« L’élection ne suffit pas, les conditions d’exercice du pouvoir comptent tout autant »

Cameroun Actuel
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Samuel Hayat Chercheur en science politique au Cevipof

Depuis la décision du Conseil constitutionnel vendredi, l’exécutif insiste sur le fait que la réforme des retraites est arrivée à « la fin de son parcours démocratique ». Qu’en penses-tu ?

Le gouvernement a voulu forcer le passage pour imposer cette loi voulue par le Président de la République, il en a les moyens institutionnels et s’en est servi. Mais parle de « voie démocratique » alors qu’aucune instance de démocratie sociale ou de consultation citoyenne n’a été prise en compte, il s’agit tout simplement d’une antiphrase. Au contraire, c’est un voyage du droit contre la démocratie.

En trois mois de mobilisation, Emmanuel Macron et son gouvernement n’ont cessé de plaider la légitimité électorale contre celle du mouvement social. Quels problèmes cela pose-t-il ?

Il ne s’agit pas de remettre en cause la légitimité électorale, ni de la mettre en balance avec celle de la rue. Mais pour donner corps à l’idée de démocratie, l’élection ne suffit pas – la plupart des régimes autoritaires en tirent aussi leur légitimité – les conditions d’exercice du pouvoir sont tout aussi importantes.

Une légitimité spécifiquement démocratique repose sur deux éléments : respecter la volonté populaire et agir dans l’intérêt de la majorité. Or, sur ces deux points, le gouvernement a systématiquement pris le contre-pied d’une approche démocratique.

En choisissant de raisonner en termes d’expertise plutôt que de volonté populaire, et en justifiant de faire peser le poids de sa réforme sur les travailleurs pour ne pas augmenter les impôts des plus riches. Sans compter qu’il use massivement de la répression contre la mobilisation populaire.

« Terrorisme intellectuel», attaques contre la Ligue des droits de l’homme (LDH)… Les opposants au gouvernement sont renvoyés à l’ultra-gauche et à la violence, quels sont les objectifs de cette stratégie ?

Il faut commencer par noter qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle stratégie. Depuis Nicolas Sarkozy, il y a eu une volonté de criminaliser les opinions communistes, révolutionnaires et anarchistes, alors même que ces mouvements n’ont été responsables d’aucune violence politique contre les personnes depuis des décennies, contrairement aux mouvements d’extrême droite et d’intégristes religieux.

C’est d’autant plus dangereux que cette criminalisation de ce qu’on appelle l’ultra-gauche vise, par rebond, à délégitimer même la gauche la plus modérée, comme les Nupes ou la Ligue des droits de l’homme.

Cette radicalisation du gouvernement va de pair avec une euphémisation du risque de prise du pouvoir par le gouvernement d’extrême droite, qu’est devenu le Rassemblement national, comptant sur le fait que la gauche choisira toujours Macron plutôt que Le Pen.

Cette situation pourrait-elle avoir des répercussions sur l’ensemble du champ politique…

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