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Niels Marquardt : « Marafa est une victime de Wikileaks »

Pour l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, l’ex-SGPR a été arrêté sur la base des confidences qu’il lui a faites sur ses ambitions présidentielles.

Niels Marquardt, ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun de 2004 à 2007, croit fermement que Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre de l’Administration territoriale et ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République, ne doit sa détention qu’à la publication en 2010 de certains de ses propos sur Wikileaks.

« Je connais bien au moins un cas où une bonne personne a déja passé dix ans en prison pour des supposés crimes jamais prouvés au tribunal. Ceci est arrivé au Cameroun, où j’ai servi comme ambassadeur des Etats-Unis de 2004 à 2007 », écrit-il dans une tribune publiée dans le Foreign Service Journal. Il précise que juste après la publication des cables de Wikileaks, Marafa Hamidou Yaya a été arreté et condamné à 25 ans de prison.

« Alors que M. Marafa était accusé de corruption, son seul réel crime était de m’avoir dit, en confidence en 2006, qu’il « pourrait être intéressé » à briguer la présidence du Cameroun un jour, si le président Paul Biya devait partir », révèle Niels Marquardt. La section Politique de l’ambassade des Etats-Unis avait alors transmis un rapport en spéculant sur les scénarios possibles de la succession de Paul Biya.

Pour l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que Marafa Hamidou Yaya est un prisonnier politique. Il rappelle d’ailleurs que le rapport annuel du Département d’Etat américain sur les droits de l’homme l’a toujours présenté ainsi, et que les Nations Unies ont formellement déclaré que sa détention était arbitraire et demandé sa libération immédiate et des compensations pour les dommages subis.

Niels Marquardt et sept anciens ambassadeurs américains au Cameroun (Frances Cook, Harriet Isom, Charles Twining, John Yates, George Staples, Janet Garvey et Robert Jackson) ont sollicité l’aide des différentes administrations américaines pour obtenir la libération de Marafa Hamidou Yaya.

« L’Administration Biden est complètement consciente de cette situation, mais à ma connaissance, n’a entrepris aucune action forte pour assurer la libération de M. Marafa », ajoute Niels Marquardt. Il rappelle que la santé de l’ex-SGPR n’est pas bonne et qu’il devrait pouvoir se faire soigner.

La tribune de l’ancien ambassadeur américain est donc un autre plaidoyer pour la libération de Marafa Hamidou Yaya. Il appelle ainsi ses lecteurs américains à saisir leurs représentants au Congrès pour qu’ils demandent une action du Département d’Etat et de la Maison Blance pour obtenir la libération de M. Marafa.

Dans sa tribune, Niels Marquardt tacle au passage le Régime Biya: « Entretemps, Paul Biya dirige un Cameroun instable dans la sénilité, réprimant avec incompétence une sanglante tentative de sécession anglophone, regardant des flux incontrolés de Boko Haram le long de ses frontières et continuant à régner sur un pays riche qui n’a exploité que très peu son potentiel sous sa direction. Personne ne sait ce qui va arriver quand il quittera finalement la scène, mais la violence généralisée est pour beaucoup d’entre nous un élément probable de la prochaine transition » écrit-il. Et il ajoute: « Quelle opportunité manquée que le compétent, éduqué aux Etats-Unis, M. Marafa ne fasse plus partie des solutions possibles du prochain drame politique du Cameroun ».

Le Foreign Service Journal est une publication du Service extérieur des Etats-Unis qui est une partie du corps diplomatique des Etats-Unis, rattachée aux ambassades et missions des Etats-Unis à l’étranger. La tribune de Niels Marquardt est intitulée: « Les dégats de Wikileaks sur les vies: Le Cas de Marafa Hamidou Yaya ».

« J’écris cette tribune comme diplomate américain retraité dont le rapport normal de l’Ambassade, comme celui de plusieurs collègues, a été compromis par la publication sans discrimination par Assange de cette infame mémoire de documents volés, il y a une dizaine d’années », explique-t-il.

Wikileaks est une association créée en 2010 par Julian Assange. Cette année-là, sur le site Internet du même nom, il a divulgué une série de documents classifiés, dont beaucoup provenant de cables diplomatiques.

Le Jour

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