En France, comme dans de nombreux autres pays, la perte de matière organique qui affecte chaque année les terres agricoles escarpées et labourées entraîne une baisse de la fertilité des parcelles au fil des ans. Certains agronomes alertent sur le sujet depuis des décennies. Mais la conscience du danger n’a guère été partagée pendant de nombreuses années et ne l’est toujours pas suffisamment. Ajoutons que le constat du phénomène n’est nullement évident pour le citoyen ordinaire. Cependant, une décision inadéquate prise dans tel ou tel milieu naturel peut parfois nous révéler l’aggravation de ce phénomène. En Ile-de-France, les bas côtés de la route situés en pleine forêt entre Mesnil-le-Roi et Saint-Germain-en-Laye nous en ont donné une illustration depuis le milieu de l’automne 2022.
Jusqu’à cette date, l’herbe qui poussait en bordure des petits talus bordant la route était tondue deux ou trois fois par an. Mais, à l’automne 2022, le bulldozer est entré en action contre ces mini-remblais dont la pente varie de 30 à 75 %. En décapant la couche superficielle de sol fertile, il a probablement été jugé opportun d’éliminer deux ou trois tontes par an afin de réduire le coût de l’entretien des abords.
Des coulées de boue se produisent depuis qu’il pleut
Le sol étant nu de part et d’autre de la route, chaque averse se traduit par une coulée de boue dont l’importance varie selon la densité des précipitations. Quiconque parcourt quelques kilomètres sur cette chaussée à pied ou à vélo, constate les conséquences suivantes : là où la route est plate, cette coulée de boue déborde parfois sur la chaussée du fait de l’absence de fossés. Là où la route est escarpée, l’eau charrie boues, feuilles mortes et autres déchets qui pénètrent dans les regards de visite de la partie basse de la commune semi-rurale du Mesnil-le-Roi. Il est difficile de savoir quelles seront les conséquences à moyen et long terme. Mais, tout au long de la route, on constate déjà que la couche de terre sombre et fertile qui permettait à l’herbe de s’enraciner a disparu et laisse apparaître un sol plus léger, sablonneux et infertile. Si on y semait de l’herbe au printemps 2023, elle aurait du mal à pousser.
Cette observation, à petite échelle en forêt de Saint-Germain-en-Laye, nous donne également une idée des conséquences à moyen et long terme du nivellement des talus réalisé dans de nombreuses régions de France depuis le milieu du au 20ème siècle en vue d’agrandir les parcelles pour favoriser la production céréalière. Quiconque voyage en train de Paris à Lyon ou de Paris à Reims peut constater que les pentes des terres fraîchement labourées révèlent souvent des sols clairs, signe d’une baisse de fertilité par perte de matière organique. Car chaque forte averse fait couler des eaux chargées de boue vers le fond des vallées. Ceci est…

