Le 29 juillet 2025, Dieudonné Yebga, ancien cadre du MANIDEM, publie un communiqué dans lequel il conteste la légitimité de la direction actuelle du parti et revendique être son président légal.
Cette sortie intervient quelques jours après qu’il a déposé, le 21 juillet, une candidature surprise à l’élection présidentielle sous la bannière du MANIDEM.
Une démarche qui a aussitôt fait réagir les cadres du parti, qui accusent Dieudonné Yebga de manœuvrer pour semer le trouble et saboter la candidature de Maurice Kamto, investi officiellement par Anicet Ekane, président légitime du parti, et dont le dossier avait été déposé auprès d’ELECAM dès le 17 juillet.
Dans une réaction vigoureuse publiée dans la foulée, Charles Cacharel Ngah Nforgang, membre du Comité de direction du MANIDEM, recadre fermement les affirmations de Dieudonné Yebga : « Arrêtez vos inepties. Vous ventilez des textes périmés. Le congrès du 2 juin 2018 vous a exclu et a modifié les statuts du parti. »
Il rappelle que Dieudonné Yebga a été définitivement exclu du parti depuis sept ans, et qu’il n’a jamais remis en cause cette exclusion ni entamé une quelconque procédure judiciaire pour la contester. Son retour, au moment précis où Maurice Kamto est désigné comme porte-étendard du MANIDEM, est perçu comme une action délibérée de déstabilisation.
Une exclusion actée depuis 2018
L’histoire remonte au congrès du 2 juin 2018, régulièrement convoqué et autorisé par les autorités administratives, où Dieudonné Yebga et plusieurs autres membres ont été exclus du parti. Il leur était reproché de diriger le MANIDEM de manière unilatérale, sans consultations, en en faisant « une chose personnelle ».
Ce congrès a également entériné de profonds changements : adoption de nouveaux statuts, suppression du Conseil National de Coordination, et création du Comité de Direction du MANIDEM (CDM), présidé par Anicet Ekane.
Depuis lors, Dieudonné Yebga était demeuré totalement silencieux sur le plan politique, n’ayant entrepris aucune démarche pour contester sa radiation. Il n’est réapparu qu’après que Maurice Kamto ait officiellement déposé sa candidature à la présidentielle, avec le soutien d’Anicet Ekane.
Le dépôt de la candidature de Dieudonné Yebga, le 21 juillet, quatre jours après celle de Maurice Kamto, a semé la confusion. ELECAM a invoqué la « pluralité d’investiture » pour rejeter les deux dossiers.
Cette situation, selon le MANIDEM, n’est pas un simple malentendu, mais une stratégie calculée pour éliminer Maurice Kamto de la course à la présidentielle. D’autant plus que Dieudonné Yebga a ensuite saisi le Conseil constitutionnel pour réclamer la validation de sa propre candidature… et l’exclusion de celle de Maurice Kamto.
Dans son recours, il invoque des statuts datant de 2015, qu’il présente comme toujours en vigueur, alors qu’ils ont été officiellement modifiés en 2018. Une tentative de manipulation juridique, selon les cadres du MANIDEM, pour renverser la légitimité statutaire de la direction actuelle.
Des soupçons de complicité avec le pouvoir
Cette offensive de Dieudonné Yebga, à la veille de l’ouverture des débats au Conseil constitutionnel, alimente des soupçons : serait-il téléguidé par le régime de Paul Biya pour éliminer un adversaire politique de taille ?
Maurice Kamto est considéré comme l’un des principaux opposants, et son absence dans la course électorale profiterait indéniablement au pouvoir en place. Plusieurs observateurs politiques n’hésitent pas à y voir une stratégie coordonnée.
« Il n’y a pas de hasard, seulement des rendez-vous politiques bien calculés », estime un analyste. « Le dépôt différé de la candidature, suivi d’un communiqué incendiaire, puis d’un recours juridique : tout cela s’inscrit dans une logique d’obstruction ciblée. »
Le MANIDEM maintient son soutien à Maurice Kamto
Face à cette situation, le Comité de Direction du MANIDEM reste ferme : Maurice Kamto est le seul candidat officiellement investi, conformément aux statuts révisés du parti.
La direction rejette toute prétention de Dieudonné Yebga à représenter le MANIDEM, le qualifiant de « faussaire politique » tentant d’usurper un sigle pour des fins personnelles ou manipulées.
« Depuis sept ans, il n’a participé à aucune activité du parti, n’a jamais contesté son exclusion, et aujourd’hui, il surgit pour torpiller une alliance politique fondée sur des idéaux démocratiques. »
Le Conseil constitutionnel, désormais saisi, devra trancher. Il lui reviendra de dire si un ancien cadre exclu, réapparu opportunément en période électorale, peut faire annuler la candidature d’un opposant majeur porté par une direction reconnue.
L’issue de cette affaire pourrait fortement peser sur la crédibilité du scrutin présidentiel prévu pour octobre 2025.







