Camerounactuel

Dr Armand Nghemkap : « La bonne gouvernance doit pouvoir apporter une riposte forte et precise »

  • Médecin urgentiste, altruiste et humaniste, concepteur de « la santé en soirée » let promoteur de « Clinic C », la première série télévisée camerounaise sur la santé, il fait un diagnostic sans complaisance de l’épidémie de Coronavirus et apprécie les mesures prises par le gouvernement camerounais et français pour lutter contre la propagation de ce tueur silencieux.

En ces temps de crise sanitaire, beaucoup de définitions pullulent autour du Coronavirus. C’est quoi concrètement le Coronavirus ?

Le Coronavirus est une famille de virus dont on connait l’existence depuis les années 1960. Le Coronavirus a été initialement découvert chez les animaux et est bien connu des vétérinaires.

Ces virus se transmettaient jusqu’à présent des animaux à l’homme à partir d’un réservoir de germes qui a été identifié comme étant la chauve-souris. Il passait pâr un hôte intermédiaire récemment identifié comme étant le pangolin mais d’autres hôtes intermédiaires existent.

Il leur faut cet hôte intermédiaire où il se transforme, où il mute pour se transmettre à l’homme. Ce sont des zoonoses. Ce qui est tout à fait étrange dans les coronavirus, c’est qu’on a vu en 2002 apparaitre une nouvelle souche de coronavirus qui a donné le Syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) et en 2012 une autre souche qui a donné le Mers (Syndrome respiratoire du Moyen-Orient).

Comme je viens de le préciser, les coronavirus ont souvent des réservoirs jusqu’à présent identifiés comme étant des chauves-souris. Toutefois, pour passer d’un réservoir animal à une infection chez l’homme, les coronavirus ont besoin d’un hôte intermédiaire.

Vous parlez de chauve-souris alors que plusieurs scientifiques doivent son origine au pangolin…

Justement. En ce qui concerne la pandémie actuelle à Covid 19, le pangolin semble avoir été identifié selon certaines publications par les chinois comme étant l’hôte intermédiaire qui a permis au Coronavirus de muter pour donner une souche à transmission inter humaine. Les coronavirus et notamment la nouvelle souche apparue en décembre dernier en Chine appelée « Covid 19 » se transmet essentiellement par voie aérienne.

On a également une transmission par voie de contact et par le biais du manuportage, à savoir que si un individu est en contact avec des sécrétions par exemple naso-pharyngées d’une personne infectée qui tousse ou qui éternue sans se protéger le visage par un mouchoir jetable, cet individu peut porter ces sécrétions au niveau de son visage et finir par s’infecter en inhalant ces sécrétions-là. Toutes les mesures de prévention édictées par (‘Organisation mondiale de la santé sont basées sur ces modes de transmission.

Vous avez effectué plusieurs missions d’assistantes sanitaires et d’éducation des masses au Cameroun. Comment appréciez-vous l’évolution de la pandémie au Cameroun ?

Je me fais beaucoup de soucis sur l’évolution de la pandémie au Cameroun. Je constate que la courbe épidémique camerounaise suit avec un mois de retard la courbe épidémique française. La France a enregistré son premier décès à Covid 19 le 26 février dernier.

Au moment où vous m’avez contacté pour réaliser cette interview, soit à peine un mois après ce premier cas de décès constaté, on comptait déjà en France plus de 7000 morts et plus de 70000 cas déclarés alors que la France ne pratiquait pas encore de dépistage de masse.

Le Cameroun a enregistré, son premier décès en date du 24 mars dernier et des médecins ont déjà été déclarés morts de Covid 19. Si rien n’est fait, je vous laisse imaginer la suite. La situation sanitaire du Cameroun vis- à-vis de cette pandémie mondiale me parait très préoccupante et l’urgence est vraiment d’agir.

Le médecin urgentiste que vous êtes exerçant dans les hôpitaux français peut-il nous situer sur l’évolution de la pandémie en France ?

La pandémie mondiale à Covid 19 en France est au stade du pic épidémique mais n’a pas encore atteint la phase plateau. Grace à la réorganisation de son système de soins avec l’arrêt total de toutes les hospitalisations non urgentes, on dispose encore en France de lits d’hébergement pour des patients infectés par le coronavirus et nécessitant une prise en charge hospitalière.

