceux qui contestent la légalité de la posture présidentielle que non, le bureau politique, qui est une instance majeure, a prorogé son mandat jusqu’à la tenue du prochain congrès. Et le congrès ne s’est pas encore tenu, je pense, pour des raisons conjoncturelles.

Mais je suis mal placé pour vous donner toutes ces raisons. Le secrétaire général du comité central pourrait mieux nous dire pourquoi, jusqu’à présent, il n’a pas pu organiser un congrès ordinaire du RDPC ou un congrès extraordinaire.

Alors, l’élection présidentielle au Cameroun sauf report aura lieu le 12 octobre prochain. Est-ce qu’entre-temps ou avant cette échéance, un congrès extraordinaire du parti, du RDPC, sera organisé pour désigner son candidat à cette élection présidentielle ?

Ça dépendra du président national et du secrétaire général. C’est lui qui exécute les instructions du président national. Et je pense qu’entre ces deux personnes, une décision pourra être prise, dans un sens comme dans l’autre.

René-Emmanuel Sadi, beaucoup de Camerounais ne sont pas favorables à une nouvelle candidature du président Paul Biya, âgé de 92 ans, dont 43 ans à la tête du pays. Est-ce que les cadres du RDPC en sont conscients ?

Écoutez, c’est leur point de vue. Il y a également une bonne partie de ses compatriotes qui n’ont pas ce point de vue-là. De toute façon, l’élection présidentielle aura lieu bientôt. Et on verra bien si le président est candidat ou s’il ne l’est pas.

Il y a un bon nombre de ses compatriotes qui ont appelé le président à se présenter. Ils savent bien qu’il a 92 ans. Ils ont toujours confiance en leur président. Pour eux, le président peut continuer et diriger leur parti et conduire le destin du Cameroun.

Le septembre triomphe, le Grand Nord, comme on l’appelle au Cameroun, a toujours été le vivier électoral du RDPC lors des différentes élections, notamment lors des présidentielles. Or, deux figures politiques majeures de cette partie du pays, à savoir Issa Tchiroma Bakary, le leader du Front pour le salut du Cameroun, et Bélo Bouba Maïgari, le président de l’Union pour la démocratie et le progrès, ont démissionné de leur fonction ministérielle pour annoncer qu’ils se présenteront à la présidentielle d’octobre. Est-ce que ce n’est pas un coup dur pour le RDPC ?

L’UNDP était un allié et un allié important en termes de poids politique, d’assises politiques, au moment où l’ULDP conclut un partenariat politique avec le RDPC. Il est le parti majoritaire dans le septentrion. Le FSNC de Issa Tchiroma était moins implanté dans le septentrion.

Mais ces dernières années, le FSNC de Issa Tchiroma a fait d’énormes progrès. Il a certainement ratificé plus largement. Et on peut, à vue d’œil, estimer que les deux partis aujourd’hui sont sur un pied d’égalité dans le septentrion en termes d’assises politiques.

Je dis ça comme ça, je n’ai pas fait de sondage, mais c’est un peu ce que nous voyons. Il y a eu d’énormes progrès de la part du parti d’Issa Dioroma. Alors, c’est pour vous dire que c’est des partis qu’il faut respecter.

Pendant longtemps, ils ont été de bons partenaires du RDPC. Mais le fait qu’ils aient rompu l’alliance avec le RDPC, c’est évidemment tout à fait leur droit de le faire. Mais en toute sincérité, ça ne devrait pas.

Ca pas va impacter, évidemment, le score du RDPC dans cette partie de notre pays, alors je pense qu’il est presque certain que nous allons perdre un certain nombre de voix qui est menée de ces deux partis dans le septentrion, s’agissant de la présidentielle.

Mais je vous fais remarquer aussi que nous avons eu ces partis comme concurrents dans le cadre des élections législatives et municipales, et même sénatoriales.

Et quand vous regardez un peu le résultat de ces échéances électorales, où nous avons eu comme concurrent le UNDP et le FSNC, le RDPC l’a emporté à toutes ces échéances électorales, ce qui veut dire qu’en gros, c’est vrai qu’il y aura certainement un impact sur l’électorat, le choc électoral du RDPC dans le septentrion.

