Le gouvernement et son bras armé, le ministre de l’Intérieur, ont-ils procédé à des « arrestations préventives massives » dans et autour des cortèges, dans le but de mettre un terme à la mobilisation contre la réforme des retraites, montée d’un cran depuis l’utilisation de article 49.3, le 16 mars ? Pour un collectif d’avocats parisiens, qui interviennent en soutien aux nombreuses personnes interpellées depuis cette date en Île-de-France, la réponse est clairement oui.
Dans un tiers des cas, les interpellations se sont accompagnées de violences policières
« Nos clients ont subi des arrestations et des détentions arbitraires visant à les dissuader d’exercer leur droit de manifester et de briser le mouvement social », disent les membres de ce collectif, qui a déposé, vendredi 31 mars, » cent » de plaintes pour « atteinte arbitraire à la liberté individuelle par une personne dépositaire de l’autorité publique », « non-intervention pour faire cesser une privation illégale de liberté » Et « Entrave à la liberté de manifester ».
Les arrestations qui se sont accompagnées de « violences policières » – « environ un tiers des dossiers », selon les avocats – devrait faire l’objet d’une « nouvelle série de plaintes, dans les jours à venir ».
« Il n’y a pas eu d’arrestations préventives massives. Il y a eu des arrestations », avait soutenu Gérald Darmanin, sur CNews, le 24 mars. Deux jours plus tôt, le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, avait également tenté de justifier, sur France Info, les centaines d’interpellations opérées sous son autorité, dont la grande majorité ( 75% selon le parquet) n’a pas donné lieu à aucune poursuite.
« Dans les quarante-huit heures de garde à vue, il y a des enquêtes qui sont menées pour tenter d’imputer les faits reprochés à ces individus. (…) Quand on n’arrive pas à matérialiser, à individualiser l’infraction, ces individus ne sont finalement pas poursuivis », avait indiqué Laurent Nuñez.
Aucun élément tangible
« En réalité, les arrestations ne reposaient sur aucun élément tangible et étaient donc illégales », assure pour sa part Me Raphaël Kempf. Pour l’avocat, membre de la Legal Team, les chiffres parlent d’eux-mêmes : « Le 16 mars à Paris, il y a eu 292 interpellations, pour 283 classements sans suite. Un tel ratio prouve le caractère arbitraire de ces arrestations. »
Sur les 1.346 personnes placées en garde à vue entre le 16 et le 25 mars en France, seules 14,4% ont été poursuivies et 11,7% ont fait l’objet d’une alternative aux poursuites.
Une politique de dissuasion, massive et injustifiée, qui ne s’est pas limitée à la capitale, comme le montrent les chiffres nationaux rendus publics par le ministère de la Justice. Selon la chancellerie, sur les 1.346 personnes placées en garde à vue entre le 16 et le 25 mars en France, seules 14,4% ont été poursuivies…

