« La rocade symbolise une barrière sociale et économique »

Cameroun Actuel
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Quelque 35 kilomètres de route. Comme un rempart entourant la capitale qui, il y a tout juste cinquante ans, a fini par remplacer les fortifications édifiées sous la Restauration. Depuis, le « périph » est devenu le symbole de deux mondes opposés. Une évolution suivie par Richard Dethyre (1), ouvrier ajusteur devenu sociologue et militant associatif, notamment au sein du Mouvement des chômeurs. Il observe cette allégorie du boulevard comme un marqueur de  » ségrégation « .

La rocade a été inaugurée en 1973. Cette voie a-t-elle accentué la séparation entre Paris et la banlieue ?

Depuis cinquante ans, Paris et sa banlieue connaissent un développement inégal, qui correspond à la vie de boulevard. La rocade est devenue une frontière réelle et symbolique. Le symbole d’une barrière sociale et économique. En même temps, le capital envoie ses ouvriers, ses ateliers et son esprit révolutionnaire au-delà de ses limites. Un mouvement qui coïncide avec la construction de la rocade et la destruction des Halles la même année, quatre ans après son déménagement à Rungis. Les Halles sont aussi un symbole de cette transformation sociale. A l’époque, on y faisait nos courses de la semaine, on s’y amusait, on en rigolait. Les travailleurs de la banlieue connaissaient Paris. Avant la construction de la rocade, il était beaucoup plus facile d’entrer dans la ville par les portes, en bus, en voiture. Bien sûr, les jeunes des banlieues fréquentent toujours la capitale, mais un plafond de verre s’est créé.

Donc le dispositif serait aussi une barrière mentale ?

Paris est de l’autre côté du périphérique. Pour beaucoup de jeunes banlieusards, du moins dans les villes les plus modestes, il y a l’idée que ce ne serait pas accessible, que pour « l’utiliser », il faut de l’argent. Les transports pour s’y rendre sont peu pratiques et chers, les loisirs, le cinéma, les bars, encore plus. De nombreux banlieusards ne se sentent pas considérés par les Parisiens, leurs votes ne comptent pas. Eux aussi sont exclus de la consultation que vient de lancer Anne Hidalgo sur l’avenir du boulevard, alors que 80% du trafic est lié à la banlieue… Cette ségrégation ne cesse d’augmenter, avec Parcoursup par exemple, qui pénalise les jeunes de la banlieues en leur fermant les portes des universités parisiennes.

De nombreux habitants de la banlieue viennent travailler à Paris, la capitale n’est pas un territoire enclavé…

Ils peuvent y travailler mais en profiter et y vivre de moins en moins. Paris connaît, depuis plusieurs décennies, une spéculation massive liée notamment à la transformation de logements en bureaux. L’autre conséquence est que des familles quittent Paris, créant une gentrification assez importante de la petite couronne (Pantin, Ivry, etc.). Mais cela ne rend pas la barrière sociale de l’appareil plus poreuse. Au contraire, cette transformation fait reculer…

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