C’est un ouvrage exceptionnel que nous donne à découvrir ce coffret édité par la maison Frémeaux et Associés. Une œuvre et un destin, fondus dans l’histoire révolutionnaire du continent africain. Commençons par la fin, triste et révoltante. En 1971, Mobutu est au pouvoir depuis six ans et engage une violente politique de « zaïrianisation » en République démocratique du Congo pour purger son pays de toute forme de modernité.
Sur sa route, les défenseurs de la révolution, pionniers de la lutte pour l’indépendance, amis et partisans de Patrice Lumumba que le dictateur avait aidé à éliminer. Franklin Boukaka, figure de la scène musicale congolaise, en fait partie. Arrêté puis emprisonné, il est sommairement fusillé en février 1972.
Une œuvre abondante, riche d’influences qui suggèrent l’évolution de la scène africaine vers cette modernité détestée par le despote
Depuis près de vingt ans d’activisme musical, cet artiste majeur a indissociablement lié ses engagements artistiques et politiques. Auteur d’un album devenu mythique, le bûcheron, enregistré en 1971 et arrangé par le jeune saxophoniste camerounais Manu Dibango, il lègue une œuvre abondante, riche d’influences qui suggèrent les évolutions de la scène africaine vers cette modernité honnie par le despote.
Franklin Boukaka est né en 1940 à Brazzaville, capitale du Congo français et épicentre de la rumba congolaise. Musique métisse balayée par d’anciens esclaves, la rumba a transité par l’Atlantique, depuis Cuba, pour revenir s’enraciner sur les rives du Congo. Sauvegardez simplement les choses.
Dès 1955, François Boukaka, de son vrai nom, participe à certains des orchestres qui rythment la vie de Léopoldville, de l’autre côté du fleuve. À la fin de la décennie, il monte son propre ensemble, le Negro Band, côtoie la future icône Tabu Ley Rochereau et ratisse une scène musicale en plein essor. Après Léopoldville, retour à Brazzaville.
La voix des combattants de la liberté réduite au silence par l’impérialisme
Il y rencontre la pensée de Patrice Lumumba et rejoint l’Union de la jeunesse congolaise, d’allégeance communiste, puis devient le fer de lance de l’Union des musiciens congolais. Au milieu des années 1960, avec le Cercul Jazz, il construit des passerelles entre musiques traditionnelles et rythmes urbains. Audace qui lui vaut de participer à la Commission Culturelle de la Jeunesse et de représenter son pays au Festival Panafricain d’Alger, en 1969.
Ce coffret de trois disques, fruit d’une exhumation et d’un montage scrupuleux par le producteur Claude Blanchard Ngokoudi, met en scène l’artiste de 1965 à 1971. On y découvre tout un héritage de chansons politiques, odes à l’unité africaine et à la solidarité internationale, portées par des rythmes cubains qui dont le musicien est tombé amoureux grâce aux relations tissées entre les deux nations…

