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Markus, humoriste : « Notre art est de plus en plus considéré »

Vous avez récemment participé au Marché des arts du spectacle d’Abidjan (MASA) en Côte d’ivoire. Quel projet y avez-vous dévoilé ?

Je suis allé à Abidjan pour vendre mon spectacle intitulé « Les gens font les choses ». En tant que humoriste, je me suis rendu dans la capitale ivoirienne pour partager des expériences, profiter de la présence de tous ces promoteurs culturels issus d’un peu partout dans le monde, et leur démontrer ce que je sais faire.

Le MASA, c’est ûn carrefour de rencontres entre les différents artistes. Je crois que si je veux exporter l’humour camerounais, de tels déplacements sont nécessaires afin d’obtenir des opportunités et faire la promotion des comédiens locaux.

C’est différent du « Parlement du rire » où on vient donner une prestation, avoir un cachet et passer sur Canal+. Le MASA, c’est vraiment se battre pour vendre son spectacle et montrer ce qu’on vaut à d’autres festivaliers qui peuvent t’inviter dans leur pays à leur tour.

C’est ma première fois à ce Marché, et j’ai pu croiser le chemin d’autres humoristes. D’ailleurs chaque soir, j’allais assister à des spectacles pour observer sous quels angles les autres humoristes abordent certaines thématiques. C’était vraiment enrichissant.

Que peut-on retenir de votre dernière création : « Les gens font les choses » ?

En tant qu’humoriste, j’essaye de décrire les actes que posent les personnes qui m’entourent en faisant ressortir certains aspects. Par exemple, dans notre contexte camerounais, on peut croiser une personne, l’avoir devant soi et lui demander quand même : « Eh Markus, c’est toi ? ». Donc ce sont ces petits phénomènes que je reporte dans mon travail.

J’ai recensé mes différents spectacles ; j’ai essayé d’en tirer le meilleur. Et je constate qu’en Côte d’ivoire, l’humour camerounais semble très apprécié. Et franchement, j’aimerais que mon humour soit apprécié un peu partout dans le monde. Je suis arrivé au MASA avec un lot de cartes de visite, que j’ai épuisé.

En tant que promoteur culturel G’ai mon spectacle au Cameroun baptisé le Stand-Up Party qui tend vers sa huitième édition), j’ai pris soin de rentrer en contact avec d’autres humoristes que j’aimerais inviter à venir donner des prestations, et également avec des promoteurs d’événements auxquels j’aimerais participer.

Quelle est votre histoire avec le Parlement du rire, ce programme qui lance de nombreux humoristes africains sur la scène internationale ?

Je vais au Parlement du rire pour la première fois grâce à Edoudoua, qui a plaidé pour mon travail d’humoriste auprès de Mamane, le promoteur du Parlement du rire. Je suis très reconnaissant à Edoudoua pour ce geste d’altruisme et de solidarité.

J’ai beaucoup de respect pour Mamane, particulièrement en ce qui concerne sa casquette de businessman. Je trouve qu’il a des réflexions très poussées dans la capacité de faire de l’humour un véritable business.

Il a permis à de nombreux humoristes africains de percer à l’international, particulièrement grâce à ce concept. Il nous fait énormément travailler aussi, car pour cette émission, on a obligation de produire quatre spectacles tous les six mois.

Il nous donne une visibilité, en nous permettant de passer sur Canal+. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en 2017 dans le cadre de la quatrième saison du Parlement du rire. C’était une expérience inoubliable. Il m’a dit qu’il appréciait mon travail bien avant de m’avoir vu à l’œuvre.

Il m’a donné beaucoup de conseils et c’est lui qui va acheminer mon dossier jusqu’à l’organisation du Marrakech du rire, un autre grand rendez-vous de l’humour africain et international. Comme lui, je n’hésite pas à montrer le chemin aux jeunes « frères » quand l’occasion se présente.

Aujourd’hui, on connaît Markus l’humoriste, mais qu’est-ce qui vous conduit dans ce couloir artistique ?

