Entrepreneuriat au Cameroun : « réseaux et passe-droits », la face cachée du succès

Cameroun Actuel
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Derrière les success stories affichées sur les réseaux sociaux, une voix critique vient bousculer le récit dominant de l’entrepreneuriat au Cameroun. Dans une prise de parole remarquée, l’acteur économique Fotsing Nzodjou dénonce un système où les relations pèseraient davantage que le mérite.

Selon lui, l’image d’une réussite accessible à tous par le seul travail relève d’une illusion largement entretenue. Il évoque des circuits informels, des arrangements administratifs et des réseaux d’influence qui faciliteraient les affaires pour certains opérateurs, pendant que d’autres font face à des contraintes jugées étouffantes.

« Beaucoup ne réussissent pas parce qu’ils manquent d’efforts, mais parce qu’ils ne sont pas connectés », résume-t-il en substance, pointant du doigt un environnement économique perçu comme inégalitaire. Il décrit notamment les difficultés rencontrées par les petits entrepreneurs, confrontés à des contrôles fréquents, des charges fiscales élevées et diverses tracasseries administratives.

À l’inverse, certains acteurs économiques bénéficieraient, selon lui, de protections ou d’accès privilégiés leur permettant de contourner certaines règles ou d’accélérer leurs procédures. Des pratiques qui, si elles sont avérées, alimenteraient un sentiment d’injustice au sein d’une jeunesse en quête d’opportunités.

Lire le texte de Fotsing Nzodjou :

Lorsque certains « entrepreneurs » viennent fanfaronner sur les réseaux sociaux pour expliquer qu’il est facile de devenir millionnaire au Cameroun, ils devraient avoir le courage de montrer tout le système qui se cache derrière leur réussite.

Ils devraient donner les numéros des parrains, les contacts des douanes, les réseaux qui permettent de dédouaner un conteneur à 8 millions au lieu de 22, les combines fiscales, les protections administratives, les relations dans les brigades, les délégations, les banques et les ministères.

Ils devraient aussi expliquer comment certains vendent librement des produits interdits ou soumis à contrôle, comment certains commencent sans papiers, sans autorisations, sans normes, puis deviennent soudainement des « grands opérateurs économiques » une fois installés.

Ils doivent nous montrer leurs marabouts, les puissants ou ils se protègent, les rites contre les énergies et les ondes, les couloirs spirituels qu’ils empruntent.

Ils ont tous un point commun : chacun s’affiche et dit avoir ses relations dans l’administration, le gouvernement et le parti du président. Qu’ils nous amènent aussi là-bas pour qu’on ait des relations.

Dites la vérité aux jeunes.

Parce que la vérité est brutale : au Cameroun, beaucoup ne réussissent pas parce qu’ils sont plus intelligents ou plus travailleurs. Ils réussissent parce qu’ils sont connectés au système.

Le petit commerçant ordinaire, lui, paie tout. Il subit tout. Contrôles, taxes, tracasseries, amendes, humiliations, blocages administratifs, descentes de brigade, corruption, coupures, racket permanent. Pendant ce temps, les hommes de réseaux circulent au-dessus des lois.

Et après, ce sont ces mêmes personnes qui viennent donner des “conseils de motivation” à une jeunesse déjà épuisée.

Ils montrent les voitures, les villas, les voyages et les chiffres d’affaires, mais ils cachent les protections, les arrangements, les coups de téléphone, les interventions discrètes et les portes ouvertes par les relations.

Au Cameroun, chacun se lève tôt pour travailler. Chacun souffre. Chacun se bat. Mais seuls ceux qui possèdent des réseaux puissants arrivent souvent à respirer dans ce système étouffant.

La vérité est que beaucoup de jeunes ne sont pas pauvres parce qu’ils sont paresseux. Ils sont écrasés par un environnement où les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Qu’on arrête donc de mentir aux jeunes avec des discours simplistes sur “le travail seulement”. Le travail sans réseau, dans ce pays, finit souvent dans les dettes, le découragement et la fatigue mentale.

Nous, nous avons goûté au terrain réel. Nous connaissons la vérité derrière les discours des faux héros de l’entrepreneuriat.

PS : Dès que le port autonome de Douala veut déjà dédommager les victimes de Missole, dites-moi, je viens au pays prendre ma part. Ils m’ont pris 3 hectares. Si le m² c’est seulement 5000, ça fait 150 millions. Me voici dans les tribunaux pour moins de 50 millions.

Dans tout ceci, on me dit que ceux qui ont les réseaux sont dédommagés.

Fotsing Nzodjou

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