Par contre les capacités d’hospitalisation en secteur de soins intensifs et de réanimation sont largement débordées du fait de l’afflux plus qu’habituel de personnes infectées par le Covid 19 avec des détresses respiratoires pendant l’ascension vers ce pic épidémique. Toutefois, le système de santé français résiste bien à cette pandémie que j’ai qualifiée dans une précédente interview dans un quotidien français comme étant une tornade de forte amplitude.

Quels sont les conseils que vous pouvez donner au gouvernement camerounais pour empêcher l’évolution du virus ?

Je ne pense pas avoir de conseils à donner à un quelconque gouvernement fut-il du Cameroun mon pays d’origine. Je préfère plutôt apporter ma modeste contribution dans la guerre que le monde mène actuellement contre cet ennemi invisible mais bien redoutable qu’est le Covid 19.

Etant en première ligne de front dans cette bataille comme médecin urgentiste mais également comme chroniqueur et consultant santé, j’ai acquis par l’observation et l’analyse des données recueillies sur le terrain, une solide expérience sur la stratégie à adopter pour gagner cette guerre et c’est en cela que j’ai compris que toute riposte gouvernementale doit intégrer 3 paramètres: la population, le système de santé et la gouvernance.

Je travaille sur le sujet depuis mi- février et j’ai d’ailleurs consacré ma chronique santé hebdomadaire « Allô Dr Armand » que je diffuse sur Medi 1 radio tous les mercredis à la compréhension de cette pandémie mondiale à Covid 19. Je ne peux détailler ici tous les éléments de cette stratégie. Mais je demeure à la disposition dç tous ceux qui veulent en savoir plus.

Tout ce que je peux rajouter est que la stratégie de guerre contre ce Covid 19 au Cameroun doit absolument intégrer en plus des mesures gouvernementales déjà édictées, un confinement adapté avec des mesures d’accompagnement socio-économiques, le port du masque obligatoire dans tout lieu public, le dépistage de masse et la validation à large échelle de la prescription médicale protocolisée de la Chloroquine qui a montré son efficacité associé à un antibiotique, l’Azithromicine.

Je préconise également l’apport de la télémédecine qui me paraît être une arme stratégique dans cette guerre que le Cameroun mène désormais contre le Coronavirus. C’est par une riposte gouvernementale forte, ferme et active que le Cameroun pourra inverser la tendance de sa courbe épidémique et éviter ainsi l’hécatombe sanitaire annoncée-.

Plusieurs personnes sur les réseaux sociaux demandent de prendre du citron, de l’ail et bien d’autres choses pour soigner le Covid 19, quel est votre avis là-dessus ?

Toutes ces recettes à base de citron, d’ail et bien d’autres peuvent apporter un confort personnel, un bien être dans certains cas et même stimuler le système immunitaire. Mais ces recettes n’ont en aucun cas fait la preuve de leur efficacité dans une infection à Covid 19.

Je ne suis pas contre leur utilisation mais je pense que lorsqu’une personne est testée positive et qu’elle présente des signes pouvant signaler une certaine gravité de la maladie, elle doit être prise en charge médicalement et non se contenter de ces recettes qui n’ont jusqu’à présent apporter aucune preuve scientifique de leur efficacité sur les infections à Covid 19.

Pour vous, les mesures et décisions prises par les gouvernements africains sont-elles suffisantes pour barrer la route à cette pandémie ?

Les mesures prises jusqu’à présent par les différents gouvernements africains sont salutaires mais restent largement insuffisantes. Pour ma part, toute stratégie de riposte face à cette pandémie mondiale doit intégrer trois pàramètres.

Le premier paramètre est la population, le deuxième paramètre est le système de santé et le troisième paramètre est la bonne gouvernance. Lorsqu’on analyse ces paramètres, on comprend qu’on est en présence d’une population africaine jeune mais pauvre matériellement contrairement aux populations européennes qui sont riches mais très âgées.

On sait sur le plan médical que les jeunes dont le système immunitaire est fort compétent résistent mieux à l’infection à Covid 19 que les personnes âgées et ce constat peut être un atout majeur pour l’Afrique, En effet, cette population jeune va beaucoup mieux résister à la pandémie mondiale a Covid 19 mais pour capitaliser de façon majeure cet atout, il faut que cette jeunesse soit disciplinée, qu’elle fasse preuve de civisme et quelle comprenne que les mesures qui sont dictées doivent être adoptées et vécues comme étant des actes citoyens.

Lorsqu’on Par ailleurs lorsqu’on analyse le système de santé en Afrique on se rend vite compte que c’est un système de santé dépourvue de ressources humaines et de plateaux techniques.

