Dans la pénombre du plateau, ce n’est pas une planche à repasser que l’on devine, mais un plongeoir. Comme celui qui domine le bassin d’une piscine. D’ailleurs, quelques réflexions laissent à penser que nous serions bien là, au bord du bassin. Sur la planche, étroite, souple, une femme. Jeune. Dans une tenue totalement incongrue en ce lieu. Escarpins, imperméable, etc. Elle aussi, d’ailleurs, n’a rien à faire sur ce tremplin, et elle le dit. Sans relâche.
« La Tour de Pise », qui forcément évoque tout de suite quelque chose de penchant, est l’un des premiers textes écrits par Diastème, alias Patrick Asté, et créé en 2006 à Avignon, puis présenté à la Manufacture parisienne des Abbesses. Aujourd’hui la pièce est reprise dans ce même théâtre du quartier de Montmartre, dans une mise en scène de Karine Dedeurwaerder, avec Fanny Soler. Dix-sept ans plus tard, cette « Tour » n’a rien perdu de son mordant ni de son mystère.
Un peu coincé, un peu effrayé, un peu inconscient
La femme, sur son plongeoir, un peu coincée, un peu lâche, un peu inconsciente, est seule dans cet espace indéfini. Bien qu’elle dialogue avec un inconnu qui l’a peut-être forcée à grimper sur une échelle jusqu’au perchoir. Puis dans cette aventure hors du temps, elle interpelle également sa mère, qui tente de lui expliquer comment procéder pour ne pas se faire larguer. « Pour garder un homme, ma petite fille, il faut y aller avec la bouche ! Regarde ton père, ça fait trente ans qu’on est ensemble, et il ne se plaint jamais » elle dit. On ne fait pas de la finesse, bien sûr, mais Diasteme, qui était journaliste, et qui va droit au but, ne cache pas le doute et le désespoir de ses personnages derrière les écrans.
« La Tour de Pise est une comédie sur les peurs de la vie et (aussi) une comédie légère et sérieuse » explique Karine Dedeurwaerder. Et c’est un bon résumé. Parce que si on rit, ce n’est que des demi-teintes. Au fil du temps, la jeune femme est totalement désespérée, jusqu’au moment qui pourrait précéder un plongeon dans la vie ordinaire, celle de tout un chacun. Non sans peurs ni angoisses, mais chacun faisant avec, comme on dit. Un bon médicament en somme, pour redresser la situation et ne plus avoir le vertige.
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