L’histoire politique du Cameroun est marquée par une constante : le silence impénétrable de Paul Biya sur son après-pouvoir.
Dans son ouvrage de référence : « Le Secrétaire général de la Présidence de la République du Cameroun, entre mythes, textes et réalités », Jean-Marie Atangana Mebara, qui fut l’un des piliers de l’administration présidentielle, livre une analyse clinique qui brise les espoirs des prétendants tapis dans l’ombre.
Selon lui, le système Biya repose sur une méfiance structurelle envers toute forme de succession déclarée, perçue non pas comme une transition, mais comme un danger de déstabilisation immédiate. L’ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République rapporte des échanges qui illustrent la hantise du Chef de l’État face aux guerres de clans. Paul Biya semble avoir conscience que dans l’arène politique camerounaise, la désignation d’un héritier équivaut à un arrêt de mort politique pour l’élu.
Atangana Mebara relate ainsi la pensée du président : « Je l’ai plutôt entendu dire que s’il disait aujourd’hui, de manière plus ou moins claire ou même déguisée, que le choix de son successeur a été porté sur telle ou telle personnalité, qu’il imaginait les ligues qui allaient se constituer pour détruire ce « dauphin désigné ».
Cette crainte des « ligues » explique pourquoi, depuis 1982, aucune figure n’a jamais pu s’imposer durablement comme le numéro deux constitutionnel ou moral du régime. Au-delà de la protection de l’individu, il y a la préservation du système. En refusant de nommer, Paul Biya maintient une concurrence permanente entre ses lieutenants.
Pour Atangana Mebara, le président renvoie systématiquement la responsabilité du choix à une échéance future et à un cadre collectif : « le moment venu, si son Parti lui faisait toujours confiance, il recommanderait la personne qui pourrait être le candidat du Parti ».
En utilisant le conditionnel et en plaçant le RDPC au centre du jeu, Paul Biya s’assure que personne ne puisse se prévaloir d’une légitimité propre avant que lui-même n’ait décidé de passer la main. L’analyse de Jean-Marie Atangana Mebara culmine avec une mise en garde sévère contre l’illusion de la proximité. Nombreux sont ceux qui, après une audience ou une promotion, ont cru déceler les signes d’un adoubement secret.
L’ancien SGPR balaie ces interprétations avec une fermeté qui souligne la solitude du pouvoir à Etoudi : « Penser que le président Paul BIYA peut dire à quelqu’un qu’il lui confierait le pouvoir un jour serait vraiment le méconnaître ». Ce constat suggère que pour Paul Biya, le pouvoir ne se délègue pas par affection ou par alliance, mais se gère par le contrôle de l’imprévisibilité.
Le « dauphin » n’est donc pas une personne physique, mais un concept vide destiné à occuper l’opinion et à neutraliser les ambitions. À travers les révélations d’Atangana Mebara, on comprend que la succession, loin d’être un plan tracé, reste une énigme dont Paul Biya est le seul à posséder les clés, tout en s’assurant que personne d’autre ne puisse même en imaginer la serrure.

