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Pape Diouf, “un homme plein d’humanisme et d’humanité”

Ferdinand Nana Payong, Expert en marketing et communication, l’ami de Pape Diouf témoigne, 72h après son décès à Dakar.

Comment avez-vous accueilli l’annonce du décès de Pape Diouf ?

J’ai été sonné pendant quelques minutes. Je n’y croyais pas et après, j’ai refusé d’y croire ; puis je me suis remis le lendemain après une nuit très grave. Une nuit blanche. Une nuit passée dans un état d’éveil sans précédent .; S’il y a eu un précédent, c’est celui de Manu Dibango, qui m’avait fait absolument le -même effet, parce j’avais pour ces deux personnalités un respect et .une admiration immense.

Quels souvenirs gardez-vous de Pape Diouf ?

Je garde de Pape Diouf le souvenir d’un homme droit, d’un homme d’honneur, d’un homme de parole ; un homme qui, malgré les niveaux sociaux qu’il a atteint, ne supportait pas la condescendance des autres vis-à-vis des petits, vis-à-vis des cadets sociaux. C’était un homme plein d’humanisme et d’humanité. Un grand monsieur ; je vous donne deux petits exemples.

Quand je l’ai invité au Cameroun comme parrain des Universités d’Afrique et de la Diaspora (UAD) il y a 5 ans, il venait de France et il avait une mission en Côte d’ivoire. En Côte d’ivoire, il a eu quelques soucis de santé et ses partenaires ont absolument insisté pour qu’il rentre en France, compte tenu de son état. Il leur a dit non : j’ai donné ma parole à un monsieur que je ne connais pas, mais qui m’a l’air bien ; il tient beaucoup à ce que je sois à son événement ; ça a l’air important pour lui ; je veux y aller, quitte à ce que je reprenne l’avion le même jour, mais au moins qu’il voit que je suis arrivé.

C’est difficile de qualifier ce genre de personnage. C’est un homme agréable à écouter, pour ceux qui l’ont souvent regardé à la télévision. Il a animé en cinq jours trois ou quatre conférences, pendant son séjour ici dans le cadre des UAD, comme je vous l’ai dit. Tout le monde était à ses pieds. Même les participants posaient des questions tellement simples, tenaient des propos tellement laudateurs à son endroit qu’à un moment, il a été obligé de rappeler aux gens qu’il n’avait aucun mérite et que, eux qui étaient en face de lui, notamment des présidents de clubs et des présidents des fédérations et tous, avaient plus de mérites que lui.

Par exemple, lorsque quelqu’un a dit qu’ils recevaient à peu près, pour un club de football de première division à peu près trois ballons aux entraînements, répondant à cette question, il a repris ces propos en disant : « vous voyez, ce président a trois ballons pour les entraînements. Mais, moi, c’est toutes les semaines qu’on m’en propose 500. Et même quand j’accepte les 500 ballons, je ne les achète pas ; ce n’est pas moi qui reçois le camion qui vient livrer les ballons ; c’est mon assistante qui reçoit et décharge les 500 ballons ; Je ne débourse de mes poches aucun franc, je ne fais aucune démarche pour avoir ces ballons.

Donc, c’est plus simple pour moi dans un environnement comme celui-là. Alors que vous deùez vous battre, aller chercher nuit et jour les moyens Apour y arriver. Donc, arrêtez de penser que ma situation est enviable. Certes, elle peut être enviable, mais la vôtre est beaucoup plus respectable que la mienne ». Une autre anecdote, toujours pour répondre à ceux qui lui faisaient des éloges, notamment en ce qui concerne son passé d’agent de joueurs, il leur a dit : « écoutez, moi, j’ai failli à plusieurs reprises la faillite, parce que ça coûte très cher d’être manager de joueurs.

Les hôtels et les avions, ça coûte très chers. Et n’eût été le contrat que j’avais fait signer à Marcel Dessailly au Milan Ac, j’aurais fermé la porte. C’était ma dernière chance et grâce à ce contrat, je suis reparti pour plusieurs années. Marcel Dessailly, qui était un de mes joueurs m’a sauvé la vie ; il m’a sauvé la mise ». Si vous rencontrez, je ne dirais pas un Camerounais, un être humain capable d’une telle humilité, présentez-le moi.