Pourquoi d’après vous, ce système de santé ne fait pas appel au renfort des médecins de sa diaspora pour solidifier son édifice sanitaire en termes de ressources humaines ?

Je suis très mal placé pour le savoir. J’en fais tout comme vous, l’amer constat. Je n’ai pas non plus l’impression que ce système de santé et je vais prendre ici l’exemple du Cameroun, n’a pas encore fait appel à l’amélioration de son plateau technique par l’identification et au renforcement de ses capacités en lits d’hospitalisation et de réanimation.

Étant un acteur de première ligne dans cette guerre mondiale à Covid 19, je tiens à souligner que si ces paramètres ne sont pas intégrés dans les décisions gouvernementales qui sont prises, on va tout droit à la catastrophe parce qu’il faut avoir le courage de crier que lorsque la vague arrive et que nous n’avons pas les plateaux techniques adéquats on risque de se retrouver avec des situations très difficiles qui se comptent parfois par milliers de morts.

Pour être complet sur votre question, la bonne gouvernance doit pouvoir apporter une riposte gouvernementale forte et avec une stratégie claire et précise qui intègre trois aspects. Premièrement le confinement qui doit être adaptée en prenant en compte la situation de pauvreté de la population.

Toute mesure de confinement doit en cela s’accompagner de mesures sociales et éconorpiques. Ce confinement doit également s’accompagner d’une vaste campagne d’informations, de sensibilisation et d’éducation des populations afin que ces populations puissent comprendre et intégrer le bien fondé du confinement.

Car ce n’est que par une information efficace qui fera barrage aux fake news, à la désinformation que les populations pourront comprendre et mettre en pratique les mesures qui leur sont conseillées. Ces populations africaines pourront ainsi vivre de façon bienveillante cette logique de confinement qui leur est conseillée.

Deuxième toute riposte, pour être efficace, doit intégrer le dépistage de masse comme on l’a vu en chine. Ce dépistage des de masse des populations est très important parce qu’il permet de soustraire de la société des individus infectés pour leur mise en quarantaine.

Les personnes dépistées et mises en quarantaine doivent pouvoir bénéficier de la mise à leur disposition de la télémédecine. La télémédecine est pour moi une arme de destruction massive dans cette guerre que nous menons contre le Coronavirus.

Il permet de pallier à la carence du système sanitaire en ressources humaines médicales et permet également de désengorger les hôpitaux et enfin de dépister préventivement les personnes en quarantaine qui ont un potentiel d’évolution vers une forme grave de l’infection.

Le troisième élément dans une stratégie de riposte gouvernementale forte est de mettre en place une stratégie thérapeutique claire et en ça il y’a un grand espoir dans l’utilisation de la Chloroquine.

Moi j’invite les états Africains à valider le protocole du professeur Didier Raoult à savoir le protocole qui associe l’hydroxy- chloroquine à l’Azythromicine parce que des études très prometteuses commencent à sortir notamment du côté de la Chine et même en Europe.

L’Afrique ne devrait pas se priver de ce protocole là parce que « En temps de guerre on utilise les moyens de guerre et on fait une Médecin de guerre ». Ce protocole est une arme stratégique que nous devons utiliser car elle m’apparait être une arme redoutable pour freiner l’invasion du Covid 19 dans les pays Africains.

La psychose dans laquelle certains pays sont plongés est-elle dangereuse pour la propagation de la maladie 7

Nous ne devons en aucun cas sombrer dans la psychose, nous avons en face de nous certes un ennemi invisible mais nous avons un certain nombre de ressources humaines et thérapeutiques ainsi que des moyens qui doivent être mis en pratique. Il faut qu’on se soutienne mutuellement pour affronter cette période difficile.

Mais je pense que si les uns et les autres font preuve d’efficacité dans la prise de décision, de générosité humaine et de solidarité sociétale, l’Afrique pourra traverser cette crise sanitaire sans trop de dégâts. En tout cas, c’est l’espoir que je fonde pour l’Afrique.

Moi je suis là pour apporter ma contribution qui est l’expertise que j’ai de cette pandémie mondiale à Covid 19, étant en première ligne dès le début de cette crise sanitaire. Il y’a également l’expertise que je peux apporter’ en matière de communication et d’information par ma contribution et à ma participation à un certain nombre de campagne d’informations et de sensibilisation du grand public.

Source: Le Messager

Partager

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on whatsapp
Share on telegram
Share on email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Dernières nouvelles