Mais ces voix que nous allons perdre ne me semblent pas de nature à remettre en question l’équilibre politique dans cette zone, où je pense que le RDPC va continuer à conserver sa place prédominante.

Monsieur le ministre, Maurice Kamto, le leader du MRC, officiellement arrivé deuxième lors de la présidentielle de 2018, est également dans les starting blocks. Il a annoncé qu’il sera candidat pour la deuxième fois en octobre prochain, lors de la future élection présidentielle. Est-ce que Maurice Kamto ne fait pas peur au RDPC ou à son futur candidat ?

Bon écoutez, si vous rappelez le score de M. Maurice Kamto, il y a quelque temps, autour de 15% par rapport aux 76% que le RDPC a eu en 2018, s’agissant de la présidentielle, vous comprenez bien que le MRC de M. Maurice Kamto a encore beaucoup de chemin à faire pour rattraper le RDPC, être au même niveau.

Le MRC, de mon point de vue, est un parti qui demeure jeune, qui est un parti jeune, mais malheureusement qui, depuis quelques années, vous l’avez constaté vous-même, fait face à pas mal de dissensions internes. Et ces dissensions internes ont eu, malheureusement aussi, pour ce parti, un impact négatif.

Les décisions même de M. Maurice Kamto, il y a quelques deux ans, je crois, où il a lui-même pris la décision d’écarter son parti des échéances électorales, législatives et municipales, ou des raisons qui lui sont propres, naturellement, vous le savez, a été fortement contesté par bon nombre de ses camarades du parti.

Et il l’a fait, sachant très bien qu’une telle décision, et il l’a dit lui-même, allait avoir des conséquences sur la participation du MRC à l’élection présidentielle à venir. Alors c’est justement cette question, cette problématique à laquelle M. Kamto est confronté aujourd’hui.

Évidemment, les juristes essaient de trouver des échappatoires, des raisons, par des arguments, pour dire que Maurice Kamto est parfaitement éligible à cette échéance électorale. Mais les textes sont assez clairs. Et si on les applique, il est fort à parier  que M. Kamto aura quelques difficultés à être retenu par le Conseil constitutionnel.

De toute façon, nous, nous n’avons aucune inquiétude. Il ne fait pas peur au RDPC. Il ne peut pas faire peur au RDPC. Ce qu’il y a, c’est qu’il faut déjà qu’il soit retenu parmi les candidats à la présidentielle.

Parce qu’il est confronté à une disposition légale. Si elle est rigoureusement appliquée, je pense qu’elle sera préjudiciable à M. Kamto. Est-ce qu’il pourra trouver une solution autre que celle d’être présenté par son propre parti le MRC ?

Je n’en sais rien en ce qui concerne notre situation par rapport au MRC. Je peux vous dire que nous n’avons aucune inquiétude. Nous n’avons aucune raison d’avoir peur de la présence du MRC. Si M. Kamto devait conduire cette candidature à l’élection présidentielle, ce qui n’est pas encore certain.

Oui, mais les partisans de M. Kamto sont formels. Leur leader peut bel et bien être candidat à la prochaine élection présidentielle. Il pourra, par exemple, être investi par un autre parti ou par une coalition de partis politiques.

On attend de voir quel est le poids de ce parti-là. M. Kamto ne fait pas peur. Il ne fait pas peur au RDPC.

Dernière question M. René Emmanuel Sadi, les présidents sénégalais, libérien, gabonais, mauritanien et bissau-guinéen entament ce mercredi 9 juillet une visite de trois jours au Etats-Unis sur invitation du préisdent Donald Trump. Au menu : un dialogue de haut niveau et un déjeuner de travail. Le président camerounais Paul Biya n’a pas été convié à cette rencontre, est-ce que ce n’est pas mauvais signe ?

Non, je ne vois pas de signes mauvais là-dessus. Les Américains sont libres de conduire à un sommet chez eux qui ils veulent. Je crois savoir qu’il y a cinq pays qui ont été conduits à ce sommet, cinq pays africains. La sélection a été faite par eux-mêmes.

On ne voit pas se mêler de la politique américaine. C’est un pays souverain. C’est l’un des plus grands pays du monde. Dans le plus grand pays du monde, ils sont libres de faire les choix qui sont les leurs.

M. le ministre René Emmanuel Sadi, merci de nous avoir accordé cette interview.

C’est moi qui vous remercie.

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