Annonay (Ardèche), envoyé spécial.
Près de 200 personnes accrochées aux lèvres des scientifiques. Mardi soir, dans l’agglomération d’Annonay (Ardèche), les anciens salariés et quelques sous-traitants de Tetra Médical sont venus écouter Annie Thébaud-Mony, chercheuse à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et présidente de l’association Henri- Pézerat travail-santé-environnement, et Marc Billaud, chercheur CNRS au centre de recherche sur le cancer de Lyon.
Pour les travailleurs de cette entreprise de fabrication de matériel médical stérile, trop de questions restent sans réponse. Sans masque, sauf pour ceux qui travaillent sur la stérilisation, ils sont surexposés depuis des années à l’oxyde d’éthylène, un gaz cancérigène, mutagène et reprotoxique.
Guy Rousset, du syndicat local CGT, syndicat de soutien depuis le début, plante d’emblée le décor. « Ils ont respiré ce poison qui servait aussi à fabriquer du gaz moutarde. Ce sont les « Germinal » des temps modernes. Après le drame de l’amiante, je ne m’attendais pas à revoir un tel scandale sanitaire. Il va falloir établir les responsabilités de ces criminels industriels. »
Comme le rappelle Marc Billaud, le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) classe pourtant ce gaz comme « cancérogène de classe 1 » depuis les années 1990 : « Il modifie les composants de l’ADN ou de l’ARN. Il est interdit comme pesticide dans l’Union européenne depuis 1991. Les cancers associés sont ceux des cellules sanguines ou ceux du sein. » Plusieurs anciens salariés ont également été victimes de cette dernière pathologie.
« Nous sommes inquiets pour nos familles »
Auteur d’une thèse scientifique sur la situation de Tetra Médical, Annie Thébaud-Mony soutient : « Un certain nombre de précautions qui auraient dû être prises par l’employeur ne l’ont pas été »précisant que, depuis 2001, une substance cancérigène doit être remplacée par une autre chaque fois que possible, « sinon, en dernier recours, il faut une protection collective pour qu’il n’y ait pas de contact ».
Dans l’assemblée, les murmures laissent place aux questions : « Pouvons-nous savoir quand nous serons malades ou si nos enfants auront des séquelles ? » demande Sabine, qui a été à la production et à la réception pendant trente-trois ans. Angélique, onze ans au bureau, souligne qu’elle et certains de ses collègues ont des problèmes cérébraux. Annie Thébaud-Mony confirme que ce gaz est considéré comme neurotoxique.
Pierre, femme de ménage, ne comprend toujours pas pourquoi on lui a conseillé de faire attention aux produits ménagers et non à l’oxyde d’éthylène. Quant à Bernard, qui a travaillé pendant douze ans dans le contrôle qualité, il partage ses craintes : « Nous sommes rentrés à la maison avec ce gaz sur nous la nuit. Je vivais avec mon…

