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Nouvel attentat du M23 en RDC : Kagame dans le collimateur

Alors que les Nations unis, l’Union africaine et trois présidents africains ont lancé une médiation entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, un nouvel attentat du M23, soutenu par le Rwanda, a tué dans les rangs de l’armée congolaise ce lundi.

Paul Kagame est-il devenu le Kim Jong-un africain ? Le voisin turbulent de la République démocratique du Congo (RDC) ne dit pas ce qu’il cherche à accomplir en soutenant le mouvement du 23-Mars (M23). Mais ce dernier a des intentions claires : le groupe rebelle a causé la mort de centaines de personnes depuis son retour en action dans l’est congolais, déjà meurtri par les attentats terroristes et les catastrophes naturelles, entre autres.

Le 25 mai dernier, des soldats rwandais, déployés en soutien du M23, avaient été capturés en RDC. Kinshasa continue d’accuser officiellement le Rwanda de soutenir le groupe terroriste. Kinshasa a d’ailleurs suspendu les vols de la RwandAir vers la RDC et demandé à l’ambassadeur de Kigali des explications. Une crise diplomatique de grande ampleur, qui a été l’un des sujets du double sommet de l’Union africaine (UA) le 27 mai dernier.

Le président en exercice de l’UA, Macky Sall, a chargé son homologue angolais João Lourenço d’effectuer une médiation entre la RDC et le Rwanda. Après une première prise de contact, Kinshasa a fait libérer les soldats rwandais détenus par les forces armées de la RDC (FARDC). Une rencontre est prévue entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Ce dernier s’est déplacé au Congo-Brazzaville dimanche afin de consulter son homologue Denis Sassou N’Guesso. Le chef d’Etat de la RDC a exprimé sa déception mais également sa prédisposition à « ériger des ponts plutôt que des murs ».

Un nouvel attentat du M23 qui entravera les pourparlers

Seulement voilà, dans la matinée de ce lundi 6 juin, un bombardement imputé au M23, dans l’est de la RDC, a montré que les discussions étaient loin d’aboutir : l’attaque a fait deux morts et cinq blessés dans les rangs des FARDC. Selon un communiqué du porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu, le général Sylvain Ekenge, « l’usage de canons à longue portée témoigne du soutien dont le M23 bénéficie de la part de son allié naturel ». Une accusation directe envers le Rwanda, qui entravera sans doute un peu plus les efforts de paix.

 

Si la collaboration rwandaise dans cet attentat est prouvée, cela montre que le Rwanda n’est pas vraiment concerné par la médiation. Pourtant, outre l’UA, Macky Sall, João Lourenço et Denis Sassou N’Guesso, les Nations unies se sont également saisies du dossier. En effet, l’envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs, Huang Xia, s’est déplacé à Kigali et à Goma, dans l’est congolais, pendant le weekend afin d’appeler à « un cessez-le-feu immédiat ». Le responsable onusien était d’ailleurs à quelques kilomètres du bombardement de ce lundi et des affrontements qui s’en sont suivis.

Que cherche Paul Kagame ?

De son côté, Paul Kagame n’a jamais tenté de nier les accusations de Kinshasa. Son gouvernement a toutefois, à son tour, accusé la RDC de soutenir le groupe rebelle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Ce groupe, issu des forces Maï-Maï de la dernière guerre civile en RDC, est présumé inactif. Néanmoins, pour Kigali, il marque surtout de la large présence de réfugiés Hutus dans l’est congolais. Le Rwanda est également l’un des plus grands exportateurs de coltan dans le monde, mais il n’en produit pas. De nombreuses ONG avaient déjà relevé des preuves quant au pillage du coltan par des groupes affiliés à Kigali dans l’est congolais.

La violence du M23 reste cependant inexplicable. S’il est vrai que Kagame n’a pas caché son irritation quant à l’opération militaire conjointe entre la RDC et l’Ouganda ces six mois passés, récemment renouvelée d’ailleurs, le chef d’Etat rwandais, si bavard d’habitude, est aujourd’hui muet.

Pour le militant panafricain Kémi Séba, « Kagame est un cauchemar pour les Africains lucides ». Le Béninois estime que l’est de la RDC est « détruit par la mal gouvernance de l’oligarchie congolaise », mais aussi par Paul Kagame. « Le Rwanda est un laboratoire pour la déstabilisation de l’Afrique centrale et la destruction de l’est de la RDC », accuse Kémi Séba dans une interview récente.

De son côté, le procureur général américain et directeur de Human Rights Watch (HRW), Kenneth Roth, a appelé les Nations unies à enquêter sur « les atrocités que Paul Kagame continue de commettre dans l’est de la RDC ».

Les instances africaines n’ont pas encore commenté l’attentat de ce lundi. Ce qui est certain, c’est que si Kagame ne s’exprime pas sur le sujet, il s’attirera forcément les foudres de ses homologues, préoccupés par la montée des tensions entre le Rwanda et la RDC.

Le Journal de l’Afrique

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