À moins de deux semaines de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) s’agrippe désespérément aux symboles d’un militantisme en déclin.
Réuni il y a quelques jours au palais des congrès de Yaoundé, Paul Célestin Ndembiyembe, Secrétaire à la Formation Politique et à la Prospective, a prescrit le port systématique du pagne partisan comme arme psychologique décisive.
Un rappel qui en dit long : après 43 ans de règne sans résultats tangibles, le parti au pouvoir est désormais si contesté que ses militants, lorsqu’ils osent arborer le tissu à l’effigie de Paul Biya, sont la risée des passants et parfois pris à partie dans certaines villes. Le pagne, censé incarner la loyauté, devient de plus en plus le signe visible d’un rejet massif.
Pour conjurer cette débâcle symbolique, Paul Célestin Ndembiyembe a choisi la démonstration théâtrale. En chemise taillée dans le pagne du candidat, casquette vissée sur la tête et baskets blanches aux pieds, il s’est improvisé bateleur, imitant les vendeurs du « Baume François » pour montrer à ses camarades comment « haranguer les foules ».
« Paul Biya », lançait-il, et l’assistance devait répondre « victoire » à trois reprises. « Notre campagne est une campagne d’affichage (…) La victoire attendue le sera par la manière dont nous allons nous présenter à nos électeurs », a-t-il martelé.
Une scène qui aurait prêté à sourire si elle ne trahissait pas l’état d’improvisation d’un parti qui, faute d’idées neuves, en est réduit à singer les techniques de marketing de rue pour ranimer une base apathique.
Le problème est que la magie du pagne ne fonctionne plus. Loin d’être un « ADN idéologique » ou un outil de mobilisation, il est devenu le stigmate d’un régime épuisé. La jeunesse ne se reconnaît pas dans ces symboles d’un autre âge, les militants hésitent à les arborer par peur du ridicule ou de l’hostilité, et l’opinion publique y voit un signe d’allégeance forcée plutôt qu’un engagement sincère.
Miser sur le tissu et le spectacle, c’est refuser de regarder en face la réalité : chômage endémique, pauvreté croissante, infrastructures défaillantes. Là où les Camerounais attendent des réponses concrètes, le RDPC propose des chorégraphies vestimentaires et des slogans mécaniques.
En s’inspirant du « Baume François », Paul Célestin Ndembiyembe croit relancer l’enthousiasme militant ; en réalité, il illustre la dérive d’un parti transformé en foire de symboles vides. À force de réduire la politique à des tissus et des mises en scène, le RDPC risque de voir son pagne se transformer en suaire politique.
La véritable campagne, celle qui comptera dans les urnes, ne se gagnera pas avec des chemises imprimées mais avec des solutions aux problèmes réels des Camerounais. Et sur ce terrain, après plus de quatre décennies de règne, le parti de Paul Biya n’a plus rien de neuf à offrir.
MMI







