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Cameroun/Succession : l’initiation de deux chefs entretien le trouble à la chefferie Bangou

Un an après les consultations d’usage, il n’y a toujours pas de chef au trône des Bangou. Au contraire, deux chefs ont été initiés dans un cafouillage inouï et attendent d’être installés dans le fauteuil traditionnel.

Bien qu’aujourd’hui septuagénaire, Fô Sokoudjou Tchendjou II, le chef supérieur Bamendjou, est devenu un adepte des réseaux sociaux. Et cela lui sourit plutôt. Il a encore créé up buzz, le 3 mai, en jetant un pavé dans la mare, en déclarant que ce sont les autorités administratives qui bloquent l’installation du nouveau chef de Bangou, une chefferie supérieure de 2ème degré, située comme la sienne dans le département des Hauts Plateaux.

Dans un texte où les signes d’impatience sont explicites, il accuse : « A qui profite la confusion à la chefferie Bangou et comment comprendre le silence des fo’o ? Chaque jour qui passe, je me questionne sur les réelles intentions de l’administration sur ce désordre qu’elle entretient à la chefferie Bangou! ».

L’intention apparente du chef emblématique des Bamendjou est de veiller à l’encadrement de la vie spirituelle de ce peuple ami, en espérant que l’histoire ne se répétera après lorsqu’il viendra à fermer lui-même les yeux. « Comment le palais de la chefferie Bangou, siège des institutions traditionnelles et le cœur du pouvoir mystico-religieux de tout un peuple peut rester sous scellé pendant 2 ans ?

Est-ce une incapacité pour l’administration de régler une fois pour toute ce problème en se référant simplement à nos traditions ou une volonté réelle de tuer une fois pour toute la chefferie traditionnelle ? Comment comprendre le silence complice des gardiens de la tradition face à une telle honte et une insulte à la chefferie traditionnelle ? Vous croyez que ce qui se passe à la chefferie Bangou ne se passera pas dans vos chefferies demain? », questionne-t-il.

Chef impertinent

Cette sortie, aussi opportune soit-elle pour les défenseurs de la tradition, n’est pas du goût de tous. Surtout pas des autorités administratives qui accusent le vieux chef de jeter de l’huile sur le feu. « Il n’est pas un chef au-dessus des autres. En réalité, il s’engage dans une affaire qui ne le regarde pas et il oublie régulièrement qu’il est un auxiliaire de l’administration qu’il doit plutôt accompagner», regrette-t-on. La situation à la chefferie appelle pourtant des interrogations. En raison du décès subit du préfet de l’époque, Félix Bi-lonougou, les camps en conflit avaient sifflé une pause.

Lors de l’installation de l’actuel, Yampen Ousmanou, le gouverneur de l’Ouest, Awa Fonka Augustine avait prescrit le règlement en urgence de la vacance à la tête de cette chefferie. Alors ? Ce dernier semble avoir été vite rattrapé par les préparatifs du double scrutin législatif et municipal de février puis le ralentissement inattendu des activités dû à la lutte contre la Covid-19. Ce qui ne veut pas dire que rien n’a été fait.

« Après les consultâtions d’usage, qui reposent sur les coutumes locales, l’autorité administrative a transmis son rapport pour homologation à l’autorité compétente », assure une source concernée par le dossier. S’agissant d’une chefferie de 2ème degré, il s’agit du Ministre de l’Administration territoriale.

En clair, les autorités de terrain attendent un acte homologuant l’un des deux chefs arrêtés et intronisés bruyamment dans ce groupement, au début de l’année 2019. Visiblement, l’influence sociopolitique des principaux soutiens à ces derniers pourrait même justifier la lenteur de Paul Atanga Nji à trancher dans ce dossier complexe. Théodore Datouo, vice-président de l’Assemblée nationale, est la tête de file de ceux qui pensent que la lignée Tayo doit continuer.

Et il se mouille pour que sa cause triomphe. En face, le prince Nana Sinkam, cet ex-fonctionnaire international qui avait refusé d’entrer au gouvernement, se prévaut des mêmes grandes amitiés au sein de l’appareil gouvernant. Et l’on se souvient de ces images qui avaient fait le buzz, sur lesquelles le vice-président de l’Assemblée nationale menaçait de représailles le sous-préfet de Bangou d’alors, Manou Diguir, venu mettre les scellés sur les portes de la chefferie.

Jusqu’à ce jour, personne n’y accède. Les deux chefs intronisés évoluent dans des espaces d’emprunt. Lors de sa tournée de prise de contact, en novembre dernier, le nouveau préfet avait insisté sur la réconciliation et la paix des cœurs. « Si on descelle la chefferie avant certains préalables, les deux parties iront s’affronter pour le contrôle des lieux », assure-t-il. « Les Bangou doivent prendre leur mal en patience. Les choses vont certainement évoluer. Mais ils doivent savoir que Bangou n’aura qu’un seul chef », explique encore Yampen Ousmanou.

Bicéphalisme

Dans ce groupement où les localités de Baloumgou et Ba-lambo éprouvent des velléités connues d’indépendance, la mort de Marcel Tayo II a conduit à un imbroglio. Prévu pour le 15 avril 2019, le triomphe du la’akep (lieu d’intronisation) du nouveau chef fut reporté. Des élites, en tête desquelles Théodore Datouo et Jean Claude Shanda Tomne, étaient montées au créneau pour dénoncer « la restauration » qu’ils assimilent à un hold-up.

