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CAN 2021 : l’heure de rendre compte a sonné…

Au lendemain de cette 33e Coupe d’Afrique des nations que le Cameroun vient d’abriter, le président de la République qui a promis un cauchemar aux prévaricateurs de la fortune publique en 2022, est vivement attendu sur la pelouse des audits. Notamment au sujet des nombreux scandales enregistrés dans la construction des infrastructures sportives à coup de milliards de Fcfa.

Rideaux sur la Can 2021 ! Finis les feux d’artifices et la magie du 3D. La fête fut « belle ». La photo finish restera gravée dans les annales de l’histoire. Paul Biya, entouré du président de la Confédération africaine de football (Caf), Patrice Motsepe, et du patron de la Fédération internationale de football Association (Fifa), Gianni Infantino, qui remet solennellement le prestigieux trophée au capitaine courage de l’équipe nationale de football fanion du Sénégal, Kalidou Koutibaly. Les Lions de la Téranga visaient la lune ; te pays des Lions indomptables leur offrent la première étoile de leur histoire.

Epilogue d’un bouquet final inédit, de la plus grande compétition du football africain, ouverte près d’un mois plus tôt, le 09 janvier 2022, dans la même enceinte du stade d’Olembé. Passés l’euphorie de cette grand’messe et le florilège des messages de félicitations au Chef de l’Etat, doublé de la couronne de lauriers que tentent de lui tisser mécaniquement certains apparatchiks du régime, l’heure est désormais au bilan pour ne pas dire aux audits. Surtout que le président de la République annonçait déjà tes couleurs le 31 décembre dernier au cours de sa traditionnelle allocution de fin d’année.

Enrichissement illicite

A l’occasion, Paul Biya promettait l’enfer aux prévaricateurs et autres bandits à col blanc. «Nous devons renforcer la gouvernance dans la gestion de nos finances publiques, en luttant contre la corruption et les détournements des deniers publics.» Interpellation que le président de la République accompagnait d’une promesse.

«Tous ceux qui se rendent coupables de malversations financières ou d’enrichissement illicite, en assumeront tes conséquences devant les juridictions.»Le mot est donc lâché. Il est temps de rendre gorge. Des faits graves de corruption sont là pour s’en convaincre. En commençant par le scandale le plus retentissant de cette Can surnommé « Olembégate ».

Si le public qui a toujours presque fait le plein d’œuf lors des matchs des Lions indomptables et même la finale, s’est émerveillé en découvrant 1a gigantesque infrastructure d’une capacité de 60 000 places couvertes et présentée comme l’une des plus luxueuses et les plus performantes en Afrique, elle reste malheureusement encore en chantier.

Sur le papier, on parlait de complexe sportif qui devrait comprendre le stade Paul Biya, deux stades d’entraînement de 1000 places chacun, un gymnase, des terrains de handball, basket-ball, un court de tennis, une piscine olympique, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres, un centre commercial, un musée et un cinéma.Un formidable projet à la taille des ambitions du pays des Lions indomptables, jaloux de son orgueil et son palmarès sur le continent africain et même dans le monde.

Si les travaux de terrassement ont démarré en 2014, ce n’est qu’en mars 2016 que le gros œuvre confié à l’entreprise italienne Piccinni prend officiellement son envol. Très vite, le joyau transformé en un cimetière des illusions d’un pays hôte qui n’a | visiblement pas appris des leçons de la | déconfiture de 2019, charriant d’interminables blocages qui ont eu pour corollaire, I un flou sur les délais de livraison prévus par la Confédération africaine de football 1 (Caf).

Le fantôme de 1972

50 ans après la Can 1972 marquée par le « scandale de la billetterie » qui fit envoyer en prison de nombreux notables du régime Ahidjo, avec à la clé des « affectations disciplinaires » pour ceux qui n’étaient pas activement impliqués mais qui en raison de leurs charges étaient censés ne pas laisser les choses leur échapper, le Cameroun, comme maudit par l’organisation sur son sol d’une Can, a vu des vertes et des pas mûres avec ce chantier.Des triplements, quintuplements voire décuplements des coûts qui ont rendu la Can onéreuse pour te trésor public, juteuse pour les prédateurs de la fortune publique.

C’est bien pour cette Can qu’on a parlé des camions de sable facturés à 700.000 Fcfa l’unité alors que la mercuriale fixe à 120 000 Fcfa le Camion de 20 tonnes de sable fin, à 140.000 Fcfa le camion de 20 tonnes de « sable carrière », à 230 000 Fcfa le camion de 20 tonnes de sable tout venant encore appelé « sable Sanaga ». Que dire du ciment facturé à 16500 Fcfa le sac, alors que le sac de ciment coûte d’ordinaire entre 4500, et 5.000 Fcfa, et 6.000 Fcfa l’unité en période de pénurie ?