Pape Diouf est de ceux qui ont défendu la candidature du Cameroun pour l’organisation de la Can. Aviez-vous eu le temps d’en parler ?

Quand j’ai invité Pape et qu’il a accepté tout de suite de venir, c’est parce qu’il adore le Cameroun. Il a beaucoup de dirigeants camerounais qui le connaissent et surtout il estimait que le Cameroun méritait beaucoup mieux, en termes de dirigeants de son football que de ce qu’il vit. Donc, pur lui, c’était un bonheur de soutenir la candidature du Cameroun et ce n’est pas du tout le flagorneur, c’est-à dire par exemple, il n’a jamais spécialement pour lui, être dans les bonnes grâces de la Caf, que ce soit sous Haya-tou ou récemment.

D’ailleurs même si vous avez eu à voir la passe d’armes qu’il a eues avec le vice-président de la Caf M. Constant Omari (c’était. sur Canal+) vous allez remarquer que c’est quelqu’un qui dit ce qu’il pense ; qui, en général, dit des choses justes compte tenu de son extraordinaire connaissance du football et son extraordinaire connaissance des hommes. Comme C’était quelqu’un de bien poli et bien élevé, même quand il vous profère quelques (injures, ce n’est pas dans son genre), quand il s’adresse à vous, il parle à la troisième personne du singulier.

Mais, vdus savez que c’est de vous qu’il s’agit. Si vous avez l’occasion de revoir cet échange virulent entre Omari et lui, vous comprendrez qu’il parlait à Omari d’Ormari t tout le monde sur le plateau était scotché, stressé. Personne ne regardait l’autre, parce qu’ils ne savaient pas jusqu’où Pape devait aller. Qu’il s’agisse de la bagarre entre Platini et Blatter, les scan-dales.de la Fifa, la bataille Blatter – Hayatou, la prétendue achat de l’organisation de la Coupe du Monde en Afrique du Sud, Pape Diouf a toujours été constant :

« il ne s’agit pas des hommes. Il s’agit d’un système qu’il faut casser, me disait-il invariablement. Il ne faisait de. cadeau à personne. Il n’était soumis à personne. Mais, Pape Diouf estime que certains dirigeants africain ont détruit le football et ont fait du football une mafia. Il estime également que certains dirigeants du football camerounais en ont fait autant et parfois même avec la complicité d’autres.

Quel héritage laisse-t-il à l’Afrique ?

Je ne sais pas si je dois répondre à cette question, parce que je ne sais pas y répondre. Mais, pour paraphraser mon frère et ami Alain Belibi lorsqu’il faisait le témoignage sur Manu Dibango (vous voyez, je reviens toujours à Manu) ; il avait dit qu’il va falloir quatre siècles avant que l’Afrique ne fabrique un autre Manu Dibango. J’en dirais autant de Pape Diouf. Il va falloir beaucoup de siècles pour que l’Afrique puisse fabriquer un autre monument comme Pape Diouf.

Je vous renvoie aux Unes des journaux du Sénégal au lendemain du décès de Pape. Il y a eu une trentaine de Unes, pour ne pas dirè toutes les Unes des journaux étaient faites de la. photographie de Pape Diouf. C’est un fait extrêmement rare pour qu’on oublje de le signaler. Ce n’est absolument pas anecdotique. C’est simplement dans un contexte où au Sénégal les gens sont tellement libres, on ne peut |ias penser que Pape faisait l’unanimité.

Mais, les gens se sort inclinés de manière unanime^ sur le fait que c’est un grand qui a refusé d’être ministre, qui a refusé des postes à beaucoup de niveaux et qui connaît trè.s bien l’Afrique. Moi, je garde pour lui une affection éternellè. Je pense à sa famille, pour laquelle je suis très peiné. Je nie souviens qu’il était très attaché à sa dernière fille qui, lorsqu’il était au Cameroun, avait 9 ans et il ne faisait pas une demi-journée sans lui téléphoner ; il ne faisait pas deux heures de temps sans parler d’elle.

J’ai vraiment eu une pensée pour cette petite depuis que pape est mort. Je pense que si sa mort doit servir à quelque chose, nous devrons savoir que nous sommes tous de passage ici sur terre et que tout ce que nous avons à faire, il le faut sans remettre à demain. Je peux écrire tout un livre sur Pape Diouf. Mais, je pense que c’était un modèle dont on peut s’inspirer.

Source : Le Jour

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