Stéphane Domeracki professeur de philosophie
Une critique élogieuse de l’Histoire de l’être de Martin Heidegger, par Nicolas Weill, vient d’être publiée dans Le Monde. Il faut cependant souligner que ce volume ultra-nazi de 1939-1940, encore inédit en français, nous apprend, entre autres réjouissances, que le « communisme » n’a « rien d’humain » et entreprend d’expliquer son origine juive. Entre confusionnisme délirant et théories du complot, Heidegger « pense l’être », tout en travaillant à l’anéantissement, comme dans les Cahiers noirs. Comment alors comprendre que la révision proposée soit si complaisante ?
Ce traité ésotérique est un de ceux par lesquels Heidegger justifie encore l’horreur des nazis comme une nécessité « historique ». De plus, un passage inédit d’antisémitisme délirant avait été supprimé, censuré par l’éditeur Peter Trawny, à la demande du probable criminel de guerre, son fils Hermann Heidegger ayant trouvé intéressant de cacher une nouvelle fois la poussière brune sous le tapis : « Il faudrait se demander sur quoi se fonde la prédestination de la communauté juive à la criminalité mondiale. » Traduction adoucie : la prédestination deviendra « prédisposition », qui cherche à nouveau à noyer le(s) poisson(s). De même, les traductions euphémisantes rendront « estre » pour « être », « avoindre » pour « arriver », entre autres festivités.
Selon Nicolas Weill, Heidegger resterait « un penseur de premier plan », « hors du temps » par rapport aux autres nazis, et travaillerait juste pour « préparer la rencontre avec l’être, sa non-violence, son silence, son calme, sa tendresse même ». Une telle attitude de compréhension qui laisse perplexe . « Ce silence est peut-être le signe de notre ultime liberté », note en outre l’auteur de la revue. Certainement celui de projeter n’importe quoi, là où Heidegger peste…

