Lorsqu’un des conseillers politiques du premier ministre François Legault m’a téléphoné en décembre 2021, peu avant Noël, pour me dire que le gouvernement caquiste abandonnait définitivement la réforme du mode de scrutin, qui était bien entamée, parmi les faux prétextes et les plates excuses qu’il m’a donné alors, il m’a dit notamment que le Québec était mieux servi par le statu quo, parce qu’il nous donnait, avec ses majorités parlementaires, un rapport de force puissant face à Ottawa.
Reprenant ce vieux croque-mitaine constamment brandi par les partisans du statu quo et autres opposants à une véritable démocratie représentative, ce haut conseiller était fier de me dire que le Premier ministre et sa garde rapprochée adhéraient désormais à cette idée.
Aujourd’hui, je me demande si François Legault et ses stratèges avisés n’ont pas la queue entre les jambes, après quatre ans et demi de rebuffades de Justin Trudeau… lui-même à la tête d’un gouvernement minoritaire, donc a priori plus faible ! Le constat est implacable : deux mandats à larges majorités parlementaires grâce à un système démocratiquement déficient qui permet l’accession au pouvoir avec 37% ou 40% des suffrages exprimés ne confère absolument aucun rapport de force supplémentaire au Québec ! Pas plus que par le passé.
Pour faire changer les choses
De toute évidence, un grand caucus ne suffit pas pour influencer la volonté du gouvernement central. Les aboiements font bruyamment les manchettes, mais ne changent pas l’ordre établi au Canada. Pour faire bouger les plaques tectoniques du fédéralisme canadien, il faudrait être prêt non seulement à claquer la porte, mais, surtout, il faudrait avoir convaincu une solide majorité de la population d’accepter le défi de rompre définitivement les amarres pour gagner le procès. dans les grands litiges. Pourtant, quand on abdique avant même de commencer les grosses manœuvres, on est plutôt mal positionné pour faire ensuite de vrais gains.
Le Québec est certainement plus fort devant Ottawa quand, avec l’appui unanime de l’Assemblée nationale, il parle d’une seule voix. Mais le passé récent comme le plus ancien montre que cela ne suffit pas. Et prétendre qu’il faut garder l’ancien système électoral anglais pour protéger notre caractère distinctif et nous faire gagner contre le Canada anglais est un argument fallacieux, sinon carrément faux.
Nouveau mode de vote
Un nouveau mode de scrutin proportionnel comme celui proposé par le Mouvement Démocratie Nouvelle – et tous les partis politiques au pouvoir depuis 1976 – permettrait-il de faire mieux à cet égard ? A première vue, pas vraiment. Mais, parce qu’elle favoriserait l’avènement d’une culture politique plus rassembleuse, fondée sur des majorités parlementaires représentant des majorités populaires, elle créerait une plus grande solidarité citoyenne et consoliderait notre…

