Selon le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, il faut revoir la durée du mandat présidentiel au Cameroun.
Dans une tribune, Jean-Pierre Bekolo affirme : « sept ans, dans ce Cameroun qui vieillit et se meurt sans changer, c’est une éternité. C’est un piège temporel. Une camisole imposée à l’imaginaire politique d’un peuple jeune : 75% de la population a moins de 30 ans. Une durée d’anesthésie au service d’un pouvoir incapable de performance et de se remettre en question ».
Bekolo dénonce le fait que « le temps politique camerounais est un temps qui structure notre sous-développement et notre misère.
Il permet aux présidents de s’installer comme des statues, aux administrations de traîner comme si elles vivaient dans une époque parallèle ».
« PASSER DE 7 ANS À 2 ANS
Quand le temps politique nous tue.
Sept ans, en 2025, ce n’est plus un mandat. C’est une peine de prison quand ce n’est pas une peine de mort. Une durée carcérale imposée à tout un peuple. Une vie volée.
Un enfant né aujourd’hui aura 7 ans lorsque le mandat se termine — l’âge où il entre à l’école primaire. Tu as 33 ans ? Tu seras à 40 quand le pouvoir en place aura fini son nouveau bail. Tu en as 43 ? À 50 ans, tu auras peut-être le droit de recommencer à espérer. Mais à quoi bon, dans un pays où, à cause de la gestion calamiteuse de la santé, l’espérance de vie ne dépasse même plus 49 ans ?
Sept ans, dans ce Cameroun qui vieillit et se meurt sans changer, c’est une éternité. C’est un piège temporel. Une camisole imposée à l’imaginaire politique d’un peuple jeune : 75% de la population a moins de 30 ans. Une durée d’anesthésie au service d’un pouvoir incapable de performance et de se remettre en question.
Il n’y a rien de naturel dans ce chiffre 7. Il n’a aucun fondement biologique, logique, technologique. Il est une relique. Un chiffre-mouroir hérité de la France, recyclé par une dictature molle pour endormir le peuple. Une durée éternelle pour celui qui ne veut pas gouverner, mais rester au pouvoir .
Nous vivons une accélération du monde, une époque où l’intelligence artificielle apprend plus vite que nos universités, où une start-up fait faillite ou réussit en deux ans, où un algorithme devient obsolète en trois mois, où les enfants changent de langage culturel tous les dix-huit mois, où la mode et l’innovation courent plus vite que nos institutions.
Pendant ce temps, au Cameroun, un homme de 92 ans se déclare encore candidat pour 7 ans de plus, après avoir été au pouvoir pendant 43 ans, et dans l’appareil d’État depuis 1962. Il veut partir à 99 ans. N’est-ce pas un pacte avec l’immobilisme ?
Une fois dans ce « temps présidentiel », allons-nous, sauf à attendre, respirer, mourir lentement quand le reste du monde avance? Et si Paul Biya, devenu lui-même le Temps, n’était plus seulement notre président, mais aussi ce Temps qui vole nos vies et nous tue ?
Parce que le temps, c’est la vie. Il s’agit aujourd’hui de reprendre le contrôle du temps.
Le septennat camerounais, introduit en 1996, n’a rien à voir avec l’efficacité. Il est une architecture de la confiscation. En France, ce septennat a été abandonné dès l’an 2000, car déjà trop lent. Nous, nous avons gardé la lenteur comme identité nationale.
Ailleurs, les entreprises fonctionnent en trimestres, les gouvernements modernes réévaluent leurs politiques tous les ans, les citoyens eux-mêmes vivent au rythme du numérique. Mais ici, il faut 6 ans pour faire un conseil des ministres et on veut sept ans. Sept longues années pour ne rien faire. Sept années pour s’enraciner. Sept années pour se protéger.
Il faut le dire clairement : le temps politique camerounais est un temps qui structure notre sous-développement et notre misère.
Il permet aux présidents de s’installer comme des statues, aux administrations de traîner comme si elles vivaient dans une époque parallèle.
Il condamne les jeunes à attendre comme s’ils n’avaient pas déjà tout perdu. Il protège ceux qui n’ont aucun résultat à montrer. Et le plus tragique : plus personne ne s’en indigne. Aucun candidat à cette présidentielle ne remet la durée du mandat en question. Tous semblent s’y accommoder.
Alors, posons la vraie question : pourquoi ne pas repenser le mandat présidentiel ? Pourquoi ne pas proposer 2 ans, renouvelable une seule fois ? Pourquoi ne pas injecter dans la politique camerounaise ce que le pays a perdu depuis des décennies : la pression du réel, l’urgence du résultat, la rotation des idées, l’énergie du passage ?
Un mandat court impose l’efficacité immédiate. Il force les administrations à bouger. Il permet aux citoyens d’évaluer. Il empêche la prédation, car on ne vole pas tout un pays en deux ans lorsqu’on est surveillé. Il redonne du mouvement là où la politique est devenue cimetière.
Mais tout cela suppose une refonte du code électoral. Et c’est là qu’il faut écouter Kah Walla. Car le vrai problème, ce n’est pas seulement que Paul Biya se représente. Le vrai scandale, c’est que tout est organisé pour qu’il le puisse, et que personne dans l’opposition n’ose remettre en cause le cadre même du jeu truqué pas que pour ses adversaires mais truqué pour le peuple.
Réécrire le code électoral, ce n’est pas seulement garantir la transparence des votes. C’est réécrire la grammaire du pouvoir avec le temps. Et cela commence par une série de questions essentielles : Qu’est-ce qu’un mandat ? Pourquoi cette durée ? Que fait-on du temps du peuple ? Qui décide de combien de temps une personne peut bloquer la vie des autres ?
Nous avons besoin d’un nouveau contrat temporel.
Faire du temps un bien commun.
Refuser qu’il soit capturé par une élite vieillissante.
Refuser qu’il soit dilapidé par des institutions lentes.
Refuser qu’il soit dérobé à une jeunesse dont chaque seconde compte.
Reprendre le temps, c’est reprendre le pouvoir.
Changer de président ne suffit pas.
Il faut changer d’horloge.
Seule la transition pourrait nous permettre de passze de 7 ans à 2 ans.
Et si cette année, en 2025, la révolution la plus urgente n’était pas une question de personnes, mais une question de temps ? »







