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Banque : avis de tempête à la Bicec

Une ambiance délétère s’est installée entre le top-management de la banque et les employés locaux, qui dénoncent des méthodes de négrier de leur hiérarchie.

Il ne fait pas bon, en ce moment, être employé local à la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec). En aparté, parfois dans les couloirs mais aussi à travers quelques écrits anonymes, transpire un burnout quasi-général. Les troupes sont au bord de la crise de nerfs, hantées par des conditions de travail, frisant l’esclavage, depuis octobre 2019 et la reprise de l’établissement par le groupe marocain Banque centrale populaire (BCP).

Avec le temps, et les choses semblant ne pas s’arranger, quelques langues, en dépit de l’ambiance de terreur qui y a été instaurée, ont commencé à se délier. On se souvient ainsi du mouvement d’humeur, en juin de la même année, de la section syndicale d’entreprise. Un préavis de grève vite étouffé dans l’œuf, sur fond de réclamation du paiement de primes équivalentes à deux mois de salaire, pour la cession à hauteur de 68,5% du capital de la Bicec, du français Banque populaire caisse d’épargne (BPCE) à la BCP.

L’orage passé, le personnel camerounais de la banque est rentré dans une nouvelle zone de turbulences. Ici, rapportent des sources introduites, les cadres locaux, en dehors d’un petit cercle gravitant autour de la direction générale, n’ont droit à aucun traitement en rapport avec leurs rang et prérogatives. Sans véhicules de fonction, beaucoup doivent se rendre en taxi ou sur une moto chez les grands clients. Et, lorsque ceux-ci font le déplacement vers leur banque, c’est parfois lesdits cadres qui doivent payer de leur poche pour leur offrir un café ou de l’eau minérale.

Il se rapporte également cette histoire de nombreux cadres, mis en stage et n’ayant pas retrouvé leur poste ni statut au terme de la formation, dans une maison où le profil de carrière a été dilué dans des considérations subjectives. De même, la moindre demande de découvert des clients ordinaires, pour des montants dérisoires, doit remonter jusqu’à la haute hiérarchie.

Dans cette nouvelle Bicec, les choses sont menées de main de maître par le directeur général, le Marocain Outman Roqdi, qui a repris les rênes de la boîte depuis le départ des Français. Pour les relations — entourées de la plus grande opacité – avec les fournisseurs c’est un de ses adjoints et compatriote, Rémy Raffi, qui s’y colle. Ce dernier a, dans la maison, la réputation d’être un des plus grands négriers des temps modernes. Trop fière d’avoir retrouvé du boulot après son licenciement de BGfi Bank, le directeur capital humain, la Camerounaise Anna Biang Ngally est quant à elle présentée comme le bras séculier des patrons expatriés contre la masse laborieuse.

L’habitude des scandales

En fin 2020, sous le titre «La Bicec croule sous les prêts douteux», Aurore Plus se penchait sur le sort de cet établissement assiégé par des milliards de. francs de créances qu’elle ne pourra sans doute, écrivions-nous alors, jamais recouvrer. Selon les données de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), celle-ci concentrait le volume le plus important des créances douteuses des 15 établissements bancaires du Cameroun.

A fin juin de cette année-là, ledit volume était estimé à 162,8 milliards de francs, représentant 30% d’un stock national de l’ordre de 533,5 milliards. Dans ce domaine, elle supplantait la Société Générale Cameroun (SGC), la Société commerciale de banque (SCB) et Afriland First Bank (AFB) réunis.

La Cobac subodorait de fortes cha^pes que iesdites créances ne ^soient jamais recouvrées, 15,2 milliards de francs, soit moins de 10%, étant couvertes par des garanties permettant au prêteur de recouvrer sa créance en cas de défaillance du débiteur. Dans le même temps, la Bicec courait le risque d’enregistrer une perte de trésorerie de 32% de son encours de crédit.

Par ailleurs, se fondant sur les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), le volume des crédits octroyés aux clients de la Bicec avait chuté de 1.495,9 milliards de francs entre 2019 et 2020, perdant du même coup son statut de premier financier de l’économie camerounaise. L’établissement, face aux risques de faillite, avait néanmoins constitué une provision de. .isque de crédit de l’ordre de 145,2 milliards de francs.

La Cobac avait ainsi qualifié de «douteuses» les créances de toute nature, même assorties de garantie, présentant un risque probable de non-recouvrement total ou partiel. Celles-ci étaient notamment constituées par les concours autres que les crédits immobiliers comportant au moins une échéance impayée depuis plus de 90 jours, les encours des crédits immobiliers comportant au moins une échéance impayée depuis plus de 180 jours, les encours des opérations de location-simple, de location avec option d’achat ou de crédit-bail afférents à des biens immobiliers comportant au moins un loyer impayé depuis plus de 180 jours

Cette situation peu enviable précédait, de peu, le méga scandale intervenu en 2016. Cette année-là, la Bicec fut secouée par un scandale de détournements de fonds impliquant des cadres et prestataires de services, les pertes engendrées étant alors estimées, selon des sources judiciaires à plus de 50 milliards de francs pour la seule année 2015. Étalée sur une période de 12 ans, cette distraction de la trésorerie s’était en outre soldée par un résultat net avant impôts en baisse de – 50.8% par rapport à celui de 2014, mais aussi par un fonds pour risques bancaires généraux (Frbg) ayant décru de – 63.4% par rapport à décembre de l’année d’avant.

Michel Michaut Moussala – Aurores Plus

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