Il y a trente-cinq ans aujourd’hui, au parc automobile de Ntarinkon à Bamenda, feu Ni John Fru Ndi, alors président national du Front social-démocrate (SDF), prononçait un discours historique marquant le lancement officiel du parti d’opposition. Son discours, prononcé à une époque où les appels à la démocratie multipartite étaient nombreux, exposait les principes fondamentaux et les revendications urgentes du SDF.
C’était la première fois qu’un autre parti existait au Cameroun depuis 1966, année où l’ancien président Ahmadou Ahidjo avait dissous tous les partis politiques de l’Union nationale camerounaise (UNC). Son successeur, Paul Biya, avait ensuite rebaptisé ce parti en Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) en 1985.
Jusqu’en 1990, ce parti unique a régné en maître sans opposition. Le courage de Fru Ndi s’est heurté à une forte opposition du régime de Biya, qui a envoyé des troupes à Ntarinkon pour perturber le lancement.
Des morts et des blessés ont été enregistrés, mais le parti a été lancé, marquant une étape importante dans le processus de démocratisation au Cameroun.
Le discours de Fru Ndi était un puissant appel à l’action, soulignant que « la démocratie n’a jamais été offerte à un peuple sur un plateau d’or ! » Il a articulé la vision du SDF pour un Cameroun véritablement démocratique, soulignant :
Exigence de démocratie
Le message central du discours était un appel fervent à une véritable démocratie au Cameroun, la définissant comme « une démocratie qui concerne le peuple et les lois qu’il édicte pour se gouverner », et affirmant que la lutte se poursuivrait jusqu’à ce que « tout le peuple participe à son propre gouvernement ».
Fru Ndi a explicitement déclaré que la dictature mène à « l’oppression, la servilité, la cruauté et, plus abominable encore, qu’elle engendre la stupidité », faisant référence à Jorge Luis Borges. L’objectif du SDF était de débarrasser la société camerounaise d’un tel système.
Condamnation de la tyrannie et de l’oppression
Fru Ndi a directement interpellé les dirigeants africains qui « cultivaient la tendance à utiliser le vocabulaire de la démocratie pour dissimuler les formes modernes de dictature ». Il a cité l’archevêque Abel Muzorewa, s’interrogeant sur la crainte des Africains de critiquer leurs gouvernements alors qu’ils sont libres de le faire à l’étranger.
Accent sur les libertés fondamentales
Il a souligné la nécessité absolue de respecter les droits humains fondamentaux, notamment « la liberté de conscience et de religion, la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression, y compris la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association ». Il a soutenu que le déni de ces droits prive les individus de « la vie, de la liberté et de la quête du bonheur ».
Autonomisation et participation citoyenne
Il a appelé les Camerounais à « crier pour la DÉMOCRATIE » et à « se lever et être pris en compte », affirmant que l’essence de la démocratie réside dans « la prise en charge des affaires courantes par les populations locales ». Fru Ndi a établi un lien direct entre le processus démocratique et la justice et le développement, affirmant que là où les individus ne sont pas libres, ils ne peuvent « déployer leurs compétences et leurs talents ».
Assurer l’avenir de la génération future
Il a déclaré que l’objectif du parti était de « garantir l’avenir de la génération qui nous suivra », soulignant un engagement à long terme en faveur des idéaux démocratiques.
Fru Ndi a conclu son discours par un cri de ralliement, exhortant les citoyens à se libérer du carcan dans lequel ils étaient enfermés, concluant par « Vive le SDF ! Vive le Cameroun !» Son discours de 1990 reste un moment marquant de l’histoire politique du Cameroun, symbolisant la lutte incessante pour les idéaux démocratiques.







