Comment une révision de la Constitution de 1979 a propulsé Paul Biya au pouvoir

Cameroun Actuel
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Alors que le Parlement réuni en congrès s’apprête à modifier la Constitution pour y introduire un poste de vice-président, remplaçant constitutionnel du président de la République en cas d’empêchement, l’analyste politique Daniel Essissima nous replonge dans la réforme de 1979 qui a propulsé Paul Biya au pouvoir.

« Après la réélection d’avril 1975, Ahmadou Ahidjo avait créé un poste de Premier ministre, qu’il avait attribué au secrétaire général de la présidence de l’époque, Paul Biya.

Quatre ans plus tard, en 1979, il avait fait adopter un amendement à la Constitution changeant les conditions de gestion de la vacance du pouvoir. Jusque-là, la Loi fondamentale prévoyait une période d’intérim gérée par le président de l’Assemblée nationale, une élection devant être organisée au plus tard cinquante jours après la constatation de la vacance du pouvoir.

La modification de la Constitution intervenue en 1979 a introduit un système de « dauphinat » : elle faisait du Premier ministre le successeur constitutionnel direct du président, en cas de vacance du pouvoir. Tout en prolongeant ainsi le pouvoir de nomination d’Ahidjo, cette disposition était cependant en contradiction avec l’article 2 de la Constitution : celui-ci stipulait que « les autorités chargées de diriger l’État tiennent leurs pouvoirs du peuple par voie d’élection au suffrage universel direct ou indirect ».

Lorsque l’amendement constitutionnel de 1979 a été adopté, personne dans l’entourage présidentiel n’imaginait que le Premier ministre d’alors, Paul Biya, pourrait être celui qui succèderait un jour à Ahidjo. Pour beaucoup, ce dernier n’avait pas la carrure appropriée.

« Biya avait la réputation d’être un homme effacé et peu apte à prendre des décisions. (…) Quand j’allais voir Ahidjo à Yaoundé, je faisais une visite de politesse à Biya, je le trouvais toujours plein de gentillesse et de bonnes dispositions, mais il ne suivait pas les affaires. Jusqu’au jour de la démission d’Ahidjo, j’étais persuadé qu’il avait mis Biya au poste de Premier ministre parce que c’était, parmi ses collaborateurs, quelqu’un de trop peu d’envergure et de personnalité pour lui créer des problèmes, mais que, le moment d’organiser la succession venu, il désignerait quelqu’un d’autre à ce poste de dauphin constitutionnel », a raconté plus tard Jacques Foccart.

Comme possibles successeurs du président, les analystes voyaient plutôt Samuel Éboua, réputé très bon technocrate et secrétaire général de la présidence depuis 1975, ou Victor Ayissi Mvodo, alors ministre de l’Administration territoriale.

Le 6 novembre 1982, Biya devient président du Cameroun malgré lui. Un pur produit de la Françafrique de Louis Paul Aujoulat, son parrain.
Quelques jours auparavant, Ahidjo était en France, où il avait rencontré le 29 octobre Guy Penne, le « Monsieur Afrique » de Mitterrand. Il était rentré le 3 novembre au Cameroun presque en catimini, ce qui n’était pas dans ses habitudes, pour annoncer aussitôt à ses proches collaborateurs son intention de démissionner ».

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