Plus de trois décennies après la construction de plusieurs formes d’alliances politiques au Cameroun, aucune coalition d’organisations politiques n’a pu conquérir le pouvoir jusqu’à ce jour.
Toutes les coalitions de formations politiques de l’opposition camerounaise et de la société civile se sont toujours soldées par des calculs individualistes et opportunistes et des visées autocratiques débouchant sur la fissure et l’échec.
En 1991, une coalition de 25 organisations politiques et d’associations de défense de droits de l’Homme avait été constituée. Au cours de cette période marquée par la démocratisation et la libéralisation de la vie politique, c’est l’Union démocratique du Cameroun (UDC), dont le Président national est Adamou Ndam Njoya, qui accueille, d’ailleurs, l’assemblée de coordination à son siège à la fondation Njoya Arouna.
Cette alliance, déjà fortement réprimée par le régime en place, va voler en éclats à la veille de la présidentielle de 1992. Et pour cause: l’élection présidentielle à un tour suscite des ambitions organisationnelles, lesquelles font exploser la coordination. Du coup, les partis politiques font défection et de nouvelles alliances naissent.
C’est le cas, en l’occurrence, de l’Union pour le changement, qui a pour leader le feu chairman Ni John Fru Ndi du Social Democratic Front (SDF), l’alliance formée par l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), l’Union des populations du Cameroun (UPC) de Henri Hogbe Nlend et l’opposition patriotique de Ndam Njoya.
À l’approche de l’élection présidentielle de 92, la coalition de l’Union pour le changement s’est flagellée, tant le leader national de l’UDC va discréditer l’idée du choix de Fru Ndi comme candidat devant être investi à cette échéance cruciale.
Autre coalition foireuse, non des moindres, c’est celle de 2004 formée par la coalition nationale des partis politiques de l’opposition pour la réconciliation et la reconstruction (CNRR). Ce regroupement exprime, à cette époque, le vœu d’affronter le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) à la présidentielle de 2004 avec pour leader le Président national de l’Udc.
Ndam Njoya avait alors été désigné sur la base d’une dizaine de critères allant du patriotisme à un engagement sans faille pour le changement en passant par la santé physique et mentale et l’intégrité. Cette coalition va aussi imploser en raison de la défection de Fru Ndi suite au choix d’Adamu Ndam Njoya par le comité du Cnrr comme candidat à cette présidentielle.
Autre élection, autre alliance problématique. Le groupe de 7 (G7) naît au lendemain de l’élection présidentielle de 2011. L’on y retrouve l’Udc de feu Ndam Njoya, le CPP de Kah Walla, la Dynamique de Albert Djongang, l’AFP de Bernard Muna, l’Offre Orange de Hilaire Kamga, le Paddec de Jean de Dieu Momo et l’ADD de Garga Haman Adji.
Une autre entité en proie aux divisions internes, qui aboutit à la création d’une plateforme appelée Pacte républicain constituée des partis politiques tels que l’UDC, l’UFP, l’AFP et le Paddec. Mais en 2018, le Pacte républicain évolue à l’aune d’un jeu solitaire animé par l’ancien maire de la commune de Foumban, tant il y a eu, entre-temps, trois défections, en l’occurrence celle de l’Afp, qui, le 15 janvier 2018, apporte sa caution à la plateforme pour une nouvelle république de Me Akere Muna.
L’Union pour la fraternité et la prospérité (UFP), dont Olivier Bile est le leader, est candidate à la prochaine présidentielle sans que les membres signataires du pacte ne soient au courant de cette option. Le Paddec de Momo joue, en permanence, aux abonnés absents aux assises régulières du pacte républicain. A cause de cet état de choses, Ndam Njoya opte, à cette période-là, pour le pacte républicain citoyen.
En 2018, des leaders et acteurs politiques s’engagent, avant la présidentielle du 7 octobre, à construire des coalitions. La création, le 15 janvier 2018, de la plateforme pour une nouvelle république, dont la tête de proue est Me Akere Muna, se situe dans cette mouvance. Avaient rejoint Akere Muna à l’époque bien de formations politiques telles que l’Afp, l’Upc, le Manidem, etc.
Mais coup de théâtre à la veille de l’élection présidentielle, Akere Muna avait désisté et avait jeté le dévolu sur Maurice Kamto qui, lui, avait créé ce qu’il avait appelé une coalition gagnante constituée des partis politiques et des alliés tels que le Mpcn(Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau) de feu Paul Eric Kingue, le mouvement Agir de feu Christian Penda Ekoka, etc.
En 2024, d’autres dynamiques coalitives sont nées et ont alimenté, comme à l’accoutumée, les joutes. La coalition de l’Alliance politique pour le changement (Apc), dont le coordonnateur national par intérim est Jean-Michel Nintcheu, président national du Front pour le changement du Cameroun (Fcc), et qui avait désigné, depuis le congrès du Mrc en 2023, Maurice Kamto comme candidat à la prochaine présidentielle.
L’ancien président national du MRC, candidat du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) a été, le 5 août 2025, arbitrairement éliminé de la compétition électorale. Autre mouvement d’alliance créé, la coalition de l’Alliance pour la transition politique au Cameroun (Atpc) dirigée par Olivier Bile à laquelle l’honorable Cabral Libii Li Ngue Ngue, président national du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), et d’autres partis politiques avaient, au départ, apporté leur caution.
Quelques mois après, ce consortium s’est fissuré avec le départ de bien de figures telles que Akere Muna de l’Upr, Prosper Nkou Mvondo du parti Univers, de C. Libii du Pcrn, de Célestin Djamen de l’Appar et de Djeukam Tchameni.
Le président national du Social Democratic Front (SDF), l’honorable Joshua Osih, a émis, lui aussi, sa position le 17 février 2024 au sortir des assises du comité exécutif national du parti. Le chairman du Sdf, qui, lors des assises du dernier congrès, a fondé une alliance avec des confédérations syndicales, est d’accord pour une coalition politique qui rassemble et non celle qui divise.
En 2025, ont été créés, entre autres, le groupe de Douala (constitué de Anicet Ekane, Cyrille Sam Mbaka, Jean Calvin Aba’a Oyono et Abel Elimbi Lobe, éjectés quelques mois plus tard); le groupe de Foumban composé de quelques candidats à la présidentielle d’octobre prochain (P. Ndam Njoya, Ateki Seta Caxton, Hiram Samuel Iyodi, Serge Espoir Matomba, Akere Muna, Issa Tchiroma Bakary, etc).
Jusqu’ici, ces actions de mutualisation des forces politiques de l’opposition n’ont pas encore abouti à la détection de l’oiseau rare, candidat consensuel pour affronter le candidat du parti au pouvoir le 12 octobre. Au-delà de tout, l’on s’achemine, inexorablement, vers la flagellation, voire vers la fragmentation des oppositions camerounaises qui, au lieu d’aller en rangs serrés, risquent, si l’on n’y prend garde, c’est un rituel habituel, d’aller en rangs dispersés.
Mais, le bas-peuple n’est pas dupe, tant il sait quels sont ceux qui trahissent les coalitions à l’approche des échéances électorales importantes. Quiconque sait qui avait trahi en 1992, en 2004, en 2011 et en 2018. Il y aura, sans doute, de nouveaux traîtres ou des anciens traîtres qui referont surface pour commettre la basse besogne. C’est bien l’expression du jeu des leaders et acteurs politiques et leurs enjeux de positionnement.
Aux Camerounais électeurs le moment venu de voter pour le candidat idéal, dont le programme politique satisfera leurs attentes, leurs aspirations et desiderata. Restez concentrés !
Serge Aimé BIKOI