On ne va pas oublier les ouvriers payés sur les papiers officiels à des centaines de nos francs la journée, alors qu’il y en a qui ont totalisé des arriérés de tâches impayées sur des mois. Et pour ne rien arranger, une Task Force a été créé par le ministre d’Etat/Secrétaire général de ta présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh avec pour mission de gérer tout le pactole des infrastructures de la Can.

Résultat des courses, de nombreux soupçons pèsent sur ce supra-organe budgétivore qu’ont récusé en leur temps, certains députés de l’opposition à l’instar de Jean Michel Nintcheu, auteur de plusieurs coups de gueule restés lettres mortes. L’élu de la nation, issu des rangs du Social democratic front (Sdf) voulait juste voir clair dans la réalisation de cette infrastructure ainsi que les modalités jugées floues de financement et les mécanismes du remboursement des emprunts contractés à cet effet. Peine perdue I

Nettoyer les écuries d’Augias La fête du football rentrée en gare, beaucoup pensent que Paul Biya doit sévir parce que le glissement de date de la Can 2019 (accordée avec fraude) au Cameroun, n’a pas suffi à sortir le pays hôte du bourbier dans lequel il est empêtré depuis huit ans que lui a été attribué l’organisation de cette grand’messe du football africain.

La magnanimité d’Ahmad Ahmad. l’ex président de la Caf qui à expressément accordé une nouvelle rallonge à la nation de Samuel Eto’o, n’a non plus suffi à presser le pas dans la préparation minutieuse de cette prestigieuse compétition. Le complexe sportif d’Olembé, initialement commandée en 2015 au groupe Piccini, pour un montant de 163 milliards de Fcfa puis retirée et transférée au Groupe canadien Magil, qui a obtenu la promesse de versement par l’Etat du Cameroun d’environ 54 milliards de Fcfa à la fin des travaux de tout le complexe sportif, s’achemine vers le tristement célèbre statut d’éléphant blanc.

En additionnant avec la première enveloppe de 163 milliards de Fcfa, on atteint un montant global de 217 milliards de Fcfa; ce qui fait d’Olembé le stade le plus cher d’Afrique de tous les temps, et l’un des stades les plus chers du monde, dans un pays où on manque de l’eau à boire, des bancs pour les élèves, de l’énergie électrique, et des vaccins pour les enfants.

Quid de l’organisation générale de cette fête du foot continental ? La polémique autour de la billetterie, la gestion des fonds alloués aux différents départements ministériels qui ont charrié plus de polémique que de transparence, les dépenses somptuaires et les soupçons de détournements qui pèsent sur des institutions comme le Sénat et ses élites com- pradores…ils sont nombreux qui pensent que l’heure est venue de faire le grand ménage, de nettoyer les écuries d’Augias.

Pour René Bakota, secrétaire général du Purs, « si la pression n’est pas suffisamment mise sur M. Biya et son système, il n’y aura pas d’opération êpervier après cette Can ». Il s’exprimait hier mardi 8 février sur les antennes de nos confrères d’Abk Radio. Selon l’homme politique, « on a voulu distraire les camerounais parce que avec l’arrivée de ces influenceuses tors de ta Can, on a cessé de parler du scandale autour de la construction du stade d’Olembé, de l’organisation de la Can. Les vrais dossiers ont été oubliés. C’est le côté voyou de l’État.

« Martial De Bissog, lui, s’inscrit dans le même sillage et pense qu’il faut « couper des têtes » pour servir d’exemple et montrer que la fortune publique ne peut être aussi facilement détournée dans un pays où le Smig atteint à peine 40 000 Fcfa.

« Ces dégusteurs du champagne public doivent rendre gorge. Mais quand on connaît le degré d’intrication mystique et ésotérique chez nous, on va prendre qui et laisser qui ? Le risque étant une opération à tête chercheuse. Le président se sert souvent de cette arme de ta prévarication pour couper les têtes…qui débordent. Dans l’optique de 2025, il ne lui déplairait pas de se débarrasser de quelques-uns de ses collaborateurs qui se sont goulûment empiffrés », croit savoir l’homme politique en retrait de la scène politique camerounaise depuis la présidentielle d’octobre 2018.

Allô Etoudi, à vous l’antenne !

Le Messager

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