Je n’ai pas envie de faire comme tous les artistes et de dire que j’ai commencé à amuser les gens depuis le ventre de ma mère (rires). C’est pendant mon enfance passée dans le petit village Bakoko, dans le Nyong-et-Kelle, région du Centre, où j’ai fait mon école primaire et grandi auprès de mes grands-parents qui partageaient avec moi des contes, que j’ai appris à raconter des histoires. J’allais dans d’autres villages pour transmettre ces histoires. C’est ainsi que je me suis familiarisé avec l’art oratoire.

Au départ, je ne voulais pas être un humoriste, mais une star. Partout, à la maison, dans mon entourage, je faisais vraiment marrer tout le monde. Dans tous les établissements par lesquels je suis passé, j’étais toujours inscrit au club théâtre. Donc ça n’a surpris personne dans ma famille quand j’ai décidé de devenir humoriste.

Au départ de l’aventure, vous formiez un duo avec un autre humoriste. Comment êtes-vous passé de la doublette au solo ?

Quand j’ai décidé de m’installer à Douala, je vendais de la friperie au marché Ndokoti. Dans une boutique en face de mon emplacement, il y avait ce gars, Ntoumbou, qui venait faire la promotion des produits de manière comique.

Et ça me plaisait. J’ai intégré le Fan Club LTM, parce que j’appelais sans cesse à la radio pour être célèbre, puis un jour, une société qui faisait dans l’audiovisuel a lancé un casting. Je me suis dit que j’allais y participer avec Ntoumbou. Nous nous sommes associés pour monter un sketch qui a été retenu.

L’expérience n’a pas été concluante, car cette compagnie en réalité voulait réaliser des vidéos pour animer son stand dans une foire à Yaoundé… Néanmoins nous y avons croisé Alphonse Ongolo, un promoteur culturel qui nous a proposé sa salle pour nous entraîner. Ntoumbou et moi avons formé une troupe de théâtre qui s’appelait « Les chatouilleurs », puis « Les Daltons ».

On a fait des films comiques qu’on vendait sur CD. C’est ainsi qu’on a été dénichés pour animer une rubrique humoristique sur DBS intitulée « Markus et Ntoumbou ». J’ai fait un an et six mois à DBS, puis en 2010, je suis allé sur LTM TV, et entre 2011-2012, j’ai participé au Castle Live Comedy qui m’a révélé à l’international.

C’est à partir de ce moment que j’ai compris qu’un humoriste est une personne qui doit savoir écrire ses textes. J’ai décollé, quitté LTM et décidé d’évoluer en solo en créant mon festival, en organisant des spectacles, en participant à Quartier Sud en 2013, festival grâce auquel j’ai joué pour la première fois à l’institut français.

Comment appréciez-vous le secteur de l’humour au Cameroun?

Petit à petit, l’univers humoristique commence à obtenir une certaine reconnaissance ici au Cameroun. Avant, ce n’était pas évident. Le mot humoriste n’était pas du tout bien vu au départ. On nous appelait « comédiens », mais d’une façon railleuse.

Ça n’a pas du tout été facile, mais plus le temps passe, plus il y a des humoristes qui se démarquent. Nous ne venons pas au MASA ou au Parlement du rire parce que nous sommes beaux, mais parce que nous faisons un travail jugé pertinent par des professionnels. Les humoristes commencent à s’imposer au Cameroun de par leur talent.

Il y a certains humoristes qui réussissent à remplir des salles, alors que des musiciens n’y arrivent pas. On ne va pas se jeter les fleurs, mais c’est un fait. Tous les organisateurs d’événêments sont obligés de composer avec des humoristes.

Mais il reste beaucoup à faire. Quand on arrive en Côte d’ivoire par exemple, on se rend compte que les humoristes ont des plateformes d’expression, de nombreuses salles de spectacle, et le soutien de la télévision nationale, la RTI, et du ministère ivoirien de la Culture.

Nous aimerions qu’on soutienne un peu plus l’humour au Cameroun, car quand nous allons au Marrakech du rire ou à tout autre événement, nous sommes des ambassadeurs de notre pays.

Source: Cameroon Tribune

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