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Crise anglophone : coup de filet en Belgique contre des présumés cadres de l’Ambazonia Defence Forces

Les autorités belges ont arrêté trois individus soupçonnés d’implication dans des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre liés au long conflit anglophone au Cameroun, a confirmé le parquet fédéral.

Les suspects seraient des dirigeants des Forces de défense ambazoniennes (ADF), un groupe armé séparatiste qui lutte pour l’indépendance des deux régions anglophones du Cameroun – le Nord-Ouest et le Sud-Ouest – dans ce pays d’Afrique centrale majoritairement francophone.

Selon le parquet fédéral belge (lire le communiqué ci-dessous), des perquisitions coordonnées ont été menées dimanche à Anvers et à Londerzeel, en Flandre. Quatre personnes ont été initialement arrêtées, et trois d’entre elles ont depuis été placées en détention provisoire par un juge d’instruction.

Dans un communiqué, le parquet a affirmé que des fonds étaient collectés en Belgique pour soutenir la lutte armée au Cameroun, notamment pour l’achat d’armes et de munitions. Il a également indiqué que des instructions pour des attaques auraient été données depuis le territoire belge.

L’enquête, ouverte l’été dernier, vise des individus résidant en Belgique et soupçonnés d’appartenir à la direction des ADF.

Contexte : Affaire norvégienne contre Ayaba Cho Lucas

Les arrestations belges interviennent alors qu’Ayaba Cho Lucas, dirigeant du Conseil de gouvernement de l’Ambazonie (AGovC) – l’organe politique qui supervise et contrôle les ADF – entame sa deuxième année de détention provisoire en Norvège.

Arrêté en septembre 2024, Ayaba est maintenu en détention depuis lors, les autorités norvégiennes enquêtant sur des allégations de crimes internationaux graves liés au conflit dans les régions anglophones du Cameroun.

Le parquet norvégien l’accuse d’implication dans de nombreuses infractions graves, notamment des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. Ces derniers mois, les autorités norvégiennes ont étayé les charges retenues contre lui, intensifiant ainsi la procédure judiciaire.

Cette affaire constitue l’une des actions en justice internationales les plus importantes intentées contre une figure de proue du mouvement séparatiste ambazonien et témoigne d’une surveillance européenne accrue des structures dirigeantes issues de la diaspora et liées au conflit.

Conflit enraciné dans la crise anglophone du Cameroun

La crise anglophone du Cameroun a débuté en 2016 lorsque des avocats et des enseignants des régions anglophones du pays se sont mis en grève. Ils protestaient contre ce qu’ils considéraient comme l’imposition du français dans les tribunaux et les écoles, ainsi que contre une marginalisation plus générale de la part du gouvernement à majorité francophone.

En 2017, des militants séparatistes ont proclamé l’indépendance d’un État autoproclamé, l’Ambazonie, déclenchant un conflit armé entre les forces de sécurité et des groupes séparatistes tels que les ADF.

Depuis, la crise s’est envenimée et est devenue l’un des conflits les plus longs et les moins médiatisés d’Afrique.

Les Nations Unies estiment que plus de 6 500 personnes ont été tuées depuis le début des violences, il y a près de dix ans. Les troubles ont également contraint plus de 490 000 personnes à fuir leurs foyers, tandis que plus de 1,5 million de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.

Les organisations de défense des droits humains accusent à la fois les combattants séparatistes et les forces gouvernementales camerounaises d’exactions généralisées, notamment des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements, des actes de torture et l’incendie de villages.

Intensification des enquêtes internationales

Les arrestations en Belgique font suite à des enquêtes similaires menées en Norvège et aux États-Unis, témoignant d’une surveillance internationale accrue des réseaux de soutien transnationaux présumés liés au conflit.

Le parquet belge n’a pas divulgué l’identité des suspects, mais a confirmé que l’enquête porte sur des violations potentielles du droit international humanitaire.

En vertu du principe de compétence universelle en vigueur en Belgique, les juridictions nationales peuvent poursuivre certains crimes internationaux graves – tels que les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité – quel que soit le lieu où ils ont été commis.

Résultats politiques et tensions persistantes

Le président camerounais, Paul Biya, qui dirige le pays depuis plus de quarante ans, affirme que son gouvernement a pris des mesures importantes pour résoudre la crise. Les autorités ont notamment organisé un dialogue national et mis en place des mesures visant à accorder un statut spécial aux régions anglophones.

Cependant, les critiques estiment que ces mesures n’ont pas permis de s’attaquer aux causes profondes du conflit. Le gouvernement continue de faire face à des critiques internationales quant à sa gestion de la crise, aux allégations de recours excessif à la force par les forces de sécurité et aux restrictions des libertés politiques.

Parallèlement, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les civils restent pris au piège entre les combattants séparatistes et les troupes gouvernementales, et l’insécurité et les perturbations économiques persistent dans une grande partie de la zone.

Alors que l’enquête belge se déroule en parallèle des procédures en Norvège, elle marque une étape importante dans les efforts visant à établir les responsabilités au-delà des frontières du Cameroun et indique que les activités liées à la diaspora et en rapport avec le conflit anglophone pourraient faire l’objet d’un examen juridique de plus en plus rigoureux au regard du droit international.

Communiqué du Parquet Fédéral de Belgique :

 

Communiqué du Parquet fédéral de Belgique

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