Le lundi 28 janvier 2019, à l’esplanade de la chefferie Bangou, il a fallu l’intervention des gendarmes pour permettre à la cérémonie d’arrestation et de présentation du nouveau roi des Bangou, de se poursuivre. Deux chefs ont été simultanément intronisés. Une frange de notables, proches du prince Nana Sinkam, a jeté son dévolu sur Maurice Gambou. Fils de Paul Bernard Kemajou, chef mort en 1985 à Conakry, âgé de 62 ans et présenté comme un comptable dans sa vie antérieure, il ne jouira que de quelques minutes de chef. Extrait de force du la’akep, il sera remplacé par Arnaud Tayo Tchihou, l’étudiant choisi par le défunt chef.

Début des contestations. D’une part, la famille du chef Kemajou, qui n’a jamais voilé sa volonté de restaurer la lignée perdue depuis 40 ans, s’organise pour avoir son chef, maintenant que les préalables traditionnels semblent remplis. Un la’akep parallèle est créé, où l’initiation de son chef se poursuit. De l’autre, la nouvelle élite, portée par Théodore Datouo, co-président de la cérémonie ayant conduit à cette double désignation, estime que « 50 ans de la vie d’un peuple ne peuvent pas être effacés ».

Entre légalité et légitimité, la guerre est ouverte. Les accusations de corruption aussi. La sortie des chefs traditionnels de Bamendjou et de Bazou, au nom du respect des us et coutumes Bamiléké pour l’un et des amitiés séculaires pour l’autre, en ajoutent au pourrissement. Déjà.

Chose rare chez les Bamiléké, ces chefs traditionnels sont pris à partie par des inquisiteurs, anonymes ou affirmés, qui leur refusent toute qualité pour trancher la question de la succession dans leur chefferie. « Aux dignitaires qui s’hasardent à se mêler maladroitement des affaires traditionnelles de Bangou, nous les prions de cesser ces ingérences insidieuses qui sont dénuées de toute base légale, et mieux de tout fondement coutumier incontestable. (…)

Les Bangou sont unanimes sur leur refus de voir leur village sombrer dans une autre rébellion ouverte, car c’est à cela que mène la campagne haineuse, provocatrice et honteuse qui présente le nouveau Roi Bangou, comme le Roi du Rdpc, le Roi du Gouvernement, le Roi de Paul Biya, pendant que l’imposture installée dans la concession privée de monsieur Nana Sinkam serait le Roi du peuple. (…)

Nous reconnaissons Tchihou Tayo Arnaud, son fils (de Marcel Tayo II), âgé de 31 ans, successeur testamentaire arrêté par les neuf notables et présenté publiquement à la population par le Préfet des Hauts plateaux en présence de plus de 25 rois, de membres du gouvernement, des élus de tous les niveaux et de nombreuses personnalités, comme notre nouveau Roi en cours d’initiation », lit-on dans un réquisitoire au vitriol, publié le 1er avril 2019.

Un lobbying cafouilleux

Les chefs Bazou et Bamendjou n’en démordent pas. Le premier, à qui il revient historiquement la tâche d’attraper le chef à introniser les persifle. « En 1937, c’est le chef Bazou, mon grand-père qui a procédé à l’arrestation du chef Sinkam Charles. En 1950, c’est toujours mon grand-père Nana qui a procédé à l’arrestation du chef Kemayou Paul Bernard. C’est le notable habilité à le faire Mbeu Youkep qui avait remis les deux chefs à mon grand-père.

Le peuple Bangou le sait, car l’histoire ne commence pas aujourd’hui. Dernièrement encore, c’est le successeur de Mbeu Youkep qui m’a lemis le successeur. Que celui qui peut nous apportei le contraire le prouve », démontre cet autre chef. Il révèle aussi ses relations avec le défunt chef, Tayo II, qu’il considère comme un intérimaire.

Face à la pi esse, le chef supérieur Bamendjou affiche son parti pris. Et énerve davantage. « On naît chef, on ne fabrique pas les chefs et c’est à cause de ces chefs fabriqués que j’ai eu à dire que 90% des chefs de l’Ouest sont illégitimes. << Je continue à dire que je reste contre et je dois combattrecelajusqu’au jour où je serai mort.

S’agissant de la chefferie Bangou, lorsque le président Biya a amnistié les exilés, (…) à tous ces usurpateurs, j’avais pris le soin d’aller vers chacun d’eux pour leur indiquer qu’ils ne sont pas des chefs. Djomou n’était pas chef, Tayo son fils n’était pas chef. C’est Kemayou qui était chef et c’est son fils qui a le droit suivant la coutume à céder. (…) Je demande continue à demander aux autorités et pouvoirs publics pour donner la paix aux populations de Bangou qu’on se debarrasse de l’illégitimité afin qu’elles vivent selon leur cultures et cessent d’être trompées par tous ces faux politiciens », tranchait Fô Sokoudjou Tchendjou II.

C’est donc le descendant de Paul Bernard Kemayou qu’il demande a l’administration d’installer au trône. Vite. Dans cette chefferie, où l’on recourt aux forces de l’ordre pour maintenir la paix depuis 1995, tout le monde ne digère pas cette gérence.

Source: Le Jour

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