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Georges Alain Boyomo : «on aurait aimé revoir Paul Biya à Douala, non plus à l’occasion de convulsions sociopolitiques, mais dans des circonstances bouleversantes»

Alain Georges Boyomo le Directeur de publication du journal Mutations pense que c’est maintenant que Paul Biya devait se rendre à Douala. La fameuse phrase « me voici à Douala » aurait tout son sens, sa portée en ce moment où la ville est en proie aux inondations dues aux pluies diluviennes.

Ci-dessous l’éditorial de Alain Georges Boyomo

Me voici à Douala

Parmi les phrases cultes à l’actif du chef de l’Etat, Paul Biya, on a sans doute retenu la célèbre « me voici à Douala, me voici donc à Douala » lancée en 1991 en pleine capitale économique, en proie à l’opération « villes mortes et désobéissance civile ». Peu de monde, y compris dans son entourage immédiat, était alors en mesure de parier le moindre sou sur la visite du président de la République dans ce chaudron de la contestation post-vent d’Est.

Sous le Renouveau et bien avant, Douala a préservé sa réputation de cité frondeuse. Beaucoup de déflagrations populaires qui ont secoué l’ordre gouvernant sont en effet parties de la cité économique. Pendant son magistère déjà long de 38 ans, Paul Biya semble avoir gardé à l’esprit le caractère rebelle de Douala.

A l’analyse, cette cité de près de 4 millions d’habitants semble être le concentré des contradictions qui incarnent aujourd’hui le Cameroun. A ce titre, elle a de solides raisons d’être une place forte de contestation et de catharsis. De fait, cette ville qui contribue le plus au budget de l’Etat du Cameroun est aussi, hélas, celle qui en est la plus demandeuse, en termes de retombées. Le désordre urbain y a fait son lit, tout comme la démission de l’Etat. Combinés aux caprices de la nature, ces facteurs ont fini par faire de Douala une cité dangereuse, l’une des plus dangereuses en Afrique.

Vendredi 21 août, on en a eu la preuve avec les fortes pluies qui sont tombées sur la ville, débouchant sur des inondations inédites. Des familles entières sont sinistrées, la mobilité urbaine est perturbée et l’activité économique est paralysée. Des réactions indignées s’enchaînent.

Au-delà de l’émotion, qu’on se le dise. Douala, les pieds dans l’eau, c’est le symbole d’une gouvernance camerounaise où le diagnostic est généralement connu et où les solutions mises en route sont tièdes ou inexistantes. Douala dans l’eau, c’est la manifestation de l’inertie et du manque d’anticipation qui compromettent l’émergence du Cameroun. Douala immergée, c’est l’image du gouvernement qui a tendance, en permanence, à être dans une posture de sapeur-pompier, alors qu’il a les moyens et les compétences pour prévenir le désastre. Douala qui se noie, c’est l’expression de l’insouciance et du manque de citoyenneté de nombreux Camerounais, qui sont prompts à se défausser sur les pouvoirs publics, ignorant royalement leur part de responsabilité ou d’irresponsabilité. La faute c’est toujours à l’autre, en l’occurrence l’autorité publique.

Cela dit, on aurait aimé revoir Paul Biya à Douala, non plus à l’occasion de convulsions sociopolitiques, mais dans des circonstances bouleversantes comme celle qui ébranle la ville balnéaire depuis vendredi. Une telle visite aurait le mérite de replacer l’être humain au centre de la politique du Renouveau. Non pas que le président de la République n’y songe pas dans les actes quotidiens qu’il est amené à prendre, mais parce qu’une telle descente réchaufferait le lien qui l’unit au peuple camerounais, qui, dans sa majorité, lui a refait confiance il y’a deux ans. Les brebis en difficulté sentiraient alors la présence compatissante et revigorante du berger.

Dans un tel contexte, la phrase « me voici à Douala, me voici donc à Douala » ne serait plus un tenace défi lancé à des rivaux politiques, mais une sagace parole d’un père venu à la rescousse de ses enfants en détresse.